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Moyen-Orient : poker menteur sur fond de guerre
Bombardements israéliens au Liban, réplique iranienne contre Israël, riposte israélienne en Iran, voilà la réalité des cessez-le- feu en vigueur entre l’Iran et les États-Unis et entre Israël et le Liban. Trump l’a formulé avec son cynisme habituel : « Là-bas, un cessez-le feu, c’est quand on continue à tirer mais de manière plus modérée ».
Au Liban, il ne se passe pas un jour sans que, sous prétexte de combattre le Hezbollah, l’armée israélienne ne bombarde, tuant surtout des civils. Quelque 3 000 personnes ont été tuées depuis début mars et plus d’un million de Libanais ont été transformés en réfugiés, dans une précarité totale et dans l’impossibilité de rentrer chez eux. Le 7 juin, en représailles et en soutien au Hezbollah écarté des négociations israélo-libanaise, l’armée iranienne a lancé une dizaine de missiles contre Israël. Les dirigeants iraniens entendaient ainsi faire pression sur Trump, qui annonce chaque jour l’imminence d’un accord de paix entre leur pays et les États-Unis.
Trump prétend avoir « appelé Bibi pour lui dire de ne pas répliquer » et répète devant les journalistes qu’il a « recadré » son allié israélien pour qu’il ne bombarde pas Beyrouth. Tout cela est de la mise en scène car, si le calendrier et les objectifs des dirigeants israéliens et américains ne coïncident pas exactement, l’armée israélienne ne peut pas agir sans l’aval des États-Unis tant les commandements des deux armées sont entremêlés. Même si les États-Unis sont parfois contrariés par la fuite en avant de Netanyahou et sa volonté de faire la guerre à tous ses voisins en occupant des portions de leurs territoires, ils lui laissent la bride sur le cou car Israël est leur indispensable appui militaire dans la région.
Pour autant, après avoir déclenché la guerre contre l’Iran et provoqué, avec le blocage du détroit d’Ormuz, un chaos économique, Trump cherche à sortir de ce bourbier. N’ayant pas réussi à faire tomber la République islamique malgré des bombardements incessants, confronté à l’hostilité d’une partie de la population américaine mécontente du coût de cette guerre et de la flambée des prix qu’elle a provoquée, il voudrait trouver, avec les pasdaran iraniens, un accord qui n’apparaisse pas trop comme un recul. Mais ces derniers, qui lui ont tenu tête et qui ont pris le contrôle du détroit, n’ont pas de raison de s’incliner et font donc monter les enchères et durer les négociations. Trump continue donc à présenter son échec comme une victoire, tergiverse et multiplie les annonces contradictoires.
En attendant un éventuel accord, qui sera de toutes façons précaire, les peuples du monde entier trinquent. Au Moyen-Orient, que leur pays soit un allié ouvert de l’impérialisme ou qu’il essaie de lui résister, des dizaines de millions de personnes vivent sous la menace permanente des bombes ou des roquettes et subissent les privations sous la coupe de gouvernements autoritaires. Ailleurs dans le monde, les classes populaires subissent les conséquences du blocage d’Ormuz, par la flambée des prix, le rationnement de l’essence et du gaz, la crise économique qui s’aggrave.