Russie : Poutine fait le ménage19/08/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/08/une_3029-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C0%2C1271%2C1649_crop_detail.jpg2026-08-19

Dans le monde

Russie : Poutine fait le ménage

La Cour suprême de la Fédération de Russie vient d’interdire à Yabloko de participer aux élections législatives de septembre.

Ce parti, dit libéral car prônant un capitalisme honnête, encore plus introuvable en Russie qu’ailleurs, est apparu après l’implosion de l’Union soviétique, fin 1991. Il n’a jamais réussi à percer électoralement, mais toute une partie de la bourgeoisie petite et grande éprouve de la sympathie pour lui, fût-ce par défaut.

Le Kremlin s’inquiète visiblement qu’une fraction de l’électorat puisse se saisir de la présence de partis « non poutiniens » pour le désavouer lors du scrutin. Le régime sait bien trop que, même s’il ne s’exprime pas ou pas encore sur la place publique, un mécontentement croissant existe dans la population. Cela tient à la hausse des prix, bien supérieure à celle des salaires, à la pénurie croissante de denrées et services élémentaires, dont celle de carburant, un comble dans ce pays grand producteur d’hydrocarbures. Et bien sûr, il y a la guerre dont on ne voit pas la fin, mais dont la population voit de plus en plus les effets : la liste des morts s’allonge chaque jour dans ce que publient les journaux en province, les incendies dévastateurs d’infrastructures pétrolières et de bases logistiques du commerce en ligne, que les drones ukrainiens à longue portée frappent jour après jour un peu partout, même à Moscou.

Faute de pouvoir faire disparaître ce mécontentement, le régime de Poutine s’évertue à empêcher qu’il se manifeste, même dans les élections. Depuis des semaines, il a donc fait arrêter et emprisonner les plus connus des candidats qui lui déplaisaient. Dernier en date, à Pskov, le vice-président de Yabloko et ancien membre de l’Assemblée législative régionale, a été condamné, le 17 août, à onze ans de prison pour avoir dénoncé la guerre en Ukraine (pour avoir « diffamé » l’armée russe, selon le tribunal), et pour avoir enfreint la législation sur les « agents de l’étranger ».

Il suffit en effet qu’un tribunal qualifie quelqu’un d’agent de l’étranger, pour qu’il tombe sous le coup de cette loi. Et dans le cadre des élections, elle lui interdit déjà de se présenter, car il n’a plus le droit de collecter les signatures indispensables à cela. Après avoir évincé les candidats annoncés par Yabloko, le Kremlin prive ce qui reste de ce petit parti du droit d’en présenter d’autres.

Aux législatives resteront donc en lice le parti officiel Russie unie et une dizaine de formations croupions, que le régime a créées pour donner l’illusion d’un choix possible. À côté d’eux, il y a le KPRF, le parti dit communiste. Depuis plus de vingt ans, il soutient activement le pouvoir de Poutine et, maintenant, sa guerre. Le KPRF a rapidement exclu ses très rares élus critiques, car sa direction clame que reculer en Ukraine provoquerait en Russie un ébranlement gigantesque « comme celui de 1917, ce dont nous ne voulons pas ».

Le pronostic vaut ce qu’il vaut. Mais il dit à quel point les dirigeants du KPRF sont réactionnaires et nationalistes. Il montre aussi qu’ils craignent, comme les autres piliers du pouvoir, que la répression ne puisse étouffer éternellement la contestation sociale et politique qu’alimente le régime lui-même.

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