RN : Le Pen candidate pour servir la bourgeoisie08/07/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/07/une_3023-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg2026-07-08

Leur société

RN : Le Pen candidate pour servir la bourgeoisie

Quelques heures après le jugement de la cour d’appel de Paris, le 7 juillet, sur l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national, Marine Le Pen annonçait sa candidature à l’élection présidentielle au JT de TF1.

La cour d’appel a confirmé la condamnation pour détournement de fonds publics des douze cadres du RN qui avaient contesté la décision de première instance. Mais elle a soigneusement calibré la peine de Marine Le Pen pour lui permettre d’être candidate à l’élection présidentielle. Elle l’a même revendiqué en invoquant « la liberté des candidatures » et « le libre choix des électeurs ». La dirigeante du RN, après avoir été rejugée dans un délai record dont rêverait n’importe quel justiciable ordinaire, a donc vu sa peine fortement réduite. Elle a été condamnée à 45 mois d’inéligibilité, dont 15 mois ferme, et à trois ans de prison, dont un an ferme exécutable sous bracelet électronique.

Forte de ce jugement qui met un terme à sa période d’inéligibilité, Marine Le Pen annonçait dès 20 heures qu’elle se pourvoyait en cassation. Un tel pourvoi, qui devrait intervenir après l’élection, suspendrait sa peine et donc le port d’un bracelet. La justice est décidément bien faite pour les puissants disposant d’une armée d’avocats, surtout quand ils apparaissent aux yeux de toute une fraction de l’appareil d’État comme un recours possible face à la crise politique du pays.

Balayant le risque d’une nouvelle condamnation, misant sur son immunité en cas de victoire, la cheffe du RN en appelle désormais à la sagesse des électeurs « qui seront juges ». Comme tant d’autres politiciens, à commencer par l’ex-président Sarkozy, Le Pen se considère donc au-dessus des lois qu’elle estime toujours trop clémentes pour les délinquants ordinaires.

Le suspens entretenu entre le plan A-Le Pen et le plan B-Bardella étant levé, le duo peut donc partir en campagne, bras dessus, bras dessous. Dédaignant les commentaires sur leur rivalité, Le Pen a parlé d’un « ticket gagnant », elle à l’Élysée, lui à Matignon. Autrement dit, les deux larrons se partageront le travail pour tenter de séduire le plus grand nombre d’électeurs. Le Pen, la riche héritière qui a su prendre au bon moment ses distances avec son père, incarnera la continuité historique de son parti tout en cultivant son image de « candidate du peuple ». Bardella continuera à draguer les électeurs de la droite traditionnelle en prônant moins de taxes, des coupes budgétaires massives voire l’introduction de la retraite par capitalisation. Les deux s’inclinent très bas devant le grand capital.

Quant au fonds de commerce permanent du RN, repris jusqu’à la nausée par la plupart de ses concurrents, la xénophobie et la stigmatisation incessante des étrangers accusés de tous les maux, il rend aussi un immense service au grand patronat. Il divise les travailleurs dans une période où leur unité pour se défendre face aux attaques patronales est plus que jamais nécessaire et il leur fait oublier que les responsables du chômage, des bas salaires et de la vie chère sont les capitalistes.

Loin d’être le parti antisystème qu’il a prétendu être pour attirer les électeurs des classes populaires écœurés par la politique des gouvernements successifs, le RN se prépare donc à gouverner au service de la bourgeoisie. S’il est illusoire de croire qu’on pourrait empêcher la progression de l’extrême droite par une décision de justice, on ne l’enrayera pas non plus en restant sur le terrain des élections, comme le proclament les concurrents de Le Pen. Pour stopper la progression de ces idées et l’évolution réactionnaire de toute la société, la seule voie est que les travailleurs retrouvent la conscience qu’ils font fonctionner toute la société. Ils sont les plus légitimes pour la diriger et les seuls capables de proposer une alternative pour sortir le monde de l’impasse dans laquelle le capitalisme l’enfonce.

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