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Dans les entreprises
Société générale : suppressions de postes, l’IA a bon dos
Après 900 suppressions de postes en 2024, la Société générale en a annoncé 1 800 supplémentaires au cours des deux prochaines années, sur un total d’environ 40 000 salariés en France.
La direction assure qu’il n’y aura pas de licenciements, les réductions d’effectifs se faisant par le non-remplacement des départs à la retraite et des mobilités internes. Mais, dans les faits, ce seront bien des milliers d’emplois en moins ; un groupe bancaire parmi les plus riches du pays contribue ainsi directement à l’aggravation du chômage.
Pour justifier ce plan, la Société générale invoque la nécessité de « renforcer l’automatisation et l’usage de l’intelligence artificielle ». Elle n’est pas la seule à brandir cet argument. Capgemini, géant des services informatiques, a annoncé mardi 20 janvier « jusqu’à 2 400 suppressions de postes », au nom de sa « transformation pour répondre aux défis et opportunités créés par l’accélération des mutations technologiques, notamment l’intelligence artificielle ».
Ces discours présentent les réductions d’effectifs comme une fatalité, imposée par le progrès technologique face auquel il n’y aurait rien à faire. En réalité, le plan de la Société générale s’inscrit dans une offensive beaucoup plus large contre les salariés, visant à accroître la productivité et les profits. L’an dernier déjà, la direction avait imposé une limitation drastique du télétravail, ce qui avait déclenché une grève très suivie. Le prétexte de l’IA succède à celui de la « digitalisation » des services, qui a entraîné ces dernières années la fermeture de nombreuses agences, comme dans les autres réseaux bancaires. Les clients sont contraints de passer par internet, faute d’interlocuteurs humains, sans que la charge de travail ni la pression diminuent pour les salariés restants, bien au contraire.
Les seuls gagnants de ces baisses d’effectif sont les actionnaires. En 2024, la Société générale leur a versé 1,7 milliard d’euros de dividendes, tandis que son cours boursier a bondi de 153 % en 2025.
S’il est vrai que l’intelligence artificielle permet d’augmenter la productivité, elle pourrait libérer du temps et de l’énergie pour des activités non automatisables, à l’échelle de toute la société. Mais, entre les mains des patrons, elle est utilisée contre les travailleurs, comme l’ont été toutes les innovations technologiques depuis le début du capitalisme, de l’invention de la machine à vapeur à celle des ordinateurs.
Les technologies évoluent, les prétextes changent, mais la politique patronale demeure, et nourrit une classe sociale dont le parasitisme, lui, n’a rien d’artificiel.