Fête LO à Bordeaux le 10 novembre

Allocution de Fanny Quandalle

Brève
11/11/2019

Chers amis, chers camarades, travailleuses, travailleurs

Tout d’abord, je voulais vous souhaiter la bienvenue à la fête de Lutte Ouvrière et remercier tous ceux qui ont contribué à ce que cette fête se tienne. Il est en effet important que le courant communiste révolutionnaire que nous représentons se manifeste en ces temps de crise économique, sociale et politique.

Ces jours-ci, en célébrant la chute du mur de Berlin, les journalistes et politiques s’escriment à enterrer une nouvelle fois le communisme. Devant l’échec de leur système, eux qui en 1989 promettaient une ère de paix et de liberté, voire la fin de l’histoire, la fin de la lutte de classe, essayent en faisant passer le stalinisme pour du communisme de nous faire accepter le capitalisme comme seule possibilité. Quant aux murs, leurs murs, ils se sont multipliés depuis, au Mexique, en Méditerranée, partout sur la planète, poussant des milliers de migrants, de pauvres à la mort. Voilà le monde qu’ils défendent, un monde à renverser !

La société capitaliste est révoltante. Même son économie est à bout de souffle. Il ne se passe pas une semaine sans que les économistes de la bourgeoisie nous annonce l’imminence du prochain krach. Dans cette incertitude générale, les capitalistes investissent encore moins qu’avant, le commerce mondial chute et le protectionnisme monte. L’économie réelle s’enfonce dans le marasme. Cela n’empêche pas les capitalistes de profiter. Ils se comportent plus que jamais comme de purs parasites. Quand ils investissent, c’est dans la spéculation. Pour le reste, ils ferment des usines, suppriment des emplois par milliers. Peugeot a ainsi supprimé 30 000 emplois en 5 ans. La Poste, 20 000. Ici, on sait ce qu’il est advenu de l’usine Ford de Blanquefort. 872 travailleurs ont perdu leur emploi, sacrifié sur l’autel des profits d’un trust qui en dégage des milliards chaque année. Et que font les Etats ? Ils arrosent les capitalistes de cadeaux, d’exonérations fiscales, de baisses d’impôts. Mais cela ne leur suffit pas. Chaque mois, ils leur prêtent des dizaines de milliards d’euros, de dollars, de yens, à taux zéro, gratos. Essayez, vous, d’avoir un prêt à taux zéro auprès de votre banque.

Les journalistes s’étonnent que malgré cet argent gratuit qui coule à flot dans l’économie bourgeoise, les capitalistes n’investissent pas plus dans la production. Mais les capitalistes ne sont pas des altruistes. Ces milliards s’investissent dans la finance, l’endettement des pays pauvres et la spéculation parce que c’est plus rentable. En réalité, les capitalistes d’aujourd’hui ne sont pas moins parasites que les têtes poudrées, les nobles du XVIIIe siècle, vampirisant les finances publiques. Comme eux, il n’y a vraiment que la révolution qu’ils n’auront pas volée !

Alors, si l’économie capitaliste danse sur un volcan, les peuples eux sont déjà dans la fournaise. Partout, le FMI, le bras financier de l’impérialisme, de la bourgeoisie américaine et européenne, est à l’œuvre, ne prêtant de l’argent aux pays pauvres qu’en échange de sévères cures d’austérité.

En Equateur, c’est le FMI qui a exigé du gouvernement qu’il supprime les subventions sur les carburants, ce qui aurait entrainé son doublement à la pompe si les travailleurs et les pauvres équatoriens avaient laissé faire. Mais ils n’ont pas laissé faire. Ils se sont soulevés. Pendant plusieurs jours, les manifestations ont embrasé le pays et contraint le gouvernement à fuir la capitale et finalement à reculer !

Au Chili, c’est une augmentation du prix des transports en commun qui a fait déborder le vase. Devant la révolte populaire de millions de travailleurs, le président du Chili, un des plus riches milliardaires du pays, a vite fait machine arrière. Mais la bourgeoisie chilienne a eu peur. Car là comme ailleurs, il ne s’agit pas d’une simple révolte contre telle ou telle taxe mais d’une révolte contre la dégradation générale du niveau de vie, de la santé, de l’éducation. La répression, les morts, le couvre-feu, n’a pas arrêté les travailleurs chiliens. L’Équateur, le Chili ne sont que quelques exemples. Je pourrais parler aussi de la révolte populaire en Irak, au Liban. Partout, ce n’est pas la combativité des peuples qui manque. Face à la rapacité de la bourgeoisie, les peuples réagissent avec force.

