Macron : au marché à Damas08/07/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/07/une_3023-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg2026-07-08

Leur société

Macron : au marché à Damas

Visite annoncée la veille du départ, lunettes d’aviateur et accolades avec le dirigeant syrien Ahmed al-Charaa : pour la première visite à Damas d’un chef d’État européen depuis la chute de Bachar el- Assad, Macron a joué son rôle de représentant de commerce des capitalistes français, attirés par le marché de la reconstruction.

Macron a multiplié les discours sur la paix et la souveraineté de la Syrie qui, pour les dirigeants français, signifie surtout le retour d’un pays ouvert aux investissements étrangers. Le président était bien sûr accompagné d’une délégation de chefs d’entreprise. CMA CGM a profité du voyage pour signer un contrat de fret aérien, après avoir obtenu le renouvellement pour trente ans de sa concession du terminal à conteneurs du port de Lattaquié en 2025, puis l’exploitation de deux plateformes logistiques en mai dernier. Airbus négocie la vente de huit avions à l’État syrien. TotalEnergies, Thales et d’autres patrons ont participé au forum économique franco-syrien organisé à cette occasion.

Après quinze années de guerre, la Syrie est ravagée. Routes, réseaux d’eau et d’électricité, hôpitaux ou usines sont à reconstruire. Les besoins sont évalués à 216 milliards de dollars par la Banque mondiale, dont 7 milliards pour le seul réseau électrique. Depuis la levée de l’essentiel des sanctions occidentales, les multinationales américaines, turques, chinoises ou des monarchies du Golfe se disputent ce marché, qui reste encore largement virtuel vu l’absence de moyens financiers de l’État syrien. Macron est venu aider les capitalistes français à y prendre leur place.

Il renoue ainsi avec une vieille tradition, car les intérêts français en Syrie sont anciens. Les gouvernements français ont longtemps entretenu de bonnes relations avec la dictature d’Hafez el-Assad et, en 2008 encore, Sarkozy avait invité son fils et successeur Bachar el-Assad au défilé du 14 juillet. Pendant toute la guerre, CMA CGM a conservé sa concession du port de Lattaquié. Lafarge a financé indirectement l’organisation État islamique pour maintenir en activité sa cimenterie de Jalabiya, avant d’être condamné par la justice. TotalEnergies, qui était l’un des principaux producteurs de gaz et de pétrole dans le pays, a dû suspendre ses activités pour se conformer aux sanctions européennes contre le régime ; son PDG Pouyanné est en discussion pour un contrat d’exploration offshore, première étape d’un retour du groupe dans le secteur énergétique syrien.

Face aux dizaines de milliards que ces multinationales rêvent d’encaisser, les 50 millions d’euros saisis par la justice française à la famille Assad, dont Macron a annoncé la restitution à la Syrie, sont dérisoires.

Pour les Syriens, les ruines sont le résultat de quinze années de guerre. Pour les grandes puissances et leurs multinationales, elles sont un marché à conquérir.

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