La lutte de l’impérialisme américain pour maintenir sa suprématie21/06/20262026Lutte de Classe/medias/mensuelnumero/images/2026/06/une_257-c.jpg.484x700_q85_box-11%2C0%2C1372%2C1969_crop_detail.jpg2026-06-21

La lutte de l’impérialisme américain pour maintenir sa suprématie

Malgré les bombes déversées sur l’Iran pendant cinq semaines, Trump et son allié Netanyahou n’ont pas réussi à soumettre ce pays de 90 millions d’habitants ni à faire tomber la république islamique qui s’est donné un puissant moyen de pression en prenant le contrôle du détroit d’Ormuz. Le 17 juin à Versailles, Trump a signé avec les dirigeants iraniens un accord qu’ils peuvent présenter comme une victoire de leur pays, mais qui ouvre surtout de nouvelles discussions. Même si celles-ci finissaient par aboutir à un accord du type de celui signé par Obama en 2015, la trêve restera précaire et temporaire tant l’impérialisme américain ne peut renoncer à soumettre les pays qui résistent à sa domination.

Les États-Unis se sont enfoncés en Iran dans une impasse, de laquelle ils peinent à sortir. Ils ont entraîné leurs alliés du Golfe dans une guerre dont ceux-ci ont subi en première ligne les conséquences désastreuses pour leurs revenus, leur image internationale et leur sécurité. Le blocage du détroit d’Ormuz a aggravé le chaos économique mondial. Ainsi le Qatar assurait un tiers de la production mondiale d’hélium, ce gaz indispensable à la fabrication des semi-conducteurs. Après les bombardements des installations gazières, les capacités de production de puces sont menacées. Quant aux engrais azotés, sous-produits de l’extraction pétrolière, le quart de la consommation mondiale a été bloqué dans le fameux détroit, ce qui « menace l’alimentation mondiale » selon la FAO. Toutes les contradictions du système sont aggravées, renforçant la concurrence entre capitalistes et les rivalités entre les États, sur fond de menace permanente d’un krach boursier et financier.

La guerre en Iran démontre, une fois de plus, qu’il ne suffit pas de déverser des tonnes de bombes sur un pays, fussent-elles les plus sophistiquées, les plus puissantes et les plus coûteuses au monde, pour soumettre un peuple, abattre un régime ou prendre le contrôle d’un pays. Du Vietnam à l’Irak en passant par l’Afghanistan, l’armée américaine en a fait de nombreuses fois l’expérience. Mais ces échecs répétés n’ont jamais modifié, sur le fond, la politique des dirigeants américains, qu’ils soient démocrates ou républicains. Elles les ont poussés, au contraire, à augmenter leurs capacités militaires. Il en ira de même cette fois-ci.

Une fuite en avant vers la guerre

La domination de l’impérialisme américain s’appuie sur sa puissance économique, la richesse de ses entreprises et de ses banques, le rôle du dollar dans l’économie mondiale, l’attraction que les États-Unis exercent sur le monde, ses relais au sein des États et des classes privilégiées de la planète. Le capital américain domine les secteurs les plus profitables de l’économie capitaliste, notamment dans l’informatique, où les Nvidia, Apple, Google, Amazon, Oracle, battent actuellement des records en Bourse. Huit des dix entreprises aux plus fortes capitalisations boursières sont américaines.

Cette puissance économique provient de l’accumulation par le capital des États-Unis des richesses produites par les exploités de toute la planète. Cela suppose de défendre et de réaffirmer sans cesse la domination américaine sur le monde, ce qui exige d’entretenir la plus grande puissance militaire. Le budget militaire américain – 1 000 milliards de dollars par an – dépasse celui, cumulé, des Chine, Japon, Inde, Russie, Allemagne, France, Royaume-Uni et Italie.

