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Iran : derrière la démonstration de force, la guerre contre lesexploités
Le régime iranien a transformé en démonstration de force les funérailles d’Ali Khamenei, le guide suprême tué par une frappe israélo-américaine le 28 février, premier jour de la guerre.

Les journalistes venus du monde entier ont pu montrer la marée humaine venue défiler à Téhéran à l’occasion de ces obsèques. Des millions de personnes ont en effet participé à cette commémoration en criant vengeance contre les États-Unis et Israël. Moins de six mois après les manifestations de janvier et leur terrible répression, le régime démontre qu’il a retrouvé un certain soutien populaire. La guerre déclenchée par Trump et Netanyahou, en visant les infrastructures civiles, en bombardant des immeubles d’habitation, a contribué à créer cette union nationale. Et les dirigeants du régime jouent à fond la carte de la fierté d’avoir tenu tête à l’impérialisme.
Ces obsèques ont mis en lumière les nouveaux hommes forts du régime, la plupart issus des Gardiens de la révolution, rendant encore plus flagrante l’absence de Mojtaba Khamenei, désigné comme nouveau Guide suprême mais invisible depuis cette nomination. Elles ont été l’occasion d’accueillir les représentants officiels de nombreux pays, avec des nuances. Ainsi les délégations russe, chinoise et qatarie ont été saluées plus chaleureusement que celle de la Turquie, accusée d’être restée silencieuse depuis le 28 février.
Certains opposants au régime ont participé aux cérémonies, y compris des femmes non voilées venues par patriotisme et pour dénoncer les frappes américaines, alors qu’elles se sont battues contre le voile. Cependant, bien des travailleurs voient cette agitation avec distance. Car les raisons de haïr ce régime antiouvrier et corrompu n’ont pas disparu : pénurie d’eau, inflation, répression, et une situation économique qui continue de se dégrader.
En neuf ans, entre mars 2016 et avril 2025, l’indice des prix à la consommation des denrées alimentaires a augmenté de 4 000 %, frappant en premier lieu les plus pauvres. Pour le seul mois de juin 2026, l’inflation globale dépasse 60 %. La guerre a aggravé encore la situation économique. Aux conséquences des destructions, au chômage qui augmente et touche particulièrement les femmes, aux problèmes d’eau, s’ajoutent les retards de salaire et les licenciements. Parmi les dernières annonces, la société industrielle maritime d’Iran, Sadra, des chantiers navals, a annoncé 58 licenciements.
La répression continue contre les militants ou les simples manifestants de janvier, avec des arrestations et des exécutions quotidiennes. Ainsi Sharifeh Mohammadi, militante pour les droits des travailleurs et des femmes, a de nouveau été arrêtée cette semaine.
Mais la répression n’empêche pas des mouvements de contestation et notamment des grèves. Des enseignants et des soignants se sont mobilisés fin juin à Téhéran. À la mine de cuivre Derakhshan Takht-e Gonbad dans la région de Sirjan, les grévistes dénoncent les trois mois de retard de salaire ; à l’usine Barak à Rasht, où on tisse de la laine, une grève est en cours. Sur la banderole des grévistes visible sur X on peut lire : « Des travailleurs iraniens crient au scandale, 19 mois de salaires impayés, 42 mois d’assurance non versée, le conseil d’administration et les actionnaires doivent nous rendre des comptes».
Pendant que les dirigeants iraniens montrent les muscles face à l’impérialisme, ils mènent sans retenue une guerre de classe contre les travailleurs et font subir leur dictature à toute la population.