Lyhanna : une société qui écrase les faibles17/06/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/06/une_3020-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C0%2C1271%2C1649_crop_detail.jpg2026-06-17

Leur société

Lyhanna : une société qui écrase les faibles

Après le meurtre de Lyhanna, de nouvelles manifestations se sont déroulées encore lundi 15 juin dans plusieurs grandes villes, regroupant des centaines de personnes, appelant notamment au vote d’une « loi intégrale » de protection des femmes et des enfants.

« 160 000 enfants [victimes chaque année de violences sexuelles]. Que faites-vous ? » affichait une participante, au sein de la manifestation parisienne qui comprenait, une observatrice le notait avec soulagement, un tiers d’hommes. Après sa première réaction pleine de mépris pour la population comme pour les juges et magistrats, Macron a fini par admettre du bout des lèvres qu’il faudra « peut-être ajouter des moyens çà et là », et Lecornu a reçu une délégation de députés au sujet de la « loi intégrale », déposée depuis des mois et pas encore examinée, mais dont le coût pourrait avoisiner 3 milliards d’euros. À comparer aux 436 milliards programmés pour les dépenses militaires d’ici 2030.

On ne peut qu’être révolté par l’incapacité de l’État à protéger les enfants et les femmes face aux violences sexuelles, aux viols et même aux meurtres. La demande d’une loi réellement appliquée, ainsi que le souhaitent 300 000 signataires d’une pétition, est bien compréhensible. Ils souhaitent bien sûr qu’elle s’accompagne de suffisamment de moyens humains et donc financiers. Il doit s’agir ici de moyens judiciaires et policiers, sachant que la police et la justice de l’État de la bourgeoisie sont davantage formés à la répression. Il s’agit aussi d’un accompagnement réel des victimes, en termes de logement, d’aides multiples et d’autonomie financière.

Mais, et les statistiques le démontrent, malheur aux plus faibles dans cette société où ceux qui détiennent la puissance sont rois, qu’il s’agisse de milliardaires, de patrons, de chefs de bureau, de vedettes du cinéma ou de la chanson, de pères ou de conjoints. L’État, quoiqu’il accumule les lois censées protéger l’individu, ne protège réellement que ceux pour qui les lois sont faites, et la facilité déconcertante avec laquelle les capitalistes ferment des entreprises et mettent à la rue des milliers de salariés en est une preuve.

Faut-il, par ailleurs, s’étonner que, dans une société humaine où les valeurs mises en avant sont l’argent, le luxe, la domination sociale, la réussite individuelle mesurée par le nombre de milliards, de châteaux et de yachts, la prédation du fort contre le faible soit implicitement encouragée ? Lyhanna est la victime – présumée – d’un grand malade que la société n’a pas su, n’a pas voulu détecter. Avant elle, d’autres enfants ont vu leur vie détruite par ceux qui détenaient un pouvoir, famille, curés, éducateurs… Mais, ne serait-ce que pour leur enseigner leurs droits d’individu à part entière, quelles infirmières scolaires, quels professeurs, peuvent appeler un chat un chat dans des séances d’éducation sexuelle que des associations religieuses ou d’extrême droite se sont empressées de dénoncer ? Quant à la famille, même si elle semble souvent un refuge, dont les enfants de l’ASE, par exemple, sont privés, chacun sait qu’elle abrite la majorité des agresseurs d’enfants et de femmes.

Pour creuser encore, quels recours existe-t-il pour les futurs agresseurs potentiels, se sentant déviants, pour qu’ils appellent à l’aide avant de passer à l’acte ? Pour que l’entourage ne se contente pas de fermer les yeux par crainte du scandale, voire ne se borne pas à protéger les enfants mais à contraindre les malades à se soigner ?

Pour se débarrasser de crimes comme celui subi par Lyhanna, il faudra changer cette société, et cela ne pourra résulter que d’un combat collectif mené par la population.

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