Aujourd’hui, le capitalisme est atteint de sénilité et plongé, depuis cinquante ans, dans une crise qui a porté la spéculation et la financiarisation à des niveaux jamais atteints. La croissance stagne, les marchés solvables s’amenuisent : plus la concurrence entre puissances capitalistes se durcit, plus la bourgeoisie américaine doit s’assurer des marchés, des routes commerciales, de l’accès aux matières premières indispensables (pétrole, gaz, terres rares et autres minerais…) tout en en privant ses concurrents. Cela pousse l’impérialisme américain à être plus offensif que jamais : vis-à-vis des impérialistes de second rang, qui lui sont subordonnés mais restent des concurrents à affaiblir ; vis-à-vis des pays qui ont acquis, du fait de leur histoire, les moyens de lui tenir tête, comme la Russie de Poutine, l’Iran des pasdarans et surtout la Chine, dont la montée en puissance économique représente une menace pour les capitalistes américains.

Face à eux, la bourgeoisie étasunienne n’a pas d’autre choix que de maintenir par tous les moyens l’hégémonie qu’elle a acquise au cours d’un processus de plus d’un siècle, y compris au risque de faire plonger le monde dans une nouvelle guerre. C’est pourquoi la politique du gros bâton mise en œuvre par Trump n’est pas la simple gesticulation d’un milliardaire mégalomane ou sous influence : si aventuriste soit-elle, elle correspond fondamentalement aux exigences de l’impérialisme américain.

L’émergence de l’impérialisme américain

Bien avant son stade impérialiste, la bourgeoisie, qui a émergé en Europe dans les interstices de la société féodale, s’est développée « en suant le sang et la boue par tous les pores »1, en pillant le monde, en exploitant des hommes et des femmes, en brisant des empires parfois millénaires, en détruisant les anciens modes de production. Passés progressivement sous le contrôle d’un nombre restreint de groupes industriels et bancaires, une poignée d’États bourgeois devenus impérialistes, d’abord la Grande-Bretagne et la France, rejoints par l’Allemagne, l’Italie et, plus tard encore, par les États-Unis en Amérique puis le Japon en Asie, se sont disputé le monde. Pour vendre leurs marchandises, extraire les matières premières et investir leurs capitaux, ils ont découpé des frontières, mis en place ou fait tomber des régimes. Ils ont organisé l’économie mondiale en fonction des marchés de leurs capitalistes, déformant les économies des pays dominés de façon irrémédiable, créant des îlots de richesse et développement dans un océan de misère.

Développée plus tardivement que les autres, sur un vaste territoire qui n’a jamais connu le morcellement de la vieille Europe, colonisé en exterminant la population autochtone, en exploitant les esclaves d’origine africaine et les migrants venus d’Europe, la bourgeoisie américaine s’est progressivement imposée aux autres. Sous prétexte de rendre « l’Amérique aux Américains » (James Monroe), les États-Unis ont d’abord chassé les premières puissances coloniales du continent, pris le contrôle de Cuba et Porto-Rico en posant aux libérateurs lors de la guerre hispano-américaine (1898), sorti « le gros bâton » (Theodore Roosevelt) pour détacher le Panama de la Colombie (1903), avant d’y construire un canal (inauguré en 1914) ouvrant une voie maritime vitale pour les affaires et la marine étasuniennes, pour le commerce est-ouest des États-Unis puis celui vers la Chine et l’Asie. En affirmant vouloir mettre la main sur le Panama, le Venezuela, Cuba mais aussi le Canada ou le Groenland, Trump ne fait que renouer avec le langage cru de ses lointains prédécesseurs.

La planète étant déjà partagée, les pays tard venus étant écartés de la mangeoire, les puissances impérialistes ont jeté leurs peuples les uns contre les autres pour se repartager le monde selon les nouveaux rapports de force. Entre 1914 et 1945, il a fallu deux guerres mondiales, des destructions incommensurables et plus de 100 millions de morts, pour qu’un nouvel ordre impérialiste émerge pour plusieurs décennies.

Mais ces deux guerres ont été entrecoupées d’une vague révolutionnaire qui a mis aux prises la bourgeoisie et la classe ouvrière, cette classe des prolétaires en qui Marx et Engels avaient reconnu les « fossoyeurs de la bourgeoisie ». En 1917, les ouvriers alliés aux paysans ont réussi à prendre durablement le pouvoir dans l’empire tsariste, encourageant des révolutions dans plusieurs pays d’Europe et même en Chine. Même si la bourgeoisie a fini par consolider son pouvoir, après de nombreuses convulsions, et à restaurer sa domination, sauf sur l’Urss qui représentait un sixième du globe, la révolution d’Octobre a véritablement « ébranlé le monde » et offert un modèle et un espoir à des millions d’opprimés pendant plusieurs décennies.

