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SNCF : toutes les raisons de se mobiliser
L’ensemble des syndicats appelaient à une grève le 10 juin à l’échelle de la SNCF. Face à l’ampleur des attaques qu’ils subissent, les travailleurs du ferroviaire ont en effet toutes les raisons de se mobiliser et de mettre en avant leurs revendications.

Les cheminots voient, comme tous les travailleurs, leur pouvoir d’achat se réduire au fil des mois et de l’inflation. 0,25 % en juillet et 0,25 % en octobre sont les seules augmentations générales prévues par la direction en 2026, alors que l’inflation officielle était déjà de 2,4 % sur un an au mois de mai. La direction saupoudre des primes diverses, des mesures individuelles ou catégorielles pour faire passer le recul drastique du pouvoir d’achat alors qu’elle a encaissé un bénéfice net de 1,8 milliard d’euros en 2025, en hausse de 16 %.
L’autre versant de l’offensive patronale et gouvernementale est lié à l’ouverture à la concurrence. L’objectif de la bourgeoisie est, au travers de la dispersion des 145 000 cheminots entre une multitude de sociétés, d’entraver leur résistance et de démolir leurs conditions de travail et de rémunération.
Pour cela, la prétendue ouverture à la concurrence consiste en un charcutage totalement inepte du réseau des TER et des Intercités, découpés en « lots », regroupant une ou plusieurs lignes, parfois même des tronçons. Ce sont pour l’heure des sociétés publiques : RATP Dev, Transdev liée à la Caisse des dépôts, qui postulent le cas échéant en concurrence avec la SNCF. Actuellement, sur onze lots, sept ont été attribués à la SNCF. Mais chaque fois qu’elle emporte le marché, celle-ci le fait au travers d’une nouvelle filiale, une coquille vide dans laquelle elle transfère les cheminots sous menace de licenciement, comme la SVEA (SNCF Voyageurs Étoile d’Amiens) ou la SVCO (Cœur Ouest pour la ligne L de Saint-Lazare).
La direction de la SNCF, loin de subir cette balkanisation en est au contraire la maîtresse d’œuvre. Elle tente, tout d’abord, au travers de sa hiérarchie, de convaincre les cheminots d’accepter des reculs. C’est le cas dès aujourd’hui dans les roulements, l’organisation du travail, avec l’objectif d’être « compétitive » dans les appels d’offres.
Dans les nouvelles filiales, l’ancienne réglementation du travail ne s’appliquera plus au bout de quinze mois et le patronat du ferroviaire, la SNCF ou ses concurrentes pourront tenter, en isolant les cheminots les uns des autres, de les faire reculer à tour de rôle. Castex, le PDG de la SNCF a ainsi déclaré aux syndicats qu’il souhaitait supprimer cinq jours de congé aux cheminots, en commençant par ceux des filiales.
C’est donc là l’objectif du patronat, mais il est loin d’être atteint. C’est une chose de transférer les cheminots dans une filiale ou une autre entreprise, c’en est une autre de leur imposer une démolition de leurs conditions d’existence. Les patrons de la filiale SVCO ont pu le constater le 12 mai en gare de Paris Saint-Lazare, quand 60 cheminots grévistes devant y être transférés en 2027 leur ont dit qu’ils refusaient les roulements et les journées pourries qu’ils leur avaient concoctés.
Face à des patrons qui tentent de diviser, de disperser les travailleurs parce qu’ils craignent leur réaction, ceux- ci peuvent s’unir autour de revendications indépendamment de leur métier et du nom de leur patron. Ensemble ils peuvent refuser toute dégradation des conditions de travail, de rémunération et toute menace de licenciement, imposer l’augmentation générale des salaires et leur indexation sur les prix.
La journée du 10 juin aura permis de mettre en grève des dizaines de milliers de cheminots et de réunir des milliers d’entre eux dans des assemblées dans tout le pays.