Grèce : Tsipras chute, discrédité par sa soumission au capital

Editorial
08/07/2019

Manifestation à Athènes en 2014 / Tsipras et Juncker

En Grèce, la droite vient de remporter les élections législatives, obligeant l’ex-Premier ministre Alexis Tsipras, le leader de Syriza, à quitter la scène. Voilà la conséquence de quatre années de gouvernement de ce parti qui avait suscité tant d’espoir parmi les couches populaires de ce pays et au-delà, à son arrivée.

À l’époque Alexis Tsipras passait pour un homme de gauche, capable de résister aux grandes banques qui veulent obliger la population grecque à payer une dette colossale dont elle n’était pas responsable.

La Grèce était étranglée par les financiers exactement comme peuvent l’être des municipalités, des hôpitaux ou même des particuliers entraînés dans la spirale du surendettement. Et la spéculation financière sur sa dette plaçait la Grèce au bord du gouffre.

L’économie du pays commença à s’effondrer. L’État grec fut mis sous la tutelle de ses créanciers à travers une troïka composée de représentants de l’Union européenne, de la Banque centrale européenne et du FMI qui venaient contrôler son budget. Et, sous leurs directives, les gouvernements prenaient des mesures d’austérité féroces à l’encontre d’une population déjà très pauvre.

En trois ans, le chômage quadrupla et atteignit 27 %. Les salaires furent divisés par deux. Les services publics se décomposèrent, les malades ne trouvant plus de place dans les hôpitaux, ni de médicaments pour se faire soigner. Le nombre de gens expulsés de leur logement explosa.

Alors que la droite et le parti socialiste, responsables de ces plans d’austérité, étaient vomis par les couches populaires, un nouveau parti, Syriza, avec à sa tête Alexis Tsipras, prétendit qu’une fois au pouvoir, il tiendrait tête aux banques et aux dirigeants des plus puissants pays de l’Union européenne, à commencer par la France et l’Allemagne.

En janvier 2015, Syriza remporta les élections législatives avec 36 % des voix. Tsipras devint Premier ministre. Sa victoire fut accueillie avec enthousiasme en Grèce et même hors de Grèce, où bien des travailleurs se sentaient solidaires de celui qui, disait-il, allait s’opposer aux financiers.

Pendant cinq mois, Tsipras refusa de prendre les mesures d’austérité qui étaient exigées de lui par la troïka. Début juillet 2015, il organisa un référendum où la population grecque lui montra encore une fois de plus son soutien à plus de 60 %.

Mais la politique de Tsipras consistait à négocier les plans d’aides financières aux sommets, sans jamais chercher à s’appuyer sur la mobilisation active des travailleurs. Et dans ces limites, il ne pouvait que finir par se soumettre.

D’abord, parce que les grandes banques et les États n’étaient pas prêts à lui faire le moindre cadeau. Ensuite, parce que devant sa résistance, elles voulurent justement faire de la Grèce un exemple à destination de tous les peuples : « une dette, ça se paie » !

Les banques et les États coupèrent alors tout crédit à la Grèce. Et, huit jours à peine après le référendum qui venait de lui accorder le soutien de la population, Tsipras céda. Il accepta d’imposer un nouveau plan d’austérité et de privatisations malgré les protestations des travailleurs.

Aujourd’hui, après avoir soulevé bien des illusions, on comprend que les années d’austérité à la sauce Syriza soient restées en travers de la gorge des travailleurs grecs. Et, la droite discréditée il y a encore quelques années, en a profité pour revenir aux affaires. Elle continuera les plans d’austérité et la politique anti-ouvrière tout en l’aggravant. Elle ajoutera également sa touche profondément réactionnaire dans ce pays où la dictature militaire a régné de 1967 à 1974.

Pour nous, travailleurs, la leçon de cette évolution est que ceux qui prétendent s’opposer aux puissances de l’argent sans vouloir s’attaquer aux racines du pouvoir de la bourgeoisie se condamnent à devenir de nouveaux serviteurs de celle-ci.

Leur politique est une impasse et les illusions qu’ils créent nous désarment. Il n’y aura pas de sauveur suprême. Et notre seule perspective ne peut être que de mener nous-mêmes le combat jusqu’au bout, jusqu’à l’expropriation des grandes banques et des grandes entreprises. L’utopie n’est pas de vouloir renverser l’ordre social capitaliste. C’est de croire que les intérêts des travailleurs sont conciliables avec la domination du grand capital.