Les États-Unis ont émergé de cette période de guerres mondiales, de révolutions et de convulsions politiques comme la principale puissance impérialiste. Si leur population a payé le prix du sang – mais beaucoup moins que tous les autres belligérants avec 400 000 morts sur les 80 millions de victimes de la deuxième boucherie mondiale – les États-Unis en sont sortis sans avoir été envahis, sans avoir subi les bombardements ni la destruction de leur industrie et de leurs infrastructures, avec une monnaie qui est devenue pour des décennies l’étalon monétaire international, avec une avance technologique et scientifique considérable.

Après 1945, les États-Unis ont continué à étendre leur domination sur les puissances secondaires. Avec le plan Marshall, la reconstruction de l’Europe s’est faite sous l’égide et au profit de la bourgeoisie américaine. Si les bourgeoisies britannique et française ont tenté de s’accrocher à leurs possessions coloniales, elles n’ont pas tardé à en être délogées, par les révoltes anticoloniales mais aussi par les manœuvres de l’impérialisme américain se posant en champion de la liberté des peuples et de l’anticolonialisme pour mieux les instrumentaliser.

Au Moyen-Orient, les États-Unis ont pris la place de la Grande-Bretagne en encourageant la création de l’État d’Israël en 1948, en organisant en 1953 le coup d’État en Iran contre Mossadegh, qui avait osé nationaliser le pétrole iranien et en jouant les arbitres en 1956 lors de la crise de Suez. En Asie comme en Afrique, les États-Unis ont profité, dès la fin de la guerre, de chaque événement pour renforcer leur position, y compris au détriment de leurs prétendus alliés, faisant dire au secrétaire d’État américain Henry Kissinger (1923-2023), jamais à court de cynisme : « Être l’ennemi de l’Amérique est peut-être dangereux, mais être son ami est fatal. »

C’est pourquoi, en dépit de leurs postures et de leurs manœuvres, des États comme la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni ou encore le Japon restent subordonnés aux États-Unis. Bon gré, mal gré, les bourgeoisies des pays impérialistes de second rang finissent toujours par se soumettre et s’aligner car elles n’ont pas les moyens de tenir tête aux États-Unis, de subir des mesures de rétorsion, de risquer d’être exclues de leur marché ou de payer des dizaines de milliards de dollars d’amendes pour non-respect d’un embargo imposé par Washington. Dans la lutte pour les marchés et les ressources, ces États essaient de préserver les intérêts de leurs capitalistes respectifs en récupérant les miettes laissées par les États-Unis.

Ainsi, dans la guerre qui oppose en Ukraine les puissances de l’Otan à la Russie de Poutine, les États-Unis sont les principaux vainqueurs. Cette guerre a affaibli les capitalistes européens, et d’abord allemands, privés du gaz russe. Les entreprises américaines ont raflé la part du lion des terres, mines, usines, banques d’Ukraine, comme des ventes d’armes. Mais, pour préserver les intérêts de Dassault, Bouygues, Crédit agricole et de leurs homologues anglais ou allemands, Macron, Starmer ou Merz, écartés des négociations entre Trump et Poutine, se posent en alliés indéfectibles de Zelensky.

Une hégémonie sans cesse contestée

L’impérialisme américain n’est certes pas tout-puissant. Depuis 1945, son hégémonie n’a jamais cessé d’être contestée et il n’a jamais cessé de la maintenir par la force de ses armes. Il s’est heurté régulièrement à la résistance des peuples soulevés contre sa domination et son pillage, à commencer par le peuple vietnamien, dont la lutte a fini par provoquer, par ricochet, de puissantes révoltes dans la jeunesse et la fraction noire du prolétariat américain. Il s’est heurté à la résistance des États qui avaient réussi à gagner une certaine base sociale et disposaient d’une relative indépendance vis-à-vis de l’impérialisme.

