Nouvelle-Calédonie : coup de force gouvernemental03/06/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/06/une_3018-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg2026-06-03

Leur société

Nouvelle-Calédonie : coup de force gouvernemental

Les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie se tiendront le 28 juin prochain avec un corps électoral élargi de plus de 10 000 nouveaux électeurs grâce à une loi promulguée le 28 mai.

Le 13 mai 2024, il y a tout juste deux ans, c’est contre l’élargissement du corps électoral que s’est mobilisée la jeunesse kanake et océanienne. Pendant près de quatre mois, des milliers de jeunes se sont affrontés à la police et aux milices caldoches. La répression fit 14 morts dont 11 Kanaks, mais le gouvernement dut remballer son projet de loi qui favorisait la droite anti-indépendantiste, en lui donnant des électeurs supplémentaires et en laissant les Kanaks toujours minoritaires dans leur propre pays.

Deux ans plus tard, après que toutes les tentatives gouvernementales faites pour sauver les positions de la droite caldoche et anti-indépendantiste ont échoué, le gouvernement tente donc une nouvelle manœuvre : il veut tenir les élections reportées depuis deux ans en élargissant partiellement le corps électoral aux « natifs ».

En Nouvelle-Calédonie, il y a depuis les accords de Nouméa de 1998 plusieurs listes électorales. Pour les élections nationales, la liste comprend 218 000 électeurs, tous les citoyens français. Pour les élections provinciales, la liste comprend 181 000 électeurs, conformément à une concession faite en 1998 aux Kanaks qui craignaient d’être submergés par les immigrés venus de métropole. Elle est pour cela limitée aux personnes qui résidaient en Nouvelle-Calédonie avant 1998, ainsi qu’à leurs descendants, à la condition d’avoir résidé pendant dix années consécutives sur le territoire et que leurs ascendants aient été déjà inscrits.

En rajoutant les « natifs », le nombre d’électeurs a priori favorables aux anti-indépendantistes va grossir de 6 400, tandis que ceux issus de la communauté kanake ne va grossir que de 4 000 personnes. Les anti-indépendantistes devraient donc bénéficier de 2 400 voix de différence, une aide précieuse dont ils ont besoin pour conserver le pouvoir dans la Province Sud, celle de Nouméa, vers laquelle bien des Kanaks et des Océaniens ont migré ces dernières années, et y menacent la majorité caldoche.

Devant l’hostilité des Kanaks, le gouvernement a renoncé à ajouter aux natifs leurs conjoints. Pour neutraliser une éventuelle mobilisation des partis kanaks, il a aussi promis à ces derniers de nouvelles négociations sur le statut de l’archipel après les élections provinciales. Et, de fait, si les partis kanaks ont protesté contre la manœuvre de Lecornu, ils appellent les électeurs kanaks à se mobiliser dans les urnes.

En attendant, la population kanake et océanienne subit un chômage et une misère aggravés par une crise économique profonde. Le nombre d’emplois salariés dans le privé a chuté de 18 % depuis 2024, le chômage n’est indemnisé que pendant neuf mois et il n’y a pas en Nouvelle-Calédonie de RSA. Rien ne dit que les travailleurs et les pauvres de l’archipel accepteront d’être de nouveau ainsi méprisés.

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