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Albanie : dans la rue contre le gouvernement
Depuis le 1er juin, la « révolution des flamants roses » occupe les rues du centre de Tirana, la capitale albanaise. Des milliers de manifestants se retrouvent tous les soirs pour exiger le départ du gouvernement d’Edi Rama et de tous les politiciens corrompus.

Les silhouettes de flamants roses brandies par les manifestants, qui ont donné leur nom au mouvement, rappellent que c’est la mainmise du gendre de Donald Trump, Jared Kushner, sur l’île de Sazan afin d’y construire un complexe touristique de luxe, qui a mis le feu aux poudres. Inhabitée, l’île est en effet un refuge pour les volatiles en question. Pour qu’elle devienne le sanctuaire à millionnaires pour lequel la société d’investissement de Kushner a déboursé 1,4 milliard d’euros, le gouvernement d’Edi Rama a tout simplement décrété le projet « investissement stratégique », ce qui affranchit ainsi les bétonneurs de toute contrainte environnementale.
En mai, les images de militants associatifs gazés et agressés sur l’île, ont fait le tour du pays et déclenché les premières manifestations à Tirana contre « la vente des richesses du pays à des milliardaires étrangers ». Certains font d’ailleurs le lien avec l’accord passé par le même Edi Rama avec le gouvernement italien de Giorgia Meloni pour abriter des centres de rétention sur son territoire, dénonçant des arrangements sordides aux dépens des migrants.
Très vite, les manifestants ont exprimé une colère plus générale. En effet, pendant que Rama conclut de bonnes affaires avec des milliardaires, le salaire moyen tourne autour de 500 euros, ce qui ne permet pas de se loger dans la capitale, ni de faire face à l’envolée des prix. Les retraites de misère, le système de santé dégradé, l’absence d’infrastructures dans de nombreuses zones du pays sont aussi dénoncés.
Aux côtés des slogans qui prennent pour cible Kushner et sa femme Ivanka, fille de Donald Trump, les manifestants réclament désormais la démission d’Edi Rama, mais aussi le départ de toute la classe politique albanaise, opposition comprise. Tous sont accusés d’être corrompus, liés aux intérêts du crime organisé et à ceux que les manifestants appellent les « oligarques », souvent liés au pouvoir. Depuis la chute du dictateur Enver Hoxha, en 1991, plus de trois décennies de privatisations et d’ouverture au marché, menées tambour battant, ont consolidé les fortunes de ces bourgeois locaux et rapporté gros à des investisseurs étrangers.
Pour l’heure, le mouvement réclame la formation d’un gouvernement provisoire « apolitique » pour une durée d’un an, le temps de construire « une alternative ». Parmi les manifestants, une fraction de la petite bourgeoisie, avocats, étudiants, professeurs ou journalistes, espère que cela suffirait à créer une « nouvelle Albanie », débarrassée de la corruption, peut-être en mesure d’intégrer l’Union européenne et de leur donner accès à de meilleures opportunités.
Alors que les premières semaines, le gouvernement avait choisi de ne pas contrer les manifestants, jeudi 2 juillet, un important dispositif de répression a acueilli les protestataires réunis devant le Parlement albanais à coups de gaz lacrymogènes et de canons à eau, sans doute dans l’espoir de mettre un terme à ces manifestations quotidiennes depuis maintenant des semaines.
Quel que soit l’avenir de ce mouvement, il faut en tout cas espérer que dans l’effervescence quotidienne et les discussions incessantes dans les rues des villes, d’autres perspectives surgissent, qui s’en prennent au terreau sur lequel fleurissent la corruption, les magouilles et la misère.