Niger : qui sont les voleurs ?31/12/20252025Journal/medias/journalnumero/images/2026/01/une_2996-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg

Dans le monde

Niger : qui sont les voleurs ?

Le parquet de Paris a ouvert à la mi-décembre une enquête pour vol en bande organisée contre le gouvernement militaire du Niger.

Il porte sur 160 millions d’euros d’uranium de la mine d’Arlit, dont l’ancienne puissance coloniale ne reconnaît pas la nationalisation au début de l’année 2025.

Voilà donc le colonisateur qui se présente comme la victime après avoir pillé le pays et son minerai pendant des décennies ! L’entreprise, qui a porté successivement les noms de Cogema, Areva et aujourd’hui Orano, a commencé à extraire l’uranium nigérien en 1971 et en a fait une chasse gardée dans le cadre de la Françafrique. Elle bénéficiait de droits d’exploitation exclusifs tels, que les retombées économiques pour l’État nigérien étaient dérisoires. Pour la population de ce pays, l’un des plus pauvres du monde, elles étaient nulles. Une étude d’Oxfam France montre que le Niger n’a reçu que 13 % de la valeur totale des exportations d’uranium de 2010, le reste revenant à Areva. Alors que son uranium a assuré pendant des décennies l’éclairage de l’Hexagone, l’immense majorité de la population nigérienne n’a pas l’électricité.

De plus, l’action de la France ne s’est malheureusement pas limitée au pillage. L’opération militaire Barkhane, de 2014 à 2022, a également largement contribué à enrichir le terreau sur lequel prospèrent les groupes armés qui plongent les populations du Sahel dans le chaos. Alors, lorsque, en juillet 2023, la junte militaire dirigée par le colonel-major Tchiani a renversé l’ancien président et ami de la France Mohamed Bazoum, elle l’a fait dans le contexte d’une profonde haine de la population envers l’ancienne puissance coloniale. La nationalisation de la mines d’Arlit est bien le minimum qu’on pouvait en attendre, même s’il y a peu de chances que la population en recueille quelque bénéfice, en dépit des promesses des militaires au pouvoir.

L’impérialisme français, bien qu’affaibli et évincé de son ancien pré carré colonial au Sahel, continue de s’y accrocher comme une huître à son rocher, et l’enquête du parquet de Paris en est le signe. Mais cette procédure est d’autant plus ridicule qu’Orano a littéralement abandonné tout investissement depuis des années, préférant s’approvisionner au Kazakhstan ou au Canada. Le trust minier s’est aussi détourné de l’exploitation du gisement prometteur situé à Imamouren, au Niger. Mais pourquoi ne pas essayer néanmoins de faire payer le Niger…

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