RDC  : épidémie et guerres capitalistes19/08/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/08/une_3029-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C0%2C1271%2C1649_crop_detail.jpg2026-08-19

Dans le monde

RDC  : épidémie et guerres capitalistes

En République démocratique du Congo, l’épidémie d’Ebola poursuit sa progression. Trois mois après sa déclaration officielle, elle a déjà fait 2 325 morts sur 4 945 cas confirmés, mais, en fait, beaucoup plus car bien des malades préfèrent mourir chez eux, dans leur communauté. C’est la plus rapide de toutes les flambées d’Ebola.

Alors que la première épidémie de cette souche d’Ebola, Bundibugyo, a éclaté en 2007, il n’existe toujours aucun vaccin homologué permettant d’en protéger les populations. Des recherches sont certes en cours notamment à l’université d’Oxford, mais si la maladie avait éclaté en Europe ou aux USA, il n’aurait certes pas fallu attendre dix-neuf ans.

Cette absence de vaccin susceptible d’enrayer la progression de la maladie par l’acquisition d’une éventuelle immunité collective n’est pourtant qu’un des aspects de l’impréparation médicale face à un tel fléau.

Il y a d’abord le problème des tests de dépistage. L’épidémie a débuté en janvier sans être repérée, et quand elle l’a été en mai, dans la province de l’Ituri, le système sanitaire se trouvait bien incapable d’assurer un diagnostic fiable.

Les laboratoires capables de faire des analyses n’étaient qu’au nombre de deux. Les échantillons devaient parcourir des centaines de kilomètres sur des routes dangereuses, ce qui est encore bien souvent le cas aujourd’hui, même si dix-neuf laboratoires sont désormais ouverts. S’y ajoutait aussi le problème de la fiabilité de ces tests, car les résultats ont pu varier d’un laboratoire à l’autre.

Comme l’expliquait une scientifique dans la revue médicale de référence The Lancet : « Les entreprises de recherche privilégient les tests présentant des perspectives de revenus plus prometteuses. Le diagnostic des maladies épidémiques rares dépend donc des financements publics ou philanthropiques. » Les milliards de bénéfices de l’industrie pharmaceutiques vont ailleurs. Cette remarque vaut d’ailleurs pour toute la chaîne de traitement de la maladie.

Il n’existe pas non plus de traitement à donner aux malades recensés, et les centres de traitement sont plutôt des centres d’isolement que fuient les personnes atteintes d’autres maladies, comme le paludisme ou la malaria, de peur d’être contaminées. Quant aux malades d’Ebola pour lesquels on ne peut rien, ils préfèrent mourir chez eux.

Mais, dans cette catastrophe, l’aspect médical n’est pas le seul, il faut aussi voir ce qu’est la situation dans l’est de la RDC. L’ Ituri, région qui concentre 90 % des cas, est depuis toujours ravagée par la guerre. Les colonialistes belges y assuraient déjà leur domination en dressant les communautés les unes contre les autres et les régimes qui se sont succédé depuis l’indépendance ont pris le relais. Cette région est riche de nombreux minerais, en particulier de l’or, et de nombreux groupes armés s’y affrontent.

L’armée congolaise n’est qu’une bande parmi bien d’autres et tente de garder pied en s’alliant alternativement à un groupe ou à un autre. Elle assiège ainsi le camp de la plaine de Savo et ses 76 000 réfugiés et tue celles et ceux qui tentent de s’en échapper. Les pays voisins réclament leur part du gâteau, en particulier l’Ouganda, qui voudrait bien prendre le contrôle de l’Ituri, où il a déployé son armée en 2025.

Derrière tout cela, il y a les grandes puissances et leurs trusts sur les comptes desquels ces crimes se convertissent en milliards. Et, de plus, un groupe djihadiste lié à l’État islamique a fait sont apparition, multipliant les enlèvements d’enfants pour les forcer à travailler et réclamer une rançon aux parents.

Dans la revue scientifique citée précédemment, un chercheur affirmait qu’il fallait qu’une épidémie atteigne un seuil vraiment catastrophique pour que cela suscite une réaction. Dans le cas de la RDC, la catastrophe est là depuis longtemps, entre les guerres et les maladies. Elle s’appelle le capitalisme.

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