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- Lutte ouvrière n°3023
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Leur société
Nos lecteurs écrivent : Nos morts, leurs profits
Je travaille dans un crématorium, pour une des deux grandes entreprises qui se partagent le marché français du funéraire.
En période normale, les conditions de travail sont déjà difficiles, avec des petits salaires et beaucoup de précarité comme pour les chauffeurs porteurs de cercueil qui sont la plupart payés à la tâche (CDI intermittent). Nous sommes aussi confrontés à la violence de la société : féminicides, morts évitables dans les Ehpad, suicides des abandonnés de la psychiatrie…
Ces dernières semaines, les difficultés se sont accentuées car nous sommes directement confrontés à la surmortalité liée à la canicule.
Nous faisons dix crémations par jour contre huit habituellement alors que les délais d’attente ont été allongés de cinq à dix jours et qu’on travaille six jours par semaine au lieu de cinq. Dans la salle des appareils de crémation la température est montée à 45 degrés contre 30 habituellement ! Nous avons dû multiplier les heures sup obligatoires et les autorités nous ont prévenus que nous pourrions être réquisitionnés pendant nos congés.
Cela a aussi eu des répercussions pour les défunts et leurs proches : délais et donc frais supplémentaires, défunts non présentables à cause de cases réfrigérées qui ont lâché ou de transports trop longs dus aux sous-effectifs.
Alors que nous sommes tous sur les rotules à cause d’une gestion catastrophique de la canicule, la direction nationale a révélé tout son cynisme en nous félicitant dans un mail d’avoir « dépassé nos objectifs ».