L'intensification de la guerre en Ukraine et ses conséquences

Editorial des bulletins d'entreprise  | English version
21/03/2022

Des villes de près d’un million d’habitants comme Kharkiv ou Marioupol sont maintenant bombardées massivement par l’armée russe. Des quartiers entiers ont été détruits et les victimes civiles se comptent désormais par milliers. En face, les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN livrent de plus en plus d’armes à l’armée ukrainienne et à ses milices. La guerre a pris une nouvelle ampleur.

Si Poutine a probablement misé sur une intervention courte et un effondrement rapide du pouvoir ukrainien, c’est l’inverse qui s’est passé. Et maintenant l’engrenage fait que personne ne peut dire quand cette guerre finira, ni quelles vont être ses répercussions. Ce qui est certain, c’est qu’elles seront mondiales.

Déjà, ici, en France, de plus en plus d’entreprises ont des problèmes d’approvisionnement. À cause du manque de noir de carbone qui vient de Russie, Michelin a mis la majorité de ses usines à l’arrêt. Les prix du pétrole et d’autres matières premières explosent. Le nickel est devenu quatre fois plus cher. Cela bouleverse toutes les industries et l’agriculture, et change les rapports de force économiques, attisant la guerre commerciale.

Dans les pays pauvres, l’impact risque d’être pire. La hausse vertigineuse des prix du blé annonce « des désastres humanitaires avec une forte augmentation de la pauvreté et de la faim », a dit un des dirigeants du Fonds Monétaire International. C’est-à-dire qu’en Afrique, au Proche-Orient, en Inde, des famines vont toucher des millions de gens. Elles entraîneront sûrement des révoltes. Mais les dirigeants de ces pays pourraient chercher à détourner la colère des masses vers le nationalisme et la guerre, pour dresser les peuples les uns contre les autres, par exemple, entre l’Inde et le Pakistan, ou entre le Maroc et l’Algérie. De la guerre commerciale à la guerre tout court, il n’y a qu’un pas, surtout dans une économie mondiale complètement déstabilisée.

Gouvernement et médias, à l’unisson, cherchent déjà à nous embrigader. Ils nous abreuvent de discours sur « le droit des nations » dont la France et les autres pays de l’OTAN seraient les gardiens. Les États-Unis défenseurs du droit des peuples ? Ils sont les plus grands fauteurs de guerres ! En Ukraine, ils ont fait largement monter la tension. Et aujourd’hui, en Asie, ils remettent ça, en profitant de la situation pour accentuer leur pression sur la Chine. Tout en affirmant ne pas vouloir une « nouvelle guerre froide » avec ce pays, le président des États-Unis a menacé la Chine, au prétexte que les déclarations diplomatiques de celle-ci ne sont pas assez fermement anti-russes.

Et puis, le soixantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie, qui a fait un million de morts, nous rappelle comment la France a respecté les droits du peuple algérien : en tuant, en torturant, en bombardant des villages au napalm et en déplaçant un quart des Algériens dans des camps d’internement. À l’époque, il y avait déjà une odeur de gaz, celui du Sahara, sur lequel les industriels français voulaient garder la main.

Le nationalisme sert la politique des gouvernements aux ordres des classes possédantes. Il sert à ranger les exploités derrière leurs exploiteurs. Dans cette guerre, les exploités n’ont pas de camp. Celui de Poutine n’est pas meilleur que celui de l’OTAN. La dictature contre le peuple russe est terrible et, il y a quelques mois, c’est l’armée russe qui est allée réprimer la population du Kazakhstan qui se révoltait contre la vie chère. Et là, Poutine a eu la bénédiction des dirigeants de l’OTAN.

Le capitalisme mène le monde à la catastrophe avec la peau des peuples. Avec la guerre en Ukraine, on voit bien que ce ne sont pas les oligarques russes ou ukrainiens qui prennent les bombes sur la figure ou doivent fuir sur les routes en abandonnant tout ! Mais les exploités représentent une force considérable capable de renverser cet ordre social mondial immonde. Ce qui leur manque, c’est de retrouver le moyen de s’organiser et de s’unir pour se battre pour leurs intérêts de classe.

Au regard de ces perspectives, les élections peuvent apparaître dérisoires. Et elles le sont. Rien n’en sortira de bon pour les travailleurs. Mais elles permettent à tous ceux qui rejettent ce système capitaliste, à la fois exploiteur et fauteur de guerre, d’exprimer leur colère et leur dégoût. C’est le sens de ma candidature.

Nathalie ARTHAUD