Iveco Bus – Annonay  : exploitation sans transition17/06/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/06/une_3020-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C0%2C1271%2C1649_crop_detail.jpg2026-06-17

Dans les entreprises

Iveco Bus – Annonay  : exploitation sans transition

La « transition écologique » se traduit pour le groupe Iveco par des milliers de commandes de bus électriques ou à gaz. Depuis deux ans, il tente de doubler la production en dépensant le minimum, provoquant un chaos qu’il fait payer aux ouvriers.

L’usine Iveco d’Annonay en Ardèche a cent ans et certains bâtiments sont presque aussi vieux, avec leur toiture amiantée.

Il y a quelques mois, un adolescent, monté sur le toit de l’usine pendant un week-end, est passé à travers et est tombé de 12 mètres de haut. Personne ne sait aujourd’hui s’il est encore en vie, le groupe imposant le silence sur les affaires gênantes.

Il y a deux ans, l’usine a été réorganisée pour répondre aux commandes massives. Un millier d’intérimaires, sans formation ni investissements, sont rentrés dans les ateliers, doublant les effectifs ouvriers. Depuis, le nombre d’accidents a explosé : 250 ont été décomptés sur l’année 2025, dont 130 avec hospitalisation. Un travailleur s’est retrouvé le bassin écrasé entre deux véhicules, un fenwick sans frein s’est renversé en éjectant son conducteur. Tous les deux ont été gravement blessés. Iveco produit plus d’accidents que de véhicules.

Du fait du manque de pièces et d’investissement, la production est loin des objectifs. Les véhicules sortent des lignes avec une centaine d’éléments manquants. Le parking industriel ressemble à une « casse » avec des bus où il manque des portes, des sièges, des éléments de carrosserie, des pièces moteur sans lesquelles ils ne peuvent démarrer. Certains sont stockés depuis plus d’un an, avec parfois de la moisissure sur les sièges à cause des infiltrations. Mais la pression continue pour accélérer les cadences.

Iveco a aménagé des bâtiments pour la finition des véhicules. Plusieurs centaines de travailleurs doivent les rattraper avec parfois une visseuse pour cinq ouvriers. Même les vis sont manquantes, car le fournisseur arrête de livrer quand Iveco ne paie pas les factures. Un matin, les ouvriers d’un entrepôt sont restés bloqués devant la porte, cadenassée par le propriétaire du local qui exigeait le paiement du loyer.

Des travailleurs sont arrivés des quatre coins du monde en renfort, certains depuis les Philippines. Leurs 18 mois de contrat arrivent à terme. Beaucoup voudraient rester, et de nombreux autres travailleurs souhaitent aussi leur embauche, dans cette usine où ils sont indispensables et où des liens se sont tissés. Et pourtant ils vont être renvoyés chez eux.

La direction a durci les sanctions pour faire marcher le personnel au pas. Le moindre faux-pas est prétexte à licenciement. Certains ont été licenciés alors qu’ils avaient moins d’un an d’embauche, mais aussi des anciens qui étaient à deux ou trois ans de la retraite. Après avoir sué du profit pendant trente ans à l’usine, ils se retrouvent sur le carreau.

Tout ce chaos a une seule cause : les actionnaires veulent empocher le magot des « bus écolos » sans dépenser le moindre euro d’investissement. Iveco a été récemment revendu par la famille Agnelli à Tata Motors pour 4 milliards d’euros. Les carnets de commandes sont pleins. Les collectivités territoriales payent rubis sur l’ongle, et malgré les retards de livraison, le groupe aligne des centaines de millions de bénéfices. Chaos, irresponsabilité et exploitation éhontée, voilà qui résume l’organisation patronale.

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