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Leur société
Hôpitaux : c’est grave, docteur !
Une patiente de 85 ans vient de dénoncer les conditions déplorables dans lesquelles elle a été accueillie aux Urgences du CHU d’Orléans.
Ancienne élue municipale, elle salue le dévouement du personnel mais proteste contre l’état des services de santé publique et a réussi à le faire savoir. Victime d’une hémorragie gastrique, elle s’est vue proposer des examens (fibroscopie, coloscopie) sans anesthésie, faute de soignant, et n’a pas pu être prise en charge par manque de lits dans le service dédié. Or, pour une personne âgée, demeurer plus de huit heures sur un brancard dans de telles circonstances signifie une perte de chances de surmonter la crise. Mais, en dix ans, plus de 43 000 lits d’hospitalisation ont été fermés dans le pays.
Ailleurs, ce sont les fermetures des services d’urgence en cette période de congés qui constituent un obstacle, parfois insurmontable. Ainsi, les Urgences du centre hospitalier Nord-Mayenne, déjà fermées la nuit depuis plusieurs mois, ont fermé pendant quatre jours dans la première quinzaine d’août. En Gironde, pourtant lourdement touchée par les incendies, les Urgences de Sainte-Foy-la-Grande sont fermées jusqu’à fin septembre, obligeant les malades à faire 20 ou 40 kilomètres jusqu’à Libourne ou Bergerac, où, relate l’une d’entre eux, il faut parfois attendre dix heures avant d’être pris en charge.
Les hôpitaux ne sont pas du tout préparés à faire face aux vagues de chaleur, pourtant annoncées depuis des dizaines d’années. Même le président de la Fédération hospitalière le dénonce. Et, alors que commence la 5e canicule de l’année, les 33 000 climatiseurs promis par la ministre de la Santé sont loin d’avoir été livrés dans tous les Ehpad et les hôpitaux où ils sont indispensables. Au même moment, Philippe Juvin, professeur de médecine d’urgence et au demeurant député LR, réitère sa suggestion de fermer les hôpitaux de proximité, au motif qu’ils manqueraient d’expertise, vu leur moindre fréquentation. Mais c’est un argument éculé qui sent très fort le plan d’économies !
Le manque de petites structures médicales de proximité, où les malades peuvent être examinés et soulagés rapidement, par exemple pour une urgence dentaire ou une gastro-entérite, est une réalité indéniable. Lorsqu’on n’a pas de médecin traitant, comme 6,4 millions de personnes dans le pays, lorsqu’on n’a pas les contacts suffisants, lorsqu’on est isolé, sans moyen de transport, a fortiori pour certains sans domicile, le droit de se soigner n’existe pas, y compris dans un pays où les richesses s’étalent à un des pôles de la société. Une véritable absurdité de ce monde malade !