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- Lutte ouvrière n°3018
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Leur société
Loi Bétharram : unanimité parlementaire… quand ça ne sert à rien
La révélation en 2023 des abus commis sur les pensionnaires de l’école Notre-Dame de Bétharram avait soulevé une légitime indignation.
Les abus avaient été couverts des dizaines d’années durant par la hiérarchie catholique et délibérément ignorés par la bonne société locale, y compris un certain François Bayrou.
Des parlementaires de tous bords s’étaient souciés de légiférer sur la question et un projet de loi fut concocté par un tandem associant une députée macroniste et un député LFI. Mais la vraie question était-elle de faire une nouvelle loi ? Les abus sur mineurs sont évidemment déjà interdits. On suppose aussi que les institutions qui encadrent des jeunes ont l’obligation d’être regardantes sur les adultes qu’elles emploient. Si elles ne le sont pas, quelle qu’en soit la raison, on peut prévoir qu’aucune loi n’y changera quoi que ce soit, pas plus celle votée le 1er juin, qui propose des contrôles et autres listes noires, qu’une autre. Aucune loi non plus ne changera le fait que la société tout entière conforte le pouvoir du fort sur le faible, de l’homme sur la femme, de l’adulte sur l’enfant. À telle enseigne que l’écrasante majorité des abus sexuels sur mineurs sont commis dans le cercle familial ou par des relations proches, par des personnes chargées en toute confiance de s’occuper d’enfants, comme cela s’est produit à Bétharram et dans bien d’autres institutions.
La seule chose que les parlementaires auraient pu peut-être changer est le fait que l’Église catholique se place au-dessus des lois, établit elle-même ses propres règlements y compris en matière criminelle et absout ses membres sans en référer à la justice civile. Les prêtres ne sont en effet pas obligés de révéler les abus sexuels commis par leurs confrères, sous prétexte qu’ils les ont entendus en confession. À ce compte, de très nombreux auteurs d’abus ont sévi de poste en poste, avec les bénédictions successives de leurs évêques et, on le suppose, même s’ils s’en sont confessés.
Or, un paragraphe du projet de loi prévoyait justement que le secret de la confession ne devait pas tenir devant la gravité des faits. Mais la droite et l’extrême droite, à genoux devant l’autel et la réaction, ont bataillé au nom de la sainteté de ce sacrement. La gauche s’est alors inclinée, au nom cette fois, elle, de la beauté de l’unanimité parlementaire sur un sujet d’intérêt général. C’est ainsi qu’une loi, qui n’aura par elle-même aucune conséquence, a pu être votée à l’unanimité et, paraît-il, dans une grande émotion. La France reste bien en même temps la fille aînée de l’Église et un bastion du crétinisme parlementaire, y compris celui de gauche.