Nigeria : la croisade de Trump31/12/20252025Journal/medias/journalarticle/images/2025/12/P7-1_AFP__20251227__89464AB__v3__HighRes__NigeriaUsConflictAttacks.jpg.420x236_q85_box-0%2C150%2C799%2C600_crop_detail.jpg

Dans le monde

Nigeria : la croisade de Trump

L’armée américaine a bombardé le 25 décembre un groupe djihadiste dans le nord-ouest du Nigeria et Donald Trump l’a justifié en se mettant en scène en croisé moderne protégeant les chrétiens partout dans le monde.

Illustration - la croisade de Trump

Le commandement américain en Afrique a aussitôt diffusé les images des missiles tirés d’un navire de guerre des États-Unis, et Trump est apparu sur son réseau social pour souhaiter « joyeux Noël à tous, y compris aux terroristes morts ». Il avait déjà annoncé qu’il viserait partout les auteurs d’atrocités contre « les chrétiens ». « Ce soir, ils ont payé », s’est-il réjoui au lendemain de l’opération. La version du gouvernement nigérian est pour sa part légèrement différente. Son ministre des Affaires étrangères a déclaré qu’il s’agissait d’une opération conjointe entre les armées nigériane et américaine « n’ayant rien à voir avec une religion particulière ». De fait, derrière sa phraséologie moyenâgeuse Trump défend surtout les intérêts de l’impérialisme américain.

Tout le nord du Nigeria est depuis longtemps la proie de groupes armés dont les enlèvements sont la principale ressource. Dans un pays qui rivalise avec l’Afrique du Sud pour la place de première puissance économique d’Afrique subsaharienne et que ses ressources pétrolières placent en tête du continent, cette région est encore plus que les autres laissée à l’abandon. Les paysans y vivent dans une insondable misère, rançonnés par une multitude de groupes armés. Ce fut, un temps, le fief des djihadistes de Boko Haram, mais les motivations religieuses sont bien loin d’être les seules des bandits et des coupeurs de route. Le kidnapping et l’extorsion de rançons sont une affaire florissante. Ainsi, le 28 décembre, des voyageurs se déplaçant dans l’État du Plateau ont été enlevés et la rançon exigée était de 880 euros. Ces pratiques gagnent désormais le centre et le sud du Nigeria, à tel point qu’en novembre dernier l’état d’urgence a été décrété dans tout le pays.

La lutte contre les groupes terroristes sert de prétexte à Trump pour prendre à la gorge le gouvernement du Nigeria. Début novembre il avait menacé le gouvernement d’une intervention militaire en l’accusant de tolérer les meurtres de chrétiens. Sous couvert de collaboration entre les USA et le Nigeria, un avion de surveillance survole en permanence le pays tandis que, comme on l’a vu, les navires américains présents dans le golfe de Guinée se tiennent prêts à ouvrir le feu.

Ce déploiement militaire n’a aucun effet sur le banditisme qui gangrène le pays et ne cesse de progresser, mais il fait peser une pression permanente sur le gouvernement nigérian. Il est d’ailleurs à relier avec l’influence accrue des États-Unis en Afrique, dont leur implication dans les négociations en République démocratique du Congo pour mettre la main sur les ressources minières est un autre fait marquant.

Au-delà, c’est une nouvelle occasion pour Trump de faire savoir aux dirigeants et aux peuples du monde entier qu’il peut bombarder qui il veut, quand il veut, et qu’il ne se prive pas de le faire.

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