Au Havre :  :  Magali Cauchois (Lutte Ouvrière) cible ses sites pour mener campagne contre le capitalisme

Article de presse
10/03/2020

Candidate de Lutte Ouvrière, Magali Cauchois mène une campagne discrète. L’adhérente de la formation troskiste tente de transmettre son discours anti-capitaliste au cours de distributions de tracts aux emplacements très ciblés.

Lorsqu’ils y plantent symboliquement leur drapeau rouge, les militants de Lutte Ouvrière ne débarquent jamais, sur un marché ou à la sortie d’une usine, en terre inconnue. Et pour cause, ils n’attendent pas la campagne des municipales pour aller au-devant des riverains, électeurs potentiels ou non. Conflits sociaux, scrutins nationaux, ils sont régulièrement sollicités pour tracter, diffuser leur vision d’une autre société : ouvertement anti-capitaliste. Brandir, en 2020, les léninistes faucille et marteau, déposés depuis des années par le Parti communiste français, ne leur pose aucun souci.

Mardi, 12 h 50, au pied des grilles de l’usine Renault de Sandouville, la candidate à l’élection municipale du Havre Magali Cauchois est dans les starting-blocks, épaulée de plusieurs « camarades » et colistiers. 12 h 50, c’est l’heure du rush. Une douzaine d’autocars venus de Pont-Audemer, d’Honfleur, ou, plus près, de Sanvic ou encore de l’hôtel de ville du Havre, déposent leur flot d’opérateurs, qui prennent d’ici quelques minutes le relais de l’équipe du matin.

Pas de fioriture. Un document recto verso, format A4, photocopié en noir et blanc. Mais au titre forcément provocateur. « Pire que le coronavirus, le capitalisme ». Rien de tel pour susciter la réaction voire l’aversion ; bref, entamer le dialogue. Mais l’heure n’y est pas propice. Les ouvriers et autres chefs d’équipes pressent le pas vers les portiques desservant les ateliers de l’usine.

« Travailleuses, travailleurs » avant « Havraises, Havrais »

Le traitement est le même pour les militants de la CFE-CGC, qui distribuent un document, en couleurs, relatant les informations communiquées au cours du précédent CSE. De la production de la phase II jusqu’aux mesures de prévention face au coronavirus.

« Non, pour discuter ce n’est effectivement pas le bon endroit. Ils n’ont évidemment pas le temps. Qu’importe, on touche néanmoins des centaines de personnes qui prendront le temps de nous lire. Parmi elles, beaucoup trop d’intérimaires, pas forcément jeunes. Ou encore des ouvriers qui n’ont pas non plus le droit de vote. Une promesse de la gauche jamais tenue... »

Rien de bien local dans le propos, alors que la candidate en campagne ne s’adresse pas, pour la plupart, à des Havrais. « On y tient à notre célèbre “Travailleuses — Travailleurs”, auxquels on associe les chômeurs et les retraités. Nous on ne dit pas uniquement Havraises – Havrais, citoyens – citoyennes et encore moins Françaises – Français. Alors oui on vient distribuer à Sandouville, loin du Havre, auprès des travailleurs pour susciter, encore et toujours, la lutte. Par la rue et la grève, avant tout, mais aussi par le bulletin de vote quand ils en ont l’occasion. Les vrais problèmes ne sont pas locaux. » Personne ne viendra les contredire. 13 h 15, l’équipe du matin sort à la même cadence pour monter, à son tour, dans les autocars...

Mercredi 10 h 30, supermarché Carrefour Market du quartier de la Vallée. Cette fois, le lieu favorise l’échange. La présence d’une caméra de télévision ne leur facilitera pas la tâche pour autant, la direction du magasin leur demandant de s’éloigner.

En 2014, Magali Cauchois n’avait rassemblé que 750 bulletins. Statistiquement, elle a donc peu de chance de rencontrer un de ses électeurs, même si le choix d’un commerce d’un quartier populaire n’est pas anodin. Alors il faut puiser dans ses ressources pour tenter de convaincre. Comme face à ce marin pêcheur qui déclare sans ambages « voter pour Lecoq, mais regretter qu’en France il n’y en ait plus que pour les étrangers... Les aides, les logements, tout est pour eux. Je le vois bien, j’habite dans le quartier de l’Eure ». Pierre, pour lui répondre, ne prononcera pas une seule fois les mots « Le Havre », préférant argumenter que la société du Grand capital « ne lui prend pas pour donner quelques malheureuses allocations aux étrangers ou aux démunis. Elle lui prend pour tout donner aux actionnaires. Sa stratégie, c’est de diviser les pauvres. »

Ce commerçant s’apprêtant à regagner sa voiture est ouvert à la discussion. Mais probablement en vain. « Je me lève à 6 h 30, je rentre à minuit. C’est grâce à des gens comme nous que ce petit monde des politiques se gave. Alors tant mieux pour eux, mais je construis ma vie sans eux. Je ne vote plus. Donnez toujours votre tract. Je vais le lire. »

Pour les militants de « LO », c’est tout de même mission accomplie. En deux jours, près de 1500 tracts ont pu être distribués. Mais leur engagement, défini comme extrême, n’est pas toujours simple à afficher. « Vous voyez ? Je boite. Pour une balle que j’ai prise dans la jambe. C’est bien les communistes qui finançaient le FLN pendant la guerre d’Algérie ? » Cette fois, le dialogue, enflammé ou non, sera impossible.

Paris Normandie (Christophe Frébou)

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