Pendant plusieurs décennies, la principale opposition à cette hégémonie est venue de l’Union soviétique. Même si la bureaucratie soviétique ne représentait plus, depuis la fin des années 1920, les intérêts de la classe ouvrière, sur laquelle elle exerçait une féroce dictature, elle était à la tête d’un vaste territoire et d’un système économique qui échappait à l’exploitation des capitalistes. Cette bureaucratie avait prouvé moult fois sa détermination à défendre l’ordre social en place, c’est-à-dire l’ordre impérialiste, en empêchant ou en trahissant des révolutions, en s’alliant avec les Alliés contre l’Allemagne hitlérienne puis en organisant avec les États-Unis et la Grande-Bretagne le maintien de cet ordre lors des conférences de Téhéran (1943), Yalta (février 1945) et Potsdam (juillet 1945).

Mais, dès que la crainte d’une potentielle vague révolutionnaire engendrée par la guerre a été écartée, la rivalité entre la bourgeoisie impérialiste et les bureaucrates soviétiques est revenue. Trois ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le monde a basculé dans la guerre froide. Du blocus de Berlin en 1948 à la crise des missiles à Cuba en 1962, et plus encore lors de la guerre de Corée entre 1950 et 1953, qui mit de fait aux prises la Chine et les États-Unis et a provoqué la mort de près d’un million de personnes, cette guerre froide a connu plusieurs épisodes de tension extrême, sans jamais se transformer en une nouvelle guerre mondiale car aucun des deux blocs ne le souhaitait.

Pendant quarante ans, malgré des tensions sérieuses, les deux superpuissances ont fait respecter « l’ordre de Yalta ». Chacune a fait la police dans sa zone, c’est-à-dire avant tout qu’elle a écrasé la moindre révolte ouvrière, combattu les mouvements d’émancipation ou les gouvernements pas assez soumis, en laissant l’autre puissance agir à sa guise dans sa sphère d’influence. Durant ces années, marquées par les profondes révoltes anticoloniales, mais aussi par les guerres fomentées par l’impérialisme pour réprimer ces révoltes ou les affaiblir, certains pays autrefois colonisés ou semi-colonisés ont arraché leur indépendance ou renversé la dictature pro-américaine. Si aucun n’a pu échapper durablement au pillage impérialiste, certains se sont partiellement émancipés des États-Unis grâce à la base sociale qu’ils ont acquise, grâce à leur taille ou leurs ressources pétrolières, ou parce que, avec la guerre froide, ils ont pu obtenir un soutien diplomatique et économique de l’Urss. Même la petite île de Cuba a pu tenir tête à son puissant voisin grâce au soutien soviétique, après s’être libérée de la dictature pro-américaine de Batista. Plus de soixante ans plus tard, alors que les Cubains ne représentent pas le moindre danger pour la bourgeoisie américaine, Trump leur fait encore payer au prix fort leur refus de se soumettre.

Après l’éclatement de l’Urss, apparu comme la victoire des États-Unis dans la guerre froide, au point que les plus zélés apologistes du capitalisme avaient proclamé « la fin de l’histoire »2, la domination américaine a pu sembler sans partage. Immédiatement, les pays de l’Otan, États-Unis en tête, ont voulu mettre sous leur emprise le territoire de l’ex-Union soviétique, pillant ses ressources naturelles, installant des bases militaires, intégrant les pays baltes à l’Otan et manœuvrant pour mettre la main sur l’Ukraine. C’est cette pression permanente qui a fini par pousser Poutine, représentant en chef des intérêts des bureaucrates et des oligarques russes, à envahir l’Ukraine en 2022 pour marquer son territoire. Après des centaines de milliers de morts et de vies brisées, des destructions et des souffrances sans nom pour les Ukrainiens et les Russes, Trump et Poutine ont fait tomber le masque : ils discutent, dans l’ombre ou la lumière, pour se partager les richesses de l’Ukraine. Cette guerre fratricide se prolonge parce que chacun des brigands cherche à sécuriser sa part du gâteau. Poutine a le plus à perdre, à la fois parce que les dirigeants impérialistes ont plusieurs fois piétiné les promesses faites aux chefs du Kremlin après 1991 et parce qu’un « gain » trop mince après plus de quatre de guerre pourrait lui coûter le pouvoir en Russie.

