Irlande du Nord : des émeutes xénophobes attisées par l’extrême droite17/06/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/06/une_3020-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C0%2C1271%2C1649_crop_detail.jpg2026-06-17

Dans le monde

Irlande du Nord : des émeutes xénophobes attisées par l’extrême droite

La semaine du 8 juin, Belfast a été marqué par une série d’attaques contre des étrangers. Le point de départ de ces pogroms a été l’agression au couteau d’un homme dans une rue de la capitale nord- irlandaise, le lundi 8 juin.

Cette agression étant le fait d’un réfugié soudanais, l’extrême droite s’en est emparé. Condamnant l’agression comme celle d’un « envahisseur contre notre peuple », l’agitateur d’extrême droite Tommy Robinson a appelé ses partisans à en découdre, donnant des rendez-vous dans plusieurs villes, avec les encouragements d’Elon Musk. « Ce n’est qu’en manifestant de façon forte et répétée qu’il y aura un changement », a lancé le magnat raciste dans des messages bénéficiant de la caisse de résonance de son réseau social X.

À Belfast, des groupes de jeunes ont attaqué des immigrés, incendiant des logements, des voitures ou des commerces et frappant des passants. Des familles originaires d’Ouganda, de Roumanie, de Turquie ou d’Ukraine ont dû fuir leur domicile. Ces exactions se sont produites dans des quartiers où existe de longue date une tradition unioniste, favorable au maintien de l’Irlande du Nord dans le Royaume- Uni et opposée à la réunification avec la République d’Irlande. Dans plusieurs autres villes du pays, des militants d’extrême droite se sont mobilisés. À Liverpool, 200 d’entre eux ont tenté de s’introduire dans un hôtel abritant des demandeurs d’asile. À Glasgow, 200 nervis ont harcelé et intimidé les passants.

Déjà, au cours de l’été 2024, après l’assassinat de trois fillettes par un jeune d’origine rwandaise, des émeutes rassemblant des milliers de personnes dans 27 villes différentes avaient ciblé pendant plusieurs jours des mosquées et des hôtels de réfugiés et de migrants. En juin 2025, après une agression sexuelle dont deux adolescents roumains étaient suspectés, des émeutes ont touché l’Irlande du Nord. Le 2 juin dernier, des émeutes ont eu lieu à Southampton, au sud de l’Angleterre, après que la police eut publié la vidéo montrant une agression mortelle au couteau pour laquelle un sikh venait d’être condamné à la prison à vie. En quelque sorte, ces émeutes suivent souvent un même schéma : l’extrême droite s’empare d’un fait divers dans lequel est impliqué un étranger, ou jugé comme tel, pour cibler tous les étrangers dans des attaques plus ou moins abouties.

Si l’ancien hooligan Tommy Robinson a une réputation sulfureuse, des politiciens démagogues comme les députés Nigel Farage ou Rupert Lowe ont fait de la xénophobie leur fonds de commerce électoral. À propos des événements de Belfast, Farage, chef de file du parti d’extrême droite Reform UK, a expliqué qu’il n’était « pas du tout convaincu que le suspect aurait dû être en Grande- Bretagne », tandis que son concurrent Lowe, dirigeant de Restore Britain, a jugé que les émeutes n’auraient pas eu lieu sans l’existence d’une telle immigration. Lors des dernières élections législatives, en juin 2024, malgré un système électoral qui lui est défavorable, Reform UK a obtenu 4,1 millions de voix (12,3 %). En mai dernier, ce parti a recueilli 26 % des suffrages exprimés dans des élections locales. Et il fait aujourd’hui la course en tête dans tous les sondages.

Dans cette situation, les manifestations antiracistes qui ont rassemblé samedi 13 juin des dizaines de milliers de personnes à travers le pays sont à souligner. À Belfast, quelque 20 000 personnes ont manifesté, bien plus que le nombre d’émeutiers xénophobes. Cette opposition aux émeutes racistes est bienvenue. Mais cette vague xénophobe qui tend à accentuer les divisions au sein de la classe ouvrière ne refluera que si celle-ci fait irruption sur la scène politique en contestant l’évolution de la société et en se battant pour ses propres intérêts.

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