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Leur société
Services d’urgence : réguler la pénurie
La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a pris les devants le 5 juin, lors d’un congrès des médecins urgentistes. Elle a annoncé un plan destiné à éviter « que les équipes ne soient en souffrance » dans les services d’urgence, tant il est évident pour le gouvernement que la situation ne peut que s’aggraver.
L’objectif est de réduire de moitié les passages « évitables » de malades aux Urgences. Sur 20 millions de passages annuels, la ministre considère que quatre millions pourraient être « évités », ce qui aurait pour effet de faire baisser la pression souvent insupportable sur les soignants. Elle prend position avant les difficultés supplémentaires aisément prévisibles de l’été, où non seulement les situations périlleuses augmentent avec les grosses chaleurs et les comportements à risque qui les accompagnent, mais aussi la période des congés bloque souvent le fonctionnement des services.
Pour limiter les passages, la première idée de la ministre est de systématiser le filtrage des patients par la régulation du Samu, autrement dit en appelant le 15 : une centaine de services d’urgences hospitalières, désignés par les agences régionales de santé, pourraient ainsi selon elle être désengorgés, les malades ayant été au préalable orientés vers la médecine de ville, « si possible », ajoute-t-elle prudemment. Une deuxième initiative consistera en une campagne ingénieuse qui, après « les antibiotiques, c’est pas automatique », martèlerait : « les urgences, c’est pas une évidence ». Il suffisait d’y penser ! Voilà la baguette magique qui résoudrait la saturation des Urgences, à condition…
La condition serait qu’il n’y ait pas 7 à 8 millions de personnes dépourvues de généraliste qui ne trouvent d’autre solution que d’aller aux Urgences, faute de maisons médicales ouvertes le soir et le week- end, faute d’hôpitaux de proximité, que le gouvernement et les ARS ont fermés pour des raisons d’économies, faute de dispensaires, qui ont disparu des quartiers populaires.
L’engorgement des Urgences, dénoncé par les soignants comme par les malades, ne se résoudra pas tant que persistera et même s’aggravera l’insuffisance de lits d’aval permettant d’évacuer les patients après les soins. L’absence d’effectifs permettant l’ouverture de ces lits, comme le manque de personnel permettant une rotation aux Urgences, est une question de moyens, en particulier de personnel suffisant, de salaires et de conditions de travail. Les pitoyables idées lumineuses de la ministre ne coûtent pas cher, mais n’éclairent pas le problème.