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Algérie : accidents routiers et incurie gouvernementale
En l’espace de quinze jours, une série d’accidents, impliquant principalement des bus, a fait au moins 44 morts et 166 blessés à Boumerdès, Constantine, Timimoun, Aîn Sefra et Naama.
Cette hécatombe suscite l’écœurement d’une population confrontée à un réseau routier dégradé et à des véhicules vétustes.
Concernant l’accident de Boumerdès, le plus meurtrier, l’enquête charge le chauffeur, qui aurait roulé trop vite et sous l’effet de psychotropes. Mais l’état du bus semble aussi en cause. Un an après un grave accident dans la banlieue d’Alger, le président Abdelmadjid Tebboune a ressorti les mêmes discours, déclarant que « la justice frapperait d’une main de fer ». La répression et un nouveau code de la route assimilant les présumés chauffards à des terroristes n’ont cependant pas fait baisser le nombre de victimes.
En janvier, lors d’un mouvement de grève très populaire, les transporteurs, les chauffeurs de taxi, d’ambulance et les conducteurs de bus s’étaient insurgés contre ce code, refusant d’être rendus seuls responsables et pointant les difficultés auxquelles se heurtent tous les usagers de la route.
Le gouvernement prétend mettre un terme à ces accidents mortels en luttant contre l’impunité et l’irresponsabilité. Mais c’est bien lui qui est responsable de l’état des routes et de leur entretien. C’est lui le donneur d’ordre d’entreprises de travaux publics qui, en toute impunité, bâclent leur travail et livrent des routes avec des malfaçons, source de bien des accidents ! Alors que, depuis des décennies, le train a été délaissé au profit de l’automobile, le blocage de l’importation de véhicules neufs et d’occasion, de pneus et de pièces détachées condamne ceux qui veulent se déplacer à rouler dans des véhicules défaillants.
Depuis 2021, cette politique censée favoriser le « made in Algeria » s’est révélée criminelle. Elle n’a profité qu’à une poignée de patrons, comme celui d’Iris Tyres, qui s’est enrichi dans la fabrication de pneus, grâce au monopole garanti par l’État, tandis que la population subit les pénuries et une flambée de l’insécurité routière.
Face à l’ampleur de la crise, le gouvernement, qui rechigne à mettre en cause l’état du matériel, les pénuries et les conditions de travail épuisantes des chauffeurs, a annoncé qu’à partir du 6 août les bus de plus de 30 ans ne circuleraient plus. Mais la promesse faite il y a un an d’importer un million et demi de pneus et dix mille bus, elle, n’a pas été tenue.
Incapables de s’attaquer aux causes de ces accidents, les autorités cherchent des coupables, répriment à tout va pour se dédouaner de toute responsabilité.