Dette : ce n'est pas aux travailleurs de payer !

Editorial des bulletins d'entreprise  | English version
19/04/2021

Avec toutes les incertitudes qui planent sur l’évolution de la pandémie, l’heure des comptes est loin d’avoir sonné. Mais le gouvernement prépare déjà les esprits à payer la facture.

La semaine dernière, le ministre des Comptes publics a lâché le chiffre de 424 milliards. Selon lui, c’est ce que la crise Covid pourrait coûter à l'État pour 2020, 2021 et 2022. Ce chiffre ne vaut pas grand-chose, car il sera révisé des dizaines de fois d’ici 2022. Si le gouvernement le brandit, c’est uniquement pour nous impressionner et préparer le monde du travail à de nouveaux sacrifices.

Le Covid a fait exploser les déficits publics et la dette de l’État, présentée comme une « bombe à retardement ». Mais si les caisses publiques se sont vidées, les coffres-forts de la grande bourgeoisie, eux, se sont remplis.  

Alors que les licenciements et les liquidations d’entreprises se sont multipliés, le club des milliardaires français s’est agrandi. Ils sont 42, avec Arnault, Bettencourt-Meyers et Pinault en tête, et ils cumulent près de 500 milliards, une fortune qui dépasse la fameuse note de la crise Covid agitée par le gouvernement. Leur poule aux œufs d’or ? Le luxe, qui se porte très bien en ces temps de crise.  En manque de voyages et de palaces, les plus riches ont élargi leur collection de sacs et de bijoux.

La pandémie a été un drame pour l’écrasante majorité de la population. Pour les affairistes et les capitalistes, elle a ouvert de nouveaux eldorados, à commencer par celui des vaccins. Dans une société normalement constituée, un vaccin serait un bien public mondial. Eh bien, dans la société capitaliste, il est le nouveau terrain de jeu des spéculateurs !

À l’annonce de la découverte de son vaccin, la start-up Moderna a vu sa valorisation boursière flamber, son PDG devenant milliardaire en quelques semaines. Pfizer, n’ayant pas connu le même bonheur boursier, fait maintenant tout pour appâter le spéculateur puisqu’il laisse entendre qu’une troisième dose serait nécessaire et qu’il pourrait monter le prix de son vaccin à 150 € !

Vaccins, tests, biotechnologies, entreprises du numérique et de la livraison à domicile sont devenus de nouveaux objets de spéculation vers lesquels affluent des centaines de milliards, au point que certains experts s’inquiètent : les biotechs sont en train de créer des bulles spéculatives aussi dangereuses que les subprimes en 2008.

Pendant que les hôpitaux du monde entier, dépourvus de moyens, luttent contre l’épidémie, la frénésie spéculative menace toute l’économie d’un nouveau krach ! Pendant que les aides à domicile ou les salariés de la grande distribution doivent manifester et faire grève ne serait-ce que pour arracher la prime Covid de 1 000 euros, d’autres jouent des fortunes au casino de la Bourse.

Alors, si le gouvernement veut rembourser la dette et revenir au plus vite à l’équilibre, comme il le répète, qu’il fasse payer les grandes fortunes qui, en plus d’être des parasites, se conduisent en irresponsables vis-à-vis de toute la société !

Les travailleurs ont déjà payé la crise de bien des façons : en allant travailler à leurs risques et périls, en tombant malades et en contaminant leurs proches, en perdant leur emploi et une partie de leur salaire. Sans honte, le gouvernement a réduit les allocations chômage pour plus d’un million de personnes. Quand des chômeurs étaient censés vivre avec 900 € par mois, ils devront se débrouiller avec 600 € !

Ni le patronat, ni le gouvernement n’ont fait de cadeau aux travailleurs. Le chômage partiel, avec seulement 84 % du salaire net et la perte de toutes les primes, n’en est pas un ! Malgré ce dispositif censé éviter les licenciements, tous les grands groupes ont supprimé des emplois et forcé leurs sous-traitants à faire de même.

Le chômage partiel a surtout permis aux employeurs de faire payer à l’État une bonne partie des salaires, et ils en jouent toujours en alternant des semaines de chômage avec des périodes d’intense activité et de cadences infernales.

Gouvernement et patronat ne cessent de nous dire que nous sommes tous sur le même bateau. Mais quand il y a naufrage, tout se passe comme dans le Titanic : le commandant se préoccupe d’abord de sauver les passagers de première classe et abandonne les soutiers à leur sort ! Alors, quand l’heure des comptes sonnera, il faudra faire payer ceux qui ont profité de la crise.

Faire payer la grande bourgeoisie sera une première mesure de salubrité publique. Mais tant que cette minorité pourra accroître sa fortune sur le malheur et l’exploitation des autres, nous irons de crise en crise. L’exproprier et lui enlever son pouvoir de nuire reste la seule perspective positive.