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Leur société
Violences sur mineurs : Darmanin enfonce Darmanin
Darmanin, le garde des Sceaux, a adressé une lettre de douze pages au ministre de l’Intérieur Nuñez, pointant les défaillances des services de police dans la prise en charge des violences sexuelles dont des enfants sont victimes.
La lettre, confidentielle mais rendue publique par la presse le 8 août, a déchaîné les foudres des syndicats de policiers, représentants d’une profession généralement choyée par les gouvernements. L’Association nationale de la police judiciaire (ANPJ) dénonce une « trahison » de la part de Darmanin qui, il est vrai, a précédé Nuñez à l’Intérieur pendant quatre ans, soit plus qu’aucun autre à ce poste depuis cinquante ans.
Au moment de l’affaire Lyhanna, Darmanin s’était déchargé de sa responsabilité écrasante sur les juges et les greffiers, les sommant de purger en urgence 70 000 dossiers – aujourd’hui 85 000 – de violences sexuelles sur mineurs. Le dernier rapport pointe, lui, les défaillances de la police. C’est peut-être une manière de passer la patate chaude à son collègue et néanmoins ami Nuñez.
Mais en l’état, la lettre confirme le désintérêt des services de police pour les jeunes victimes. Le rapport évalue un « stock fantôme » de dossiers qui n’ont jamais été transmis à la justice : 1 275 à Nîmes ou 905 à Caen, par exemple. Il constate la formation défaillante des inspecteurs, leur investissement insuffisant y compris dans les unités spécialisées.
La police, dressée pour imposer l’ordre social, est bien plus prompte à disperser des manifestants ou à pratiquer des contrôles à répétition dans les cités qu’à venir en aide à des victimes. La situation décrite n’est que le sommet de l’iceberg, les victimes de violences sexuelles devant suivre un véritable parcours du combattant pour déposer plainte, en échouant bien souvent. Et la situation est nécessairement bien pire pour les mineurs.
Le rapport évoque des « auditions de mineurs victimes mal faites, avec des questions fermées ou des observations déplacées » et des plaintes qui, quand elles sont prises, s’entassent dans des placards et sont parfois perdues.
Cette situation n’est pas nouvelle et elle est parfaitement connue des Darmanin, Nuñez, comme de l’administration policière. Cela ne leur pose aucun problème tant qu’ils ne sont pas éclaboussés par les conséquences d’une affaire.