Universités : les étudiants étrangers taxés28/04/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/05/une_3013-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C0%2C1271%2C1649_crop_detail.jpg2026-04-28

Leur société

Universités : les étudiants étrangers taxés

À Strasbourg, le 16 avril, un rassemblement a été organisé pour dénoncer la radiation de 37 étudiants qui n’avaient pas pu payer l’intégralité de leurs droits d’inscription à l’université, des droits fortement supérieurs à ceux des étudiants français ou venant de l’UE.

Depuis la publication, en 2019, du décret cyniquement baptisé « Bienvenue en France », les étudiants venant de pays hors Union européenne peuvent se voir imposer des droits d’inscription de 2 895 euros en licence et 3 941 euros en master, contre 178 euros et 254 euros pour les étudiants français ou européens.

Jusqu’ici, à la suite des mobilisations contre ce décret, la plupart des universités ne l’appliquaient pas vraiment : seuls environ 10 % des étudiants extracommunautaires payaient effectivement ces frais en 2025. Mais le ministre de l’Enseignement supérieur veut inverser les proportions : dès la rentrée prochaine, les universités seraient tenues de faire payer 90 % de ces étudiants.

Certaines universités ont déjà commencé à durcir leur politique, comme celle de Strasbourg. Les étudiants radiés ont pourtant suivi leur année, travaillé, préparé ou passé leurs examens. Certains n’ont réellement découvert le montant à payer qu’après le rejet de leur demande d’exonération, alors que l’année était engagée depuis plusieurs mois. D’autres racontent avoir dû s’endetter, accumuler des retards de loyer ou multiplier les heures de travail salarié pour tenter de payer, en vain.

Le gouvernement veut multiplier ce genre de situations. D’autant plus que cette hausse s’ajoute à la suppression des APL, au 1er juillet 2026, pour les étudiants extracommunautaires non boursiers. Avec les frais différenciés, le ministre espère ainsi tirer jusqu’à 250 millions d’euros par an de la poche de ces étudiants. Mais en réalité beaucoup d’entre eux ne pourront tout simplement pas continuer à étudier en France.

Dans des universités étranglées financièrement, poussées à trouver des ressources propres, faute de financement suffisant de l’État, taxer les étudiants est présenté de plus en plus ouvertement comme une solution. Un rapport de l’Inspection générale des finances et de l’Inspection générale de l’éducation, rendu public en février 2026, affirme même que la hausse des frais d’inscription constitue le « principal levier directement mobilisable » pour trouver de l’argent. Et c’est aussi un des sujets discuté lors des Assises du financement des universités dont le rapport est attendu fin mai.

Le ministère commence par les étudiants étrangers mais c’est l’ensemble des étudiants qui risque d’être visé, à commencer par ceux des milieux populaires.

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