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Dans les entreprises
Livreurs à vélo : l’esclavage moderne
Mercredi 22 avril, une plainte a été déposée en France contre les deux multinationales de la livraison, Uber Eats et Deliveroo, pour « traites d’êtres humains ».
Les quatre associations à l’initiative de cette plainte représentent des livreurs qui ont appris à ne pas se laisser faire et à s’organiser.
Ces plateformes de livraison se sont développées depuis plus d’une quinzaine d’années et les deux entreprises ont un quasi-monopole dans ce secteur qui les rend richissimes. Elles sont cotées en bourse et valent chacune plusieurs dizaines de milliards d’euros. Et, comme toutes les entreprises capitalistes, l’exploitation de travailleurs est à la base de leur fortune.
Dans leur cas, il s’agit beaucoup de travailleurs étrangers, dont les deux tiers sont en situation irrégulière. Ce n’est pas un hasard, mais un choix de ces multinationales pour aggraver l’exploitation. Sous couvert d’un statut de travailleur indépendant, elles ont pu imposer des horaires à rallonge, des tarifs extrêmement bas. Ces livreurs sont à la merci des plateformes qui peuvent les ostraciser à loisir, les faire courir au maximum, et ne prendre en charge aucun frais, aucune sécurité sociale, etc. Ceux qui protestent sont immédiatement discriminés et même mis sur liste noire dans les magasins opérant avec les plateformes. Quant aux truands qui profitent de ces travailleurs irréguliers en leur louant des comptes à leur nom et en les faisant payer des sommes délirantes juste pour avoir le droit de travailler, ils ne sont pas inquiétés.
Malgré tout cela, les livreurs ont assez vite trouvé le chemin de la lutte. Des premiers rassemblements il y a quelques années, aux associations d’aujourd’hui, ils se sont fait entendre. Certains ont imposé à Deliveroo d’être reconnus comme salariés pour avoir leurs droits en cas de licenciement. Deliveroo a aussi été condamné pour travail dissimulé. Aujourd’hui avec cette plainte, une première mondiale, ils veulent imposer à ces vautours des conditions de travail et de salaires moins scandaleuses. Ils méritent un plein soutien !
Quand ce type de plateforme a vu le jour, bien des commentateurs glosaient sur la nouvelle forme d’indépendance censée rendre le salariat dépassé. Mais, quelle que soit la forme plus ou moins moderne qu’il assume, le capitalisme reste un système barbare d’exploitation, auquel la seule réponse est la lutte collective. Et comme à chaque fois, il se trouve des travailleurs qui ont l’énergie et le courage de l’engager.