Pêches : démocratie de requins10/06/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/06/une_3019-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg2026-06-10

Leur société

Pêches : démocratie de requins

Le 1er juin, l’ONG Bloom a publié une étude questionnant la composition et l’action du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM).

Un rapport parlementaire remarquait déjà l’an passé, entre autres, que les grands armateurs y avaient une importance prépondérante et à la même date des artisans pêcheurs s’élevaient contre son fonctionnement.

Cet organisme, qui chapeaute les quatorze Organisations professionnelles régionales (OP), gère la pêche en mer professionnelle au nom de l’État. Il perçoit pour cela des subventions et les cotisations obligatoires des entreprises de pêche, depuis le trust mondial ayant un bateau immatriculé en France, jusqu’au pêcheur à pied de la baie de Somme qui vend ses coques au marché Saint-Valéry. Le Comité attribue en retour les licences qui déterminent pour chaque navire la zone, les espèces, les engins de pêche, les conditions et les périodes autorisées. Ce sont les OP qui répartissent entre pêcheurs les quotas, c’est-à-dire les quantités à prélever pour chaque espèce, négociés entre ministres et représentants des armateurs à Bruxelles.

Environ 6 000 navires de pêche sont immatriculés en France. Les trois quarts font moins de 12 mètres de long et pratiquent les arts dormants (la ligne, le casier, le filet fixe). Les autres, les plus gros, pêchent au chalut. Ainsi les navires de plus de 24 mètres, les chalutiers industriels, représentent moins de 3 % de la flotte mais pêchent plus de la moitié du poisson. Or, depuis la réforme de 2012 qui a concentré les organisations professionnelles du secteur, seuls douze des 42 dirigeants du Comité sont issus des élections professionnelles, auxquelles peuvent participer les artisans. Les autres sont nommés par divers organismes, la plupart dominés par les grands armateurs. Cela fait que onze dirigeants de pêcheries industrielles siègent au Comité, représentant des armements de taille mondiale, dont les bateaux usines pêchant en un coup de chalut ce qu’un petit bateau ne ramène pas en un an de travail. Ce sont ces industriels qui trustent les quotas et les subventions. Ce sont eux aussi qui orientent la politique de la pêche, à l’échelle nationale et européenne, eux encore qui autorisent leurs navires usines à pêcher dans les zones côtières au risque de détruire la ressource et avec la certitude de ruiner les petits bateaux.

La domination sociale, technique et financière se double donc d’une domination politique voulue et organisée par l’État. Il n’est pas étonnant dans ces conditions que le taux d’abstention aux élections pour le Comité des pêches soit de 84 %. Cela n’empêchera toutefois pas les industriels d’étrangler en toute légalité et en toute démocratie les artisans pêcheurs et leurs équipages.

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