5ème circonscription de l'Isère :  Christine Tulipe (LO) : "Notre discours peut paraître utopiste mais il ne l’est pas"

Article de presse
03/06/2017

"Si on ne fait rien, demain, ce sera la retraite à 67 ans, la suppression des congés… On est les seuls à s’adresser aux travailleurs, les seuls communistes révolutionnaires, les seuls, dans nos meetings, à brandir le drapeau rouge et à chanter l’Internationale", assurent Christine Tulipe et Christian Mottais. Photo Le DL/V.P.

Les électeurs sont trop bêtes ou pas assez égoïstes. Car s’ils pensaient d’abord à eux, ils seraient plus de 70 % à voter pour Christine Tulipe, candidate de Lutte ouvrière (LO) aux législatives sur la 5e circonscription, qui promet, comme première mesure à prendre par le gouvernement dont elle rêve, « l’interdiction de licenciement pour la répartition du travail entre tous (en prenant sur les profits des grandes entreprises), et pas un salaire en CDI ou CDD ni une retraite en dessous de 1 800 € nets par moi ».

Vu le nombre d’électeurs qui seraient heureux de voir leur salaire ou leur retraite grimper jusqu’à 1 800 € par mois, plus ceux qui seraient ravis d’être assurés de ne jamais perdre leur boulot, comment se fait-il que LO, aux différentes élections, reste scotchée sur le plancher (0,64 % pour Nathalie Artaud à la présidentielle) ? Très probablement parce que nombre de travailleurs trouvent le raisonnement trop simpliste ou carrément irréaliste.

« Il y a assez de richesses »

En tout cas, Christine Tulipe et son remplaçant, Christian Mottais, y croient dur comme fer. Le tandem illustre parfaitement à la fois la continuité et le changement. Continuité de l’action et des convictions politiques. Et changement radical revendiqué pour le fonctionnement de la vie politique.

Continuité, donc. Des 11 candidats aux législatives de 2012 sur cette 5e circonscription, Mme Tulipe est la seule à être encore sur la ligne de départ en 2017, qui plus est avec le même remplaçant qu’en 2012, Christian Mottais.

Mais cette continuité du discours va de pair avec une revendication de changement de la gouvernance du pays, et même de révolution. « On tant que tels, et on est les seuls à le faire. Car la France, c’est comme les entreprises, il y a les exploiteurs et les exploités. Les travailleurs ne peuvent compter que sur eux-mêmes, et la situation s’aggrave, disent nos deux interlocuteurs. L’ennemi des travailleurs, c’est le grand patronat et les démagogues de tout poil ».

Plus largement, « on nous explique qu’il y a la concurrence, les Allemands, les Chinois, etc. Mais si la société n’est pas capable de faire vivre tout le monde, c’est qu’il y a un problème, et c’est même un scandale au XXIe siècle. Car il y a assez de richesses pour tout le monde, il faut juste les partager ou aller les chercher. Alors, la seule opposition qui changera tout cela, ce n’est pas le Parlement, mais la mobilisation avec les grèves et les manifestations ». Mais attention, insiste le duo de LO, « on ne défend pas les travailleurs, on leur dit qu’il faut un programme de lutte ».

LO n’a jamais eu aucun député, et n’en aura sans doute pas cette fois-ci encore. « Mais une campagne électorale permet de nous exprimer, de défendre notre point de vue, glisse Christine Tulipe. Évidemment
que notre discours peut paraître utopiste, même s’il ne l’est pas. Car nos idées internationalistes sont encore plus d’actualité qu’il y a 30 ans ».

Vincent PAULUS

Haro sur tous les autres !

Quid de la “concurrence” pour Mme Tulipe et M. Mottais ? Le mouvement “En marche” ? « Le gouvernement Macron est un gouvernement d’attaque contre les travailleurs : démantèlement du Code du travail,  suppression du “compte pénibilité” pour le calcul de la retraite, plafonnement des indemnités prud’homales…. Macron, c’est en marche, mais en marche vers l’abîme, et il va encore faire monter le FN. Avant, on avait la droite ou la gauche. Maintenant, on a la droite et la gauche ».

Et Le Pen, dont le discours séduit beaucoup plus les travailleurs que celui de LO ? « Les travailleurs ne doivent pas se faire piéger par Le Pen, qui dit que tout est de la faute des immigrés. Le Pen travaille pour le patronat, avec l’argument du protectionnisme, mais ça, c’est de la démagogie car le protectionnisme, c’est un piège.

Mélenchon ? « Le Pen, Mélenchon et d’autres font ce que le grand patronat leur dira de faire ». Pourquoi pas une union avec Mélenchon ? « Mais vous croyez qu’un candidat de La France insoumise va laisser la place à un autre ? »

Le PS, le PC ? « Ça fait des années qu’ils sont intégrés au système capitaliste, qu’ils disent qu’il faut bien voter ». Finalement, il n’y a guère qu’avec le NPA que LO pourrait éventuellement se trouver des points communs.

V.P.

© Le Dauphiné Libéré (303/06/2017) - Droits de reproduction et de diffusion réservés