Ukraine-Russie : morts et blessés par millions04/02/20262026Journal/medias/journalarticle/images/2026/02/P9-1_Bombardement_%C3%A0_Kharkiv_le_3_f%C3%A9vrier_C_Sergey_Bobok_AFP.jpg.420x236_q85_box-0%2C16%2C800%2C467_crop_detail.jpg

Dans le monde

Ukraine-Russie : morts et blessés par millions

Fin janvier, le CSIS, un grand centre d’études stratégiques internationales, a publié un bilan chiffré des pertes humaines en Ukraine, depuis bientôt quatre ans que dure cette guerre. Les chiffres additionnés des morts et blessés des deux camps approchent deux millions, et encore pour les seuls militaires.

Illustration - morts et blessés par millions

Le CSIS a publié son étude alors que des pourparlers se poursuivent entre représentants russes, ukrainiens et américains. S’agit-il de fournir des « arguments » aux négociateurs, voire d’accompagner les pressions de Trump sur tel ou tel belligérant ? En tout cas, le CSIS a souligné, à propos de la Russie, qu’« aucune grande puissance n’a connu un nombre de pertes aussi élevé depuis la Seconde Guerre mondiale ». Sans doute, puisqu’elle a « subi environ 1,2 million de pertes (tués, blessés et disparus) et jusqu’à 325 000 morts depuis février 2022 », date du début de « l’opération militaire spéciale » de Poutine. Au passage, on remarquera que la réalité des chiffres est loin de conforter l’image que rabâche la propagande militariste en France et en Europe occidentale, celle d’une Russie surpuissante, prête à avaler d’autres pays du continent après l’Ukraine, alors que son armée n’y progresse que lentement et au prix de pertes énormes.

Et le CSIS enfonce le clou, en expliquant ce bilan par « l’incapacité de la Russie à mener des opérations interarmes […], des tactiques et un entraînement médiocre, la corruption, un moral bas et […] une guerre qui favorise la défense » ukrainienne.

Les stratèges et l’état-major ukrainien en profitent, peut-être, mais pas la population ni les soldats ukrainiens. En effet, dit le CSIS, ces derniers « ont probablement subi entre 500 000 et 600 000 pertes, incluant les tués, les blessés et les disparus, et entre 100 000 et 140 000 décès ». En valeur absolue, c’est deux fois moins que pour l’armée russe. Mais, rapporté à la population de chaque pays – 140 millions de Russes, 40 millions d’Ukrainiens en 2022, moins tous ceux qui ont fui à l’étranger – le bilan de cette guerre dans laquelle le camp impérialiste a poussé l’Ukraine est particulièrement effroyable pour sa population.

Fuir la guerre

À peine nommé, le nouveau ministre de la Défense ukrainien – le précédent ayant été renvoyé pour cause de corruption – vient de fixer un « objectif stratégique » à ses troupes : tuer 50 000 Russes par mois. Mais avec quelles armes et avec qui pour les tenir ? La vice- Première ministre ukrainienne chargée de la Culture constate que si son pays comptait 10 millions de jeunes voici quatre ans, 2,4 millions ont disparu depuis, réfugiés dans des pays voisins, telle l’Allemagne où leur nombre a décuplé en quelques mois. L’Allemagne vient d’annoncer qu’au 1er février elle divisait par trois les allocations aux réfugiés ukrainiens ; la Pologne a pris une mesure identique. Mais il faut croire que cela n’incite pas de nombreux jeunes Ukrainiens à revenir risquer leur vie au pays. Pour quels intérêts d’ailleurs quand, chaque semaine ou presque, éclatent des scandales de corruption impliquant des dirigeants, profiteurs d’une guerre à l’abri de laquelle ils se tiennent eux et leurs proches ?

Le président Zelensky, que ces scandales n’épargnent pas, voudrait redorer son blason en intimant à son nouveau ministre de la Défense de mettre un terme à la « bussification ». Il s’agit de ces rafles de rue où les sbires des centres de recrutement embarquent de force des réfractaires, provoquant l’opposition violente de la population. Mais, l’armée de Zelensky manque de chair à canon, sa directive « anti- bussification » n’est donc qu’une posture qui ne changera rien.

En Russie, le régime de Poutine peine lui aussi à trouver des hommes qui acceptent d’aller combattre pour lui. La carotte – surtout des primes représentant des mois de salaire à la signature du contrat mais aussi en cas de blessure ou de mort au combat – qu’agitaient les autorités pour recruter n’est apparemment plus aussi efficace. Et d’abord dans les régions pourvoyeuses, les plus pauvres, celles où des hommes des classes populaires s’engageaient pour assurer une vie meilleure à leur famille.

Adversaires et jumeaux

Du fait de la crise dans laquelle la guerre enfonce l’économie russe, les régions périphériques ont de moins en moins les moyens de proposer les mêmes primes d’engagement qu’auparavant. Et cela se voit. Récemment, un scandale a éclaté dans le Grand Est où plus de 100 conscrits – donc censés ne pas devoir partir en Ukraine – ont été contraints par leurs officiers à coups d’arguments frappants de signer un engagement d’un an et demi, coincés qu’ils étaient dans le train les emmenant à leur lieu d’affectation. Quand ils ont voulu se rétracter, menaces, coups et tortures ont redoublé. Mais leurs familles ayant été alertées, des médias en ont parlé, et le service de presse de la Défense a dû promettre que les « responsables seront poursuivis »… Qui peut y croire ?

En multipliant les condamnations à des années de prison pour terrorisme ou apologie du terrorisme même des jeunes de 14 ans ayant critiqué cette guerre, le Kremlin cherche à museler par la terreur toute expression d’une pensée contestataire. Et l’intensification de la répression dit bien que le régime ne se fait aucune illusion sur les sentiments de la population.

Dans les couches populaires, même celles qui ne voulaient pas se croire concernées par ce qui se passe en Ukraine, tout le monde voit bien que les prix s’envolent, alors que les salaires stagnent. Et s’il y a quelques mois encore, certains nourrissaient l’espoir d’améliorer leur sort en changeant d’emploi – avec plus d’un million d’hommes sous les armes, des emplois étaient vacants –, aujourd’hui ce n’est plus le cas. Et dans certaines régions, comme dans celle d’Oulianovsk sur la Volga, du fait de la crise, de financements publics accaparés par la machine de guerre, on voit de grandes entreprises fermer et licencier. Et même à Moscou, on commence à parler de licenciements sur fond de salaires réduits.

Cette guerre, Poutine et son régime la mènent contre l’Ukraine mais aussi contre leur peuple, contre leur classe ouvrière. En cela, le Kremlin n’agit en rien différemment de la rue Bankova, où siège à Kiev l’administration présidentielle de Zelensky.

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