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Dans le monde
Iran : la population face à la guerre
Le 6 juin, en Iran, des raids israéliens ont visé Téhéran, Tabriz, Ispahan, et des installations pétrolières à Mahshahr, où des ouvriers s’étaient mobilisés en mai contre des licenciements.
Ces bombardements ont fait replonger la population iranienne dans la terreur de la guerre après deux mois d’accalmie suite à la trêve du 8 avril. Celle-ci, très précaire, n’avait pas effacé les graves conséquences des bombardements du mois de mars. L’inflation, déjà élevée depuis plusieurs années, s’est envolée depuis la guerre. Elle atteint désormais plus de 50 % officiellement sur un an, et pire encore pour les produits alimentaires avec 130 %, et même 430 % pour l’huile, et 340 % pour les œufs.
Le chômage et la pauvreté augmentent donc aussi. Les salaires sont souvent suspendus dans les entreprises industrielles endommagées, quand les ouvriers ne sont pas tout simplement licenciés. Dans le complexe industriel de Mobarakeh, seuls les employés administratifs ont pu reprendre le travail, soit 1 900 salariés sur 27 000.
La guerre de mars aura des conséquences durables. La destruction des installations pétrolières et des dépôts de carburant avait déclenché une « pluie de pétrole » pendant plusieurs jours. Selon des professionnels de santé, cette pollution massive aura des implications sanitaires à long terme sur le système respiratoire de nombreux habitants.
Dans ces conditions, moins de six mois après les massacres de manifestants de janvier, le régime réussit à mobiliser contre Israël une partie de la population, y compris dans la fraction qui lui est hostile. Des brigades de femmes, pas toutes voilées, s’affichent en armes, prêtes à faire face à une éventuelle invasion terrestre. La mobilisation de la jeunesse rencontre aussi un certain succès : alors qu’en 2023, même dans les écoles élémentaires, des adolescentes déchiraient le portrait du guide suprême de leur manuel et lançaient des projectiles sur les représentants des autorités, aujourd’hui des jeunes s’engagent dans les milices du régime avec leurs parents.
En même temps, la répression contre les opposants s’intensifie, marquée par des arrestations, des tortures, des exécutions par pendaison des manifestants arrêtés en janvier ou lors du mouvement Femmes, vie, liberté. Près de 700 condamnés ont été exécutés depuis le début de l’année. Depuis la reconnexion d’internet, les images de la violence de la répression de début janvier font désormais le tour du monde.
Cette répression n’empêche pas la contestation de s’exprimer. Dans les universités, la mobilisation contre un changement du mode d’admission qui favorise les plus riches touche de nombreuses villes. Des slogans s’attaquent au pouvoir et appellent à ne pas reculer devant la répression : « N’ayons pas peur ! plutôt la mort que l’humiliation, nous avons entendu des promesses et pas vu de résultats ». Les obsèques de manifestants exécutés ou assassinés par le régime donnent parfois lieu à des rassemblements monstres, comme par exemple celles des frères Veisi, le 30 mai, des militants kurdes, tués deux jours auparavant dans un raid des gardiens de la révolution.
Des luttes ont toujours lieu, et notamment des grèves contre des licenciements. Des travailleurs du pétrole appellent à s’organiser pour obtenir de meilleures conditions d’existence. Ils dénoncent sur les réseaux sociaux les conséquences de la guerre sur leurs conditions de travail et « la minorité répressive qui détient le pouvoir et la richesse, qui cherche à se venger des grévistes du secteur pétrolier ». La mobilisation et l’organisation de ces travailleurs montrent que la classe ouvrière continue à représenter une force face à ce régime dictatorial à qui la guerre israélo- américaine a donné un répit.