Et de la combativité, il en faut aux classes populaires d’Algérie pour rester mobilisées depuis 8 mois. Comme il en a fallu aux masses soudanaises pour avoir la peau de leur dictateur. Mais, on l’a vu en Égypte ou en Tunisie en 2011 comme au Soudan cette année, il ne suffit pas de renverser un dictateur ou une clique politicienne au pouvoir pour que cesse la dictature de l’argent, la dictature du grand capital sur la société. Il faudra pour cela que la révolte devienne révolution, que les travailleurs exproprient les capitalistes et mettent l’économie sous leur contrôle. Il faudra pour cela que les travailleurs prennent le pouvoir. Il n’y a pas d’autre solution.

Les idées que nous défendons ici en France doivent permettre d’aller dans cette voie.

Ici en France, où nous militons, il y a aussi des révoltes populaires. Celle des gilets jaunes a marqué toute l’année passée. Celle des travailleurs de la RATP et celle des cheminots marquent ces dernières semaines.

En France comme ailleurs, la bourgeoisie récupère par l’entremise de l’État des milliards d’aides, de subventions, d’exonérations fiscales, charge à l’Etat de faire payer les travailleurs, qu’en remettant en cause leurs conditions d’existence, leurs salaires, leurs retraites, leurs allocations, comme les services publics qui les aident à vivre. Cela s’appelle la lutte de classe. Et pour l’instant, c’est la bourgeoisie qui la mène. 

Mais le gouvernement craint la réaction des travailleurs. Souvenez-vous de la réaction du pouvoir quand les conducteurs de TER se sont mis massivement en droit de retrait. Pendant des jours, ministres et dirigeants de la SNCF ont déversé leur hargne dans les médias, menaçant de licenciements et de tribunaux les cheminots, qui ne défendent pourtant que la sécurité de tous. Ils n’avaient qu’une peur, c’est que la saine colère des conducteurs s’étende à toute la SNCF, voire au-delà. Regardez-les maintenant manœuvrer à l’approche de la journée de grève du 5 décembre, journée de grève interprofessionnelle sur les retraites. Macron, droit dans ses bottes, comme Juppé en son temps, laisse néanmoins entendre qu’il y aura des arrangements possibles, qu’il faut voir, qu’on n’est pas pressé. Vu le climat de haute tension à la SNCF et à la RATP, le gouvernement a des raisons de craindre que cette journée du 5 décembre se transforme en déversoir de toute la colère emmagasinée par le monde ouvrier.

Eh bien, les travailleuses et les travailleurs ont tout intérêt à lui donner raison. Oui il faut que la colère ouvrière s’exprime ! Faisons tout ce que nous pouvons pour que le 5 décembre n’en soit que le début !

Si sur les retraites, le gouvernement peut jouer la montre, il n’en continuera pas moins, main dans la main avec le patronat, de faire pleuvoir les coups sur les travailleurs. Alors, le 5 décembre, ne nous contentons pas de nous opposer au projet du gouvernement sur les retraites, mais contestons toute sa politique, mobilisons-nous face aux attaques contre les chômeurs, mobilisons-nous  sur les salaires, contre les licenciements, contre la dictature du grand capital.

Les travailleurs de la RATP qui le 13 septembre, ont bloqué Paris par leur grève, tout comme les cheminots qui, conducteurs ou à la maintenance, ont paralysé le trafic ces dernières semaines, ces travailleurs ont donné une petite idée de ce que peut être la force des travailleurs en grève. Alors, le 5 décembre, en grève et en manifestation, du public ou du privé, tous ensemble, faisons la démonstration que le monde du travail relève la tête et commence à rendre les coups !

Pour que la révolte devienne révolution, il faudra que les millions de travailleurs, de chômeurs, de pauvres, trouvent les moyens de lutter ensemble contre la classe capitaliste. Unir des millions d’hommes et de femmes dans cette lutte, faire en sorte qu’ils deviennent une classe, consciente de ses intérêts, consciente de la lutte permanente entre capital et travail, cela ne peut se faire qu’avec des idées, avec un programme. C’est le sens de notre combat politique.

Face à la pourriture du capitalisme, il faut ouvrir de vraies perspectives à ceux qui se révoltent, en dénonçant les impasses que représentent les politiques des grands partis.

Le jeu politicien de Macron, c’est de se poser en rempart contre Le Pen tout en faisant du Le Pen.  Ces deux défenseurs zélés du capitalisme veulent s’imposer, l’un et l’autre, comme les seules solutions pour le pouvoir.  

Pour faire diversion face à la montée du mécontentement social, Macron et ses ministres se sont lancés dans une campagne contre les musulmans et contre les migrants, en reprenant les arguments de Le Pen, entretenant la confusion entre terrorisme, immigration et islam. Cette surenchère odieuse à laquelle ils se livrent tous ne peut que renforcer les préjugés et les comportements racistes, et encourager les plus violents à passer à l’acte, comme cela a été le cas lors de l’attentat commis contre la mosquée de Bayonne.

