Le Républicain lorrain :  « Mettre sous contrôle la classe capitaliste »

Article de presse
13/04/2017

Photo LIONEL BONAVENTURE 

Pendant le débat des onze candidats, vous avez formé un axe commun avec Philippe Poutou pour défendre les « travailleurs ». Qu'est-ce qui distingue vos deux candidatures ? 

Nous sommes deux courants d'extrême gauche. Nous avons des points communs mais aussi des différences. Philippe Poutou met sur le même plan le combat des travailleurs et les luttes écologistes et antiracistes. Ce n'est pas mon cas. Pour nous, Lutte ouvrière, le seul combat susceptible de transformer la société est celui du monde ouvrier.

Avoir deux candidats d'extrême gauche est une bonne chose. Une seule campagne nous aurait donné deux fois moins temps de parole pour le camp des travailleurs, sans nous permettre pour autant, ni à l'un ni à l'autre, d'être présent au second tour. Les enjeux ne sont pas les mêmes que pour l'union entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon...

Quelle est votre différence avec Jean-Luc Mélenchon ? 

Nous n'avons pas la même perspective. Jean-Luc Mélenchon veut humaniser, moraliser le capitalisme. C'est impossible ! Mélenchon, comme Jospin et comme Mitterrand avant lui, s'il arrivait au pouvoir, serait confronté au mur de l'argent ! Comme Alexis Tsipras [en Grèce, ndlr], qui a dû se transformer en courroie de transmission des grandes banques européennes.

Je n'aspire pas à gouverner dans ce système. Tous ceux qui veulent devenir président seront les instruments et les serviteurs du grand capital financier. Je me revendique du communisme, le projet le plus beau qui soit : gérer collectivement les moyens de production.

Le parti communiste soutient Jean-Luc Mélenchon... 

Au Parti communiste, ils ont appelé à voter Hollande en 2012, ce que je n'ai pas fait ! Ils sont sur la même ligne depuis le programme commun : faire croire qu'il pourrait y avoir un bon gouvernement de gauche, ou une bonne politique de gauche. Dans la dictature de la classe capitaliste, il ne peut y avoir de bonne politique pour les travailleurs.

Elle ne peut être combattue que par la force sociale du monde du travail. L'axe de ma campagne est de réarmer le camp des travailleurs, pour que le sentiment de classe se transforme en conscience politique, à travers des grèves, des manifestations.

Votre combat n'est-il pas plutôt syndical que politique ? 

L'activité syndicale est à l'échelle d'une entreprise. Je vous parle d'une explosion sociale à l'échelle de la société. Le problème est politique : qui a le pouvoir dans la société ? La classe capitaliste. Les travailleurs doivent s'ériger en contre-pouvoir, contester collectivement.

Pour faire quoi ? 

Il faut mettre sous contrôle cette classe capitaliste parasitaire et anachronique : contrôler la comptabilité de ces entreprises, leurs décisions, leur argent.

Quelle est votre priorité ? 

Ma priorité, c'est l'emploi pour tous, en commençant par arrêter l'hémorragie avec l'interdiction des licenciements. Je suis pour répartir le travail entre tous et créer les emplois nécessaires dans les hôpitaux, les transports, à la SNCF... Avec un salaire correct pour tous : 1 800 euros nets minimum. Si les grandes entreprises n'acceptent pas de se soumettre à l'intérêt de la population, il faut aller plus loin et les exproprier. Il faut être prêt à mener le combat jusqu'au bout !

Que pensez-vous de la proposition de Benoît Hamon de créer un revenu universel ? 

Je ne comprends pas cette façon de voir les choses. Les gens veulent un emploi, être réintégrés à l'activité productive, pas une aumône de 750 euros ! Le travail c'est aussi la dignité.

Depuis 1974, LO tient le même discours à chaque présidentielle. Le monde n'a-t-il pas changé ? 

Quels changements ? On parle d'autoentrepreneurs, comme si les ouvriers n'existaient plus. La réalité c'est que le livreur de pizza roule à vélo plutôt qu'à scooter. Mais on aligne toujours les heures en étant mal payé ! Ce qu'on nous présente comme la modernité, est juste la réédition du travail à la tâche ! Cela conforte ma révolte. Les progrès techniques n'ont pas résolu les problèmes et les inégalités.

Vous positionnerez-vous pour le second tour ? 

L'essentiel n'est pas de départager ceux qui peuvent arriver à l'Élysée. Quand on est ouvrier, l'enjeu n'est pas de choisir celui qui va faire reculer les retraites. Il faut conforter son camp. Et ça, ça se joue au premier tour.

Que devient Arlette Laguiller, qui a été entre 1974 et 2012 la porte-parole emblématique de LO, six fois candidate à la présidentielle ? 

Elle milite toujours, à la direction de LO. Elle me conseille beaucoup dans cette campagne. C'est sans doute celle qui suit de plus près mes interventions. Je me revendique totalement de sa continuité.

Propos recueillis par Élodie BÉCU et Joël CARASSIO

 

L'enseignante trotskiste

Nathalie Arthaud, candidate de Lutte ouvrière, veut mobiliser le camp des travailleurs pour la révolution. L'enseignante trotskiste est la seule à arborer fièrement l'étiquette communiste sur ses affiches. C'est aussi la seule à continuer à travailler (à mi-temps) le temps de la campagne. 

Conseillère municipale à Vaulx-en-Velin (Rhône), elle est professeur d'économie à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Celle qui a succédé à l'emblématique Arlette Laguiller en 2012 avait recueilli 0,56 % des voix lors du précédent scrutin présidentiel. 

Célibataire, sans enfant, elle est propriétaire d'un appartement de 48 mètres carrés (acquis à deux) en Seine-Saint-Denis d'une valeur actuelle de 248 700 euros.

© Le Républicain Lorrain, Jeudi le 13 Avril 2017 / 00-IG / Droits de reproduction et de diffusion réservés