Usines classées Seveso : patrons irresponsables, État complice31/12/20252025Journal/medias/journalnumero/images/2026/01/une_2996-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg

Leur société

Usines classées Seveso : patrons irresponsables, État complice

Blessé le 22 décembre lors de l’explosion dans l’usine chimique Elkem Solicones située à Saint-Fons, près de Lyon, un deuxième salarié est finalement décédé.

Cette usine, spécialisée dans la production de silicone, est classée Seveso en raison de multiples dangers : « incendies », « explosions de gaz », « risques toxiques liés aux fuites », « risques liés à la pression », « risques de dégagement d’hydrogène », « pollution accidentelle » et « risques d’intoxication liés aux fuites, en phase gazeuse ou liquide ». Une fuite de matières dangereuses avait été rapportée en janvier 2025 dans cette entreprise où, déjà en 2016, un employé avait été tué dans un incendie causé par un produit très inflammable sans que rien ne soit entrepris, ni du côté du patron, ni de celui des pouvoirs publics.

L’usine Elkem est pourtant située dans l’une des trois zones en France, avec l’agglomération rouennaise et l’étang de Berre, où la concentration d’usines Seveso est la plus élevée. Il y aurait, dans le pays, 1 302 sites Seveso, dont plus de la moitié sont classés seuil haut, et qui pour beaucoup sont construits au centre ou à la lisière d’agglomérations. Il faut rappeler que c’est un autre grave accident industriel, une explosion suivie d’une émanation de dioxine, qui toucha la commune de Seveso au nord de Milan, il y a presque cinquante ans, en 1976, qui entraîna à partir de 1982 des directives européennes sur les procédures pour prévenir de telles catastrophes. Mais force est de constater qu’elles n’ont rien réglé. Les patrons des entreprises dangereuses continuent bien souvent à négliger la sécurité. Quant aux contrôles que le classement d’une usine à risque est censé imposer, ils sont souvent inexistants ou très peu suivis d’effet.

« Les contrôles sont bien trop insuffisants aujourd’hui en France », a déclaré au lendemain de l’accident Paul Poulain, ingénieur spécialiste des risques industriels et auteur d’un livre sur le sujet. Et d’ajouter qu’il faudrait en matière de contrôle « mettre des moyens considérables. Après l’incendie de Lubrizol à Rouen en 2019, il y avait eu une annonce de 50 recrutements, mais c’est clairement insuffisant, surtout qu’on avait augmenté de 2 % les effectifs pour augmenter de 50 % les contrôles. Ce n’est pas très crédible. Il faudrait recruter environ 8 000 personnes sur un effectif d’environ 1 200 équivalents temps plein pour arriver à quelque chose de sérieux ». À ce constat il faut ajouter que la réglementation concernant la sécurité des sites classés Seveso a été assouplie. C’est ainsi qu’une loi de 2018 autorisant des allègements en la matière avait permis à la préfecture de Seine-Maritime de donner son feu vert à Lubrizol, en janvier, puis en juin 2019, pour deux demandes d’extension de ses capacités de stockage de produits dangereux, sans les soumettre au préalable à une évaluation des risques. On sait ce qui est arrivé ensuite : fin septembre 2019, un incendie catastrophique avait vu partir en fumée près de 10 000 tonnes d’hydrocarbures, créant une énorme pollution.

L’irresponsabilité de nombreux patrons, et la complicité de l’État qui ne veut en rien les contraindre, continuent de menacer de nouvelles catastrophes les travailleurs de ces entreprises et toute la population.

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