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Dans les entreprises
Toray Films : une réaction salutaire
Le 5 juin, après plus d’un mois de grève, les ouvriers postés d’un secteur de l’usine de plastique Toray, à Saint-Maurice-de-Beynost près de Lyon, obtenaient une augmentation mensuelle de 45 euros, à reconduire les prochaines deux années et étendue à l’ensemble des salariés de l’usine.
Dans cette usine ou les effectifs se sont réduits à moins de 400 salariés, la direction avait arrêté une ligne en 2024 et n’avait pas remplacé quelque 60 départs. Les machines vieillissent et, avec le manque de bras, les conditions de travail se durcissent. Pour justifier cette dégradation, la direction prétend perdre des millions d’euros chaque année, se plaint de la concurrence et parle de faillite imminente. Elle a même osé bloquer les salaires pour 2026. L’explosion des prix du carburant commençait à faire grincer dans les ateliers.
Début avril, les actionnaires basés au Japon annonçaient un projet inquiétant : l’éclatement du site de Saint-Maurice en trois entités. Le 28 avril, un premier rassemblement réunissant 70 personnes a permis de réfléchir tous ensemble sur cette annonce et de rappeler que, quelle que soit la finalité du projet, la meilleure garantie était d’imposer qu’aucun emploi, aucun droit ne soit remis en cause.
Immédiatement, la direction assurait que son but n’était pas de fermer, qu’elle s’engageait à maintenir tous les droits sociaux et était prête à signer un accord dans ce sens.
Au deuxième rassemblement, le 12 mai, les présents tenaient à rappeler qu’il ne faut jamais croire une promesse patronale. Puisque la direction prétend que son projet est un « nouvel avenir », alors le blocage des salaires devait sauter et il fallait reparler des augmentations générales.
Quelques jours avant, 25 ouvriers postés de l’atelier Terphane avaient décidé de démarrer une grève totale arrêtant l’atelier et bloquant plusieurs commandes très urgentes. Fait notable, les contremaîtres étaient également grévistes et présents au piquet, ce qui en dit long sur le mécontentement accumulé.
Beaucoup de discussions ont eu lieu sur les dangers d’une grève sectorielle au moment où le patron veut justement diviser. Mais, au fil des jours, la détermination de ces 25 grévistes a forcé le respect et l’idée de s’y mettre tous, défendue par les délégués, a fait son chemin. Après deux semaines de grève totale, le patron a commencé à discuter. Chaque fois, un ou plusieurs grévistes étaient choisis pour participer au rendez-vous aux côtés des délégués.
Tous ont pu ainsi mesurer le mépris de la direction, ce qui a renforcé la colère. Sa proposition de 45 euros au vingtième jour a été refusée.
Lors de la quatrième semaine, un autre atelier a décidé de se réunir pour écrire ses revendications. Là aussi les contremaîtres étaient de la partie. C’est alors que le patron a tenté l’ultime chantage : « 45 euros, c’est le maximum ou je ferme l’atelier ». Réponse de l’assemblée des grévistes : « Ferme ton atelier, on ne veut pas bosser sous la menace. »
Son chantage ayant fait flop, la direction a dû revoir sa copie, étendre l’augmentation aux deux années prochaines, accorder les promotions en retard et discuter du paiement des jours de grève. Deux autres ateliers ayant enfin décidé de débrayer, elle a étendu une partie des mesures à toute l’usine.
Au final, cet épisode a montré des travailleurs bien décidés à contrer tous les coups bas que la direction prépare avec son projet... et que la lutte paie.