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Leur société
Aux petits soins de la classe capitaliste
C’est en bonne compagnie, à Mérignac, dans des locaux situés entre Dassault et Thales, que Lecornu a détaillé les mesures gouvernementales censées aider les habitants et les communes sinistrées à se relever.
Entouré d’élus, de ministres et de patrons, Lecornu a d’abord été soucieux de sa propre image, promettant des réunions dans « l’ensemble des communes concernées », pour présenter le déroulé des opérations « minute par minute » et répondre à ce qu’il qualifie de « rumeurs et de polémiques ».
Côté argent, il a mis en avant un budget de plus de 100 millions d’euros. Une douzaine de millions seraient à disposition des départements de Gironde et des Landes, notamment pour la réfection des routes et le relogement temporaire des sinistrés.
À l’écouter, ces derniers devront surtout s’armer de patience. Certes, les procédures pour reconstruire à l’identique seront accélérées et simplifiées, avec des permis délivrés « sous un mois », a affirmé Lecornu. Cela ne coûte pas cher de le promettre. Mais il faudra avant tout que les assurances débloquent les budgets. Celles-ci ont comme d’habitude tout le loisir de laisser trainer les choses, de minorer les montants pris en charge, de contester le périmètre de la reconstruction... À ce propos, Lecornu, qui s’est plaint de s’être fait « engueuler » à la place des assureurs, n’envisage aucune contrainte, mais leur passe un message : « Les assureurs qui jouent le jeu, on le dira, et on le dira aussi pour les autres. » Avec une telle pression de la « puissance publique », les assurés qui se feront lanterner… auront bien raison d’aller engueuler Lecornu.
Le gros des annonces de Lecornu concerne en réalité, et à la grande satisfaction du patronat, les entreprises qui ont été en zone sinistrée par les incendies ou en zone évacuée. Toutes les entreprises au sein de ce large espace allant de l’océan jusqu’à Cestas et Mérignac extra-rocade auront droit à trois mois d’exonération de cotisations sociales et de taxe foncière et à la prise en charge du chômage partiel à 100 %. Le gouvernement met en avant le nombre de 12 000 entreprises qui bénéficieront de ces mesures, mais ce ne sont pas les petits commerçants, artisans ou boulangers dont les locaux ont brûlé ou dont l’activité a été interrompue qui prendront l’essentiel de cet argent. Ce sera Dassault, Thales, ArianeGroup qui, tout en étant restées bien loin des flammes, se sont trouvées en zone évacuée. Ces trois entreprises, riches à milliards, regroupent à elles seules plus de 10 000 salariés, dont les cotisations sociales représentent sur trois mois au moins 30 millions d’euros... Quant à leur activité, elle n’a pas été perturbée pendant trois mois : le site de Thales, à Mérignac, n’a fermé que deux jours, pendant lesquels une bonne partie des salariés a télétravaillé… Quant au chômage partiel dont l’État annonce la prise en charge à 100 %, il s’agit de ce que versent les patrons à leurs salariés au titre de ce dispositif, soit 72 % du net du salaire, les travailleurs perdant, sauf prise en charge exceptionnelle par leur employeur, près d’un tiers de leur revenu.
Lecornu n’a pas loupé l’occasion d’une petite manœuvre politicienne. Il a ainsi affirmé que ce budget de 100 millions serait inscrit dans la loi de finances 2027, le conditionnant de fait au vote du prochain budget à l’Assemblée nationale, ce qui est loin d’être assuré.