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Dans le monde
Maroc : les raisons du désespoir
Jeudi 30 juillet, des dizaines de milliers de jeunes ont tenté de rejoindre à la nage l’enclave espagnole de Ceuta en espérant entrer dans l’Union européenne.
La plupart de ces jeunes dépeignent le sentiment d’impasse qui les a motivés.
Des commentateurs ont voulu y voir l’effet des rumeurs et un effet d’entraînement contagieux sur les réseaux sociaux. Certains de ces jeunes ont même déclaré ensuite ne pas savoir pourquoi ils étaient partis. Une expression anglaise parlante, NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation), désigne la jeunesse laissée pour compte au Maroc – 3 millions de jeunes entre 15 et 29 ans ! De plus, même parmi ceux qui ont une bonne formation, voire un travail, beaucoup ne s’en sortent pas. Ainsi, une jeune footballeuse tétouanaise de 20 ans, qui travaillait dans les cimetières pour aider sa famille, s’est noyée en nageant vers Ceuta. Certains restaurants ou bars de la région se sont vidés de leurs employés, partis, en tenue, dans l’espoir d’avoir une vie meilleure. Un maître-nageur venu avec ses amis de plus loin, des quartiers populaires de Casablanca, espérait gagner en Europe de quoi soigner ses parents. Encore caché dans l’enclave après le refoulement de la grande majorité, un commercial dit avoir abandonné sa place pas si mal payée pour le Maroc, 8 000 dirhams mensuels, soit 745 euros, car il n’arrive pas à avoir son propre appartement. D’autres dénoncent le manque de justice ou de libertés individuelles.
Cette jeunesse est en partie la même qui a manifesté l’automne dernier pour dénoncer le manque de moyens dans les hôpitaux ou l’éducation et qui a subi la répression. Elle ne peut se résigner à la situation qu’elle vit.