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Leur société
Mayotte : Kingia, deux mois de chasse à l’homme
Depuis le 7 avril, l’État mène une nouvelle opération coup de poing à Mayotte, l’opération Kingia. Décasages, rafles, expulsions… après l’opération Wuambushu en 2023, puis Place nette en 2024, la violence contre les étrangers sans papiers a passé un nouveau cap.
Les décasages, c’est-à-dire les destructions de bidonvilles, sont devenus monnaie courante. Depuis deux mois, près de 400 cases ont été détruites, forçant leurs habitants à trouver en urgence un nouvel emplacement, plus loin, dans une zone encore plus difficile d’accès.
L’État prend le prétexte du travail illégal, des contrôles de sécurité routière et des contrôles sanitaires dans les commerces, pour se livrer à une chasse systématique aux étrangers, qui représentent la moitié de la population de l’île. Le préfet le dit cyniquement : « La plupart du temps, derrière cette économie informelle, vous avez des personnes en situation irrégulière, on fait une opération double. »
Depuis deux mois, des dizaines de milliers d’habitants, privés de papiers, vivent donc dans la peur. Pour aller dans la ville ou le quartier voisins, ils évitent les axes principaux, passant par la forêt. Là, ils se retrouvent à la merci des bandes violentes. Pour éviter le pire, ils s’organisent pour se déplacer en groupe. Bon nombre ne peuvent pas se rendre au travail. Beaucoup de chantiers BTP chez des particuliers sont à l’arrêt car leurs travailleurs n’osent plus sortir. L’un d’eux témoigne : « Mes déplacements étaient déjà limités et, avec Kingia, c’est plus que limité. […] Je me réveille, je reste chez moi du matin au soir. »
Même terrés chez eux, les habitants peuvent être arrêtés. La police pénètre désormais jusque dans les ruelles des bidonvilles, voire dans les maisons. Ces hommes, femmes et enfants ne ferment plus l’œil, car certaines descentes se font de nuit. Les arrestations sont de plus en plus musclées. Fin mai, une vidéo amateur a circulé, montrant des agents de la PAF tabassant une femme à coups de poing.
La répression s’abat aussi sur les demandeurs d’asile, dont beaucoup arrivent de la République démocratique du Congo (RDC), en proie à la guerre. Dans l’arbitraire le plus complet, la police décrète qu’être reconnu comme demandeur d’asile, « ça ne vaut pas un titre de séjour », raconte une exilée congolaise, enfermée plusieurs heures malgré son attestation en bonne et due forme.
Pour l’État, il faut faire du chiffre : plus de 1 700 personnes ont été expulsées depuis le début de l’opération. Il tient à faire des immigrés les boucs émissaires des problèmes de l’île, qu’il est incapable de résoudre. Des écoles ne sont toujours pas reconstruites, plus de 18 mois après le passage du cyclone Chido. Le réseau d’eau est toujours dans un état catastrophique, entraînant des coupures incessantes. Mais l’urgence gouvernementale est de commander des drones, des intercepteurs, et de renforcer les moyens de répression, qui ont déjà coûté près de 11 millions d’euros.
Nul besoin que l’extrême droite soit à l’Élysée pour que sa politique la plus brutale soit mise en œuvre, et elle l’est déjà à Mayotte.