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Leur société
Mortalité infantile : retour vers le passé
Début août, un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), resté sous le boisseau pendant huit mois, a confirmé l’augmentation spectaculaire de la mortalité infantile depuis 2011.
Avec 4,1 décès de bébés pour 1 000 naissances, la France, classée au 3e rang en Europe il y a trente ans, a rétrogradé en au 23e rang sur 27. Chaque année, 2 800 bébés meurent avant leur première année, très souvent dans les heures ou semaines suivant leur naissance. La cause en est d’abord la déliquescence du réseau de maternités et de centres de protection maternelle et infantile (PMI), du fait de moyens en baisse.
Depuis 1975, 75 % des maternités ont disparu. Aujourd’hui, 900 000 femmes en âge de procréer habitent à plus d’une demi-heure d’une maternité. Le nombre de celles se trouvant à plus de 45 minutes a augmenté de 40 % depuis 2000. Or, selon une étude faite en Bourgogne, ce temps de trajet double le taux de mortalité périnatale.
Ces fermetures de maternité ont été justifiées au nom de la sécurité et de la qualité des soins, mais ceux-ci ne sont assurés que s’il y a le personnel adéquat, quelle que soit la taille de la structure. Or, y compris dans les grandes structures, le sous-effectif est catastrophique et criminel. Le professeur Olivier Morel, chef du Pôle gynécologie-obstétrique du CHU de Nancy, dénonce : « Il manquait déjà près de 1 000 gynécologues- obstétriciens à temps plein dans les maternités en 2021 pour qu’elles puissent fonctionner normalement. Environ 70 % d’entre elles ne disposent pas des effectifs minimaux nécessaires pour assurer la permanence des soins en toute sécurité.»
Le manque d’effectifs est aussi dramatique concernant les sages-femmes. Alors que l’organisation en « one to one », c’est-à-dire une sage-femme pour une patiente en travail, permet d’assurer au mieux l’accompagnement et de diminuer les risques, il est courant dans les maternités qu’une sage-femme suive plusieurs patientes simultanément, avec le risque permanent d’une erreur, d’un retard dans la prise en charge et des conséquences qui sont alors fatales.
L’autre cause de l’augmentation de la mortalité infantile est le dépouillement des centres de protection maternelle et infantile qui permettent l’accompagnement gratuit et sans conditions des parents et de leurs enfants, avant et après l’accouchement. Alors que l’augmentation de la précarité et de la pauvreté aurait dû conduire à leur renforcement, l’État et la Sécurité sociale s’en sont désengagés : en 1995, près de 900 000 enfants avaient été vus en consultation de PMI, contre 550 000 en 2016, soit une baisse de 45 % et une absence de suivi pour nombre de grossesses à risque.
Ce sont les femmes et les enfants des quartiers populaires qui sont les premières à pâtir de la baisse des moyens affectés à la PMI comme aux maternités. Et ce n’est pas un hasard si le taux de mortalité infantile est une fois et demie plus élevé chez les ouvrières et les employées que parmi les femmes des catégories sociales plus aisées.