Quelques années avant la disparition de l’Urss, la contestation de la domination impérialiste était venue de l’Iran, où les mollahs de Khomeiny avaient canalisé et pris la tête d’une profonde révolte populaire contre la dictature pro-américaine du chah. Dix ans plus tard, l’Irakien Saddam Hussein, que les dirigeants impérialistes avaient poussé à faire la guerre à la République islamique d’Iran, envahissait le Koweït, cet émirat aux frontières tracées par les Britanniques autour d’un vaste champ de pétrole. La riposte militaire décidée par la coalition emmenée par les États-Unis pour punir ce crime de lèse-impérialisme a ouvert trois décennies de guerres et de chaos dont le Moyen-Orient n’est jamais sorti. Des pays entiers, l’Irak, l’Afghanistan, la Syrie, le Liban, ont été ravagés, balkanisés selon les ethnies ou les confessions, leurs populations tuées, mutilées, affamées, ramenées des décennies en arrière.

Ces guerres américaines ont directement fait naître et alimenté Al-Qaïda puis l’État islamique (Daesh), qui ont imposé leurs méthodes barbares aux peuples du Moyen-Orient avant d’essaimer en Afrique et ailleurs. Elles ont fait naître des générations de jeunes enragés qui ne voient pas d’autre issue que de rejoindre les rangs de groupes djihadistes ou ceux d’appareils politico-militaires comme le Hamas à Gaza, le Hezbollah au Liban ou les houthis au Yémen. En attaquant l’Iran, en soutenant sans limite son allié Netanyahou quels que soient les massacres commis par l’armée israélienne, Trump a finalement mis ses pas dans ceux de Clinton, Bush père et fils, Obama, Biden, ses prédécesseurs à la Maison Blanche. Parce qu’ils défendent un ordre social barbare et sans avenir, les chefs successifs de l’impérialisme ne savent utiliser que des méthodes brutales qui alimentent des guerres sans fin.

Depuis une dizaine d’années, la Chine apparaît comme la concurrente et la rivale la plus sérieuse de la bourgeoisie impérialiste3. Cette position est le résultat de son histoire particulière. Pillée et dépecée par les grandes puissances depuis le 19e siècle, elle s’est libérée de leur mainmise lors de la révolution bourgeoise de 1949, une révolution mobilisant massivemement les paysans encadrée par l’appareil politico-militaire du PCC dirigé par Mao. Celle-ci a fait naître un État fort et centralisé. Sous embargo pendant vingt-cinq ans, le pays s’est construit en opposition aux pressions de l’impérialisme. Quand celui-ci l’a finalement réintégré au marché mondial, en position de sous-traitant, au milieu dela décennie 1970, l’État chinois a mis ses travailleurs à la disposition des capitalistes occidentaux. Mais il a eu les moyens d’empêcher le pillage de règle dans la plupart des pays du monde.

Le contrôle de l’économie par l’État chinois a permis le développement de grandes entreprises nationales. Entravées par les limites du marché intérieur, ces entreprises, sous l’égide et le contrôle de l’État, se sont tournées vers le marché international. Tout en restant un pays pauvre par de nombreux aspects, la Chine, forte d’une population qui représente le cinquième de l’humanité, a fini par devenir un concurrent sérieux des États-Unis. Mais, contrairement à toute la propagande, les deux pays ne sont pas à égalité dans leur bras de fer. L’impérialisme américain s’est enrichi en extorquant la plus-value des travailleurs de toute la planète. Il est sans cesse à l’offensive pour empêcher que de vastes zones lui échappent. L’État chinois, et derrière lui sa bourgeoisie, sont en position défensive. C’est évident sur le terrain militaire, la Chine n’étant engagée dans aucune guerre depuis 1979 et n’envoyant pas de porte-avions au large de la Californie.

