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Leur société
À l’image d’une société barbare
Lundi 8 juin en soirée, des milliers de manifestants se sont rassemblés dans 180 villes à l’appel d’associations de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants.
Les manifestants voulaient « témoigner de leur solidarité envers Lyhanna, sa famille et toutes les victimes » et « exiger une loi intégrale contre les violences et plus de moyens ».
Une partie entendait réagir à la façon dont certains responsables politiques s’étaient dédouanés de leurs responsabilités face à ce drame. À commencer par Macron, qui avait eu l’indécence de déclarer vendredi 5 juin : « Je ne veux entendre aucun argument de moyens dans cette affaire ». Pourtant, un an avant le meurtre de Lyhanna, le député du Gers David Taupiac avait alerté le ministre de la Justice « sur la situation alarmante du tribunal judiciaire d’Auch, confronté à une pénurie de magistrats, de greffiers, ainsi qu’à des dysfonctionnements informatiques répétés. » Autre exemple, les magistrats du tribunal judiciaire de Bobigny, en Seine-Saint-Denis – le deuxième après Paris –, ont rappelé lundi 8 juin en réponse aux mises en cause de Darmanin que pour 7 834 enfants sur lesquels elle devrait veiller, la juridiction compte 15 juges, soit 522 mineurs en danger par juge.
Comme de nombreuses autres administrations, la justice a été en effet soumise à des restrictions budgétaires car les gouvernements – et cela bien avant l’ère Macron – ont eu pour priorité de financer les capitalistes en leur versant des milliards d’aides, en allégeant leurs impôts… Les politiques de protection de l’enfance ont donc été sacrifiées, comme l’ont dénoncé de nombreuses associations, au même titre que la santé publique, les hôpitaux, les Ehpad…
Ces associations réclament en urgence l’adoption d’une loi inspirée des conclusions des travaux de la Ciivise (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants), émises en 2023 dans le sillage de MeToo.
Portée par des députés d’horizons politiques différents depuis des mois, la loi pourrait être à l’ordre du jour des séances parlementaires en juillet. Pour le gouvernement, ce serait une façon de se sortir de la crise ouverte par les défaillances mises en lumière par la mort de Lyhanna. Quant à son efficacité et à son financement réel, c’est une autre affaire. Toutes les lois et les dispositifs censés lutter contre les violences faites aux femmes ont eu bien peu d’effet, comme en témoigne le nombre de féminicides. Le sexisme, les comportements violents sont le produit d’une société marquée par les rapports d’exploitation et de domination, dont la morale est inspirée par l’individualisme, la concurrence permanente et la course au profit.
Alors, comme d’habitude lorsque surgit un scandale mettant en évidence leurs responsabilités, les dirigeants politiques peuvent annoncer une nouvelle loi, pour paraître répondre à la colère populaire. Cela ne résoudra sans doute rien, ou pas grand-chose, pas seulement parce qu’elle ne sera pas accompagnée de moyens, mais aussi et surtout parce qu’une loi ne pourra jamais éloigner la barbarie que la société de classes engendre et que l’État n’a jamais eu vocation à combattre.