Grèce - 4 août 1936 : le coup d’État de Metaxas05/08/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/08/une_3027-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg2026-08-05

il y a 90 ans

Grèce - 4 août 1936 : le coup d’État de Metaxas

Le 4 août 1936, il y a 90 ans, le président du Conseil de la Grèce, Ioannis Metaxas, dissolvait le Parlement et se donnait les pleins pouvoirs avec l’appui de l’armée et du roi, alors qu’une grève générale de protestation contre la répression anti-ouvrière était appelée pour le 5 août.

Metaxas ne rencontra pas de résistance et sa dictature allait durer cinq années, jusqu’à l’invasion de la Grèce par l’armée allemande, en avril 1941. Ex-général, il était entré en politique à l’extrême droite au début des années vingt. Il percevait les progrès du jeune Parti communiste comme une menace intolérable. Le prétexte du coup d’État du 4 août fut d’ailleurs l’imminence d’une insurrection communiste que le PC était pourtant bien loin de préparer. L’objectif du dictateur était de briser toute contestation sociale et, pour cela, de détruire le Parti communiste, mettre fin à l’instabilité politique et pérenniser la monarchie.

Dès le 4 août, les premières arrestations visèrent les communistes ainsi que des républicains. Quelques dizaines de milliers de militaires et de gendarmes mirent ainsi au pas un pays de sept millions d’habitants en pleine ébullition, grâce à la complicité passive du PC, qui s’était perdu dans des combinaisons politiciennes au lieu de mettre les travailleurs en garde contre les menaces de dictature.

Une classe ouvrière en ébullition

En cette année 1936, à l’instar de la France et de l’Espagne, le pays connaissait une montée ouvrière et des révoltes agraires. La classe ouvrière était peu nombreuse, jeune et combative, sans tradition réformiste, concentrée dans les deux principales agglomérations du pays, Athènes-Le Pirée et Salonique. Cette montée avait culminé avec les événements de Salonique. Le 9 mai 1936, les gendarmes tirèrent sur les ouvriers du tabac grévistes, en tuant douze et en blessant trois cents. Cette tuerie provoqua une grève générale dans la ville et des réactions dans tout le pays contre le « gouvernement des assassins ». Des commissariats furent assiégés, une partie de la troupe fraternisa et un comité de grève dirigea la ville pendant plusieurs jours. Le PC, influent dans la ville, mit tout son poids pour le retour à l’ordre, sous prétexte de ne pas effrayer les libéraux, et repoussa à plus tard la grève générale que beaucoup attendaient. Il contribua ainsi à faire retomber la pression, alors que le pouvoir préparait son coup de force.

À ses débuts, le PC avait mené une politique révolutionnaire et antimilitariste. Ses premiers dirigeants, dont plusieurs allaient se rallier à l’opposition de gauche, étaient alors inexpérimentés mais portés par l’enthousiasme de la jeunesse, tel Pantelis Pouliopoulos, qui devint secrétaire général à 24 ans, en 1924. À la fin des années vingt, le Komintern les remplaça par de nouveaux, tout dévoués à Staline. Ceux-ci appliquèrent d’abord la politique gauchiste dite « classe contre classe », puis, en 1935, celle de « front populaire », se ralliant à la défense nationale, renvoyant la révolution prolétarienne aux... calendes grecques et préconisant une révolution démocratique bourgeoise pour sortir le pays de l’arriération.

Arriéré, le pays l’était : en 1940, le niveau de vie était neuf fois inférieur à celui de l’Angleterre, un tiers des habitants étaient analphabètes, 40 % vivaient sous le seuil de pauvreté officiel ; le trachome, la malaria et la tuberculose sévissaient à grande échelle.

Vers la dictature

Avec qui constituer un « front populaire » ? La social- démocratie étant presque inexistante en Grèce, le PC chercha à devenir la force d’appoint du Parti libéral de centre droit anticommuniste et qualifié de « fasciste » peu de mois auparavant, contre la droite monarchiste. Aux législatives de janvier 1936, le Front dirigé par le PC obtint un peu moins de 6 % des voix et 15 députés. Il était tout de même en position de force, car les deux blocs, du centre et de droite, s’équilibraient avec chacun environ 140 députés. Il finit par soutenir le centre, mais après avoir aussi négocié en secret avec la droite !

La dictature Metaxas, sans réelle base sociale, appuyée sur les seules forces de répression, se donna des airs progressistes : elle prit des mesures sociales, dont un salaire minimum ou la journée de travail de huit heures, qui restèrent lettre morte car rien n’obligea les patrons à les respecter. Elle se drapa dans les oripeaux nazis : embrigadement des jeunes sur le modèle des Jeunesses hitlériennes, défilés militaires au pas de l’oie, bûcher pour les livres interdits. Des mesures plus « grecques » s’y ajoutèrent : exaltation de la religion orthodoxe, obligation d’assister à la messe le dimanche, glorification du passé antique et byzantin. Si elle persécuta les minorités nationales, au nom de la « grécité », elle ne mena pas de politique antisémite.

Mais surtout, Metaxas mit tout en œuvre pour annihiler le PC, par la terreur et la démoralisation. Tout communiste, ou supposé tel, pris par la police se vit placé devant ce choix : soit signer une déclaration de repentir qui était publiée dans la presse de son lieu de résidence, puis dénoncer ses complices pour preuve de sa sincérité ; soit être interné indéfiniment en forteresse, sans jugement.

La dictature annonça 50 000 « signatures » en cinq ans, un nombre énorme, qui était sans doute exagéré, car le parti disait organiser 15 000 membres et ne dépassait pas 75 000 électeurs (les femmes étant exclues du droit de vote).

Le chef de la police, Maniadakis, visa particulièrement les dirigeants, dont plusieurs signèrent. Cela lui permit, en 1940, de créer un faux comité central composé de ces renégats, dont il définit la politique « communiste » en piochant ce qui lui convenait le mieux dans les méandres des politiques successives et contradictoires du Komintern.

L’invasion allemande

Le dictateur mourut en janvier 1941. Son régime s’effondra en avril suite à l’invasion de la Grèce par l’armée allemande. L’ « homme fort » du coup d’État du 4 août avait assuré cinq ans de paix sociale et de stabilité politique à la bourgeoisie. La suspicion, la confusion et le désarroi avaient d’abord régné dans les rangs du Parti communiste. Mais, en octobre 1940, plus de quatre ans après le début de la dictature, on estime qu’il restait quelques centaines de militants dans la clandestinité et 2 000 internés, qui n’avaient donc pas signé, des « incorrigibles », selon Metaxas.

Plusieurs milliers de militants tinrent bon malgré les épreuves, le renoncement voire la trahison de nombreux camarades, malgré les zigzags de la politique stalinienne et la perspective de croupir des années dans les geôles. Beaucoup purent s’échapper en avril 1941, d’autres servirent d’otages et furent fusillés par les occupants, comme Pouliopoulos, qui était devenu un des dirigeants de l’opposition trotskyste.

Après l’invasion allemande puis l’occupation, le PC devint rapidement la principale force politique du pays, qui anima la résistance armée. Quant à sa politique, elle resta nationaliste, bourgeoise et pro-alliée, dans la lignée du tournant de 1935.

Partager