Depuis au moins la présidence d’Obama, au début des années 2010, les États-Unis ont la Chine en ligne de mire. Ils réorganisent tout leur système militaire et le jeu de leurs alliances pour l’encercler et tenter de l’isoler. Ils multiplient les déploiements aéronavals en mer de Chine, l’obligeant à développer à son tour son armée et sa marine militaire. Ils font monter les tensions autour de Taïwan. De part et d’autre, les dirigeants et leurs états-majors se préparent à une confrontation militaire tandis que les dirigeants politiques occidentaux y préparent leurs populations.

Militarisation accélérée

Les déboires de Trump en Iran montrent que les États-Unis sont très loin d’être en situation de faire la guerre à une puissance comme la Chine. Plusieurs semaines de bombardements intensifs – ajoutés à ceux de l’armée israélienne équipée par les États-Unis – ont montré que l’industrie américaine ne produit pas les bombes, missiles, et autres drones aussi vite qu’ils sont envoyés sur les infrastructures et les immeubles du Moyen-Orient. Selon une estimation du Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), les États-Unis ont utilisé près de la moitié de leurs stocks de missiles de précision et la moitié de leurs intercepteurs de missiles.

C’est pourquoi Trump réclame que ce budget soit augmenté de 500 milliards de dollars l’an prochain, une hausse de presque 50 %. Mais rien ne dit que les principaux fabricants d’armes qui absorbent une part importante de ce budget, tels que Lockheed Martin, RTX ou Northrop Grum­man, soient prêts à investir massivement dans la production d’armement. En 2023, Lockheed Martin et RTX avaient consacré 19 milliards de dollars au rachat d’actions, contre seulement 4,1 milliards de dollars à leurs investissements, selon les données de l’agence Bloomberg. L’industrie de l’armement n’échappe pas à la financiarisation et au caractère de plus en plus parasitaire du capital.

Au-delà de cette question de l’armement, si Trump est contraint de négocier avec les pasdarans, c’est qu’il n’a pas les moyens politiques de déclencher une offensive terrestre en Iran. Un tel débarquement supposerait de déployer des dizaines voire des centaines de milliers de soldats avec les pertes humaines qu’il impliquerait. Sans même qu’une telle offensive soit envisagée, la population américaine se montre massivement hostile à cette guerre qui fait flamber les prix.

De tels obstacles et résistances existaient avant chacune des guerres mondiales, mais n’arrêteront pas les dirigeants américains, pas plus que ceux des autres puissances. Tout en ignorant les étapes et les délais avant une nouvelle guerre générale et ce que seront les alliances entre belligérants, ceux qui dirigent le monde préparent ouvertement un tel conflit. Ils ne s’en cachent pas, augmentent partout les budgets militaires – 2 500 milliards de dollars en 2025, une hausse permanente depuis dix ans. Partout ils commencent à préparer les esprits à la guerre. Pour accélérer la mise en condition des populations, ils sont prêts à dramatiser chaque événement. Ils peuvent mentir, comme ils l’ont fait en 2003 avec les prétendues armes de destruction massive en Irak. Ils peuvent prétendre intervenir pour défendre la paix ou la liberté d’un peuple, les Ukrainiens hier, les habitants de Taïwan demain. Et ils réprimeront ceux qui refuseront de se soumettre.

Des dizaines de millions de femmes et d’hommes sont déjà plongés dans une guerre impérialiste qui menace l’avenir de toute l’humanité. La seule voie pour enrayer la catastrophe est que la classe des travailleurs, qui n’a jamais été aussi nombreuse dans le monde, unie par-dessus les frontières par les liens de la division internationale du travail, indispensable au fonctionnement de toute la société mais aussi de la production militaire, arrache le pouvoir à la poignée de grands capitalistes qui détient le vrai pouvoir. Les guerres ont régulièrement engendré des révolutions. Pour que ce programme devienne une réalité, il faut que des femmes et des hommes maintiennent haut le drapeau du communisme.

15 juin 2026

1 Le Capital, Karl Marx.

2 Titre d’un livre de Francis Fukuyama publié en 1992

3 Voir l’article « La Chine, en ligne de mire des États-Unis » dans ce numéro de la LDC.

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