Il est indispensable de s’opposer à ces pousse-au-crime, comme à tous ceux qui, au nom du racisme, du communautarisme, de l’intégrisme religieux, cherchent à nous diviser entre pauvres ! Ce ne sont pas les migrants qui licencient à tour de bras. Ce ne sont pas les chômeurs qui vident les caisses de la sécu ou des retraites !

Nous, Lutte Ouvrière, avons rejoint aujourd’hui à Paris ainsi que dans quelques villes la manifestation contre la campagne antimusulmans en cours. Car plus que jamais, il faut affirmer que les travailleurs, quelle que soit leur origine ou leur religion, constituent une même classe, avec les mêmes intérêts à défendre et un même combat à mener contre les vrais responsables, les capitalistes et leur Etat, un même combat pour s’émanciper et changer la société !

Les élections municipales de mars prochain seront une occasion de faire entendre le camp des travailleurs.

Dans ces élections, outre des listes Macron et Le Pen, il y aura des listes de droite et de gauche, une gauche que certains essayent à cette occasion de réinventer, en unifiant ces partis dont les politiciens sont tous passés au pouvoir et qui ont en leur temps pris leur part de mesures anti-ouvrières.

De la gauche dite radicale de Mélenchon à celle du PS et des Verts, aucun ne cherche à renverser le capitalisme, mais à le gérer. Il faut au contraire affirmer dès aujourd’hui qu’il n’y pas d’autre issue que d’en finir avec ce système, d’en finir avec le pouvoir de la bourgeoisie, qu’il est urgent de réorganiser l’économie sur des bases collectives et planifiées démocratiquement. Il n’y a pas d’autre solution pour sauver la société de la barbarie. C’est pour cela que dès aujourd’hui, nous devons défendre et faire partager autour de nous des objectifs, un programme politique qui conteste la domination de la bourgeoisie. C’est pourquoi nous, Lutte ouvrière, présenterons des listes sur toutes les communes où nous serons en capacité de le faire !

Pour que la vie s’améliore dans les cités, il faudra mettre fin au fléau du chômage, à celui des temps partiels imposés et des salaires et des pensions de misère. Bien sûr, aucun de ces problèmes qui pourrissent la vie de tous les travailleurs, ne peut se régler au niveau d’une commune. Mais ces élections peuvent permettre de mettre en avant nos exigences, de faire entendre notre camp, face aux représentants locaux du camp d’en face.

Ce sera l’occasion d’affirmer que pour s’attaquer aux vrais problèmes des travailleuses et des travailleurs, il faudra retirer au patronat la possibilité de fixer les salaires comme il l’entend, en fonction de ses profits. Les salaires, comme les pensions de retraites, les allocations, doivent permettre de vivre, pas de survivre.

De même il faudra retirer au patronat la possibilité d’embaucher ou de débaucher à volonté. Regardez Ford hier, Michelin et General Electrics aujourd’hui. Interdire les licenciements et répartir le travail entre tous sans perte de salaire, sous le contrôle des travailleurs, en fonction des besoins recensés par les travailleurs, voilà ce qui est nécessaire.

Il faut affirmer que les questions essentielles qui se posent aux travailleurs ne pourront pas se résoudre tant que la bourgeoisie dominera la société. Toute la question se résume à qui a le pouvoir, les riches, les capitalistes ou les travailleurs. Eh bien, il faut que la conscience d’avoir à renverser la bourgeoisie et à prendre le pouvoir se réimplante dans la classe ouvrière.

C’est à développer cette conscience que nous entendons œuvrer dans les élections municipales à venir, en regroupant ceux qui sont déjà convaincus et en montrant aux autres, à ceux qui ne le sont pas encore, qu’une fraction du monde du travail relève la tête et lève le drapeau de la révolte sociale.

La classe ouvrière, les ouvriers, les employés, les chômeurs, les retraités, est une classe que rien n’attache à cette société. Comme le disait Marx, elle n’a que ses chaînes à perdre. La seule perspective qui s’ouvre à nous, c’est de faire confiance dans la classe ouvrière et de l’aider à accéder à cette conscience que la tâche de transformer la société dépend d’elle et qu’elle en est capable.

Oui, les travailleurs sont capables de prendre le pouvoir et de l’exercer mille fois mieux que la bourgeoisie. Collectivement, la classe ouvrière fait tourner toute l’économie, elle seule a la capacité d’en finir avec le capitalisme, de réorganiser la production au service du plus grand nombre, et d’ouvrir à l’humanité une nouvelle ère. 

Alors, chers camarades, chers amis, aidez-nous à faire entendre le camp des travailleurs et vive le programme et le combat communiste !

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