La Marseillaise  :  Nathalie Artaud : " Les travailleurs doivent se préparer à se défendre"

Article de presse
16/03/2022

 

 

 

La Marseillaise :Vous n’étiez pas conviée au débat de lundi soir sur TF1. L’avez-vousregardéetqu’enavez-vous pensé ?

NathalieArthaud : J’enairegardé un petit bout.C’étaitunesérie d’interviews, pas un débat. Quant au mépris dans lequel les petitscandidats comme moi sont tenus,c’est le reflet de cette société capitaliste où les femmes et les hommes des classes populairessontinvités à se taire, à obéir. Le pouvoir ne voulait pas des Gilets jaunes sur les Champs Élysées, eh bien il ne veut pas de petitscandidats–a fortiori révolutionnaires–danslacampagne.

Le président de l’Assemblée nationale considère que notre démocratie est exotique, notamment car deux candidats trotskistes concourent à la présidentielle. Qu’est-ce qui vous distingue de la candidature de Philippe Poutou ?

N.A. : Nosdifférences, c’est que Lutte ouvrière et ma candidature se concentrent surlesintérêts du monde du travail. Jefais campagne au nom du camp des travailleurs. C’est parce qu’on produit lesrichesses, les profits,qu’on a une capacité à se défendre, se protéger, s’organiser pour inverser le rapport de force avec le grand patronat. C’est cette perspective que je mets au centre de ma campagne.

C’est votre troisième candidature à la présidentielle, quelle coloration particulière donnez-vous cette année à votre campagne au regard de l’actualité ?

N.A. : Avec la guerre, le retour de l’inflation, toutes ces tensions dans le secteur de l’énergie, de l’agroalimentaire, en réalité à l’échelle de toute l’économie, ce qui est sûr c’est que la concurrence entre capitalistes va devenir de plusenplusféroce.Ilfaut réaliser, quand on appartient au monde du travail, que c’est sur nous que les coups vont tomber. Emmanuel Macron ne l’a pas caché. Il a expliqué qu’il y aurait du sang, de la sueur et des larmes imposés par ce nouveau contexte international. Le futur dirgeant utilisera ce prétexte en plus de celui de la dette, de la compétitivité...pourfaire reculer encore la condition ouvrière. Face à cette menace, il faut se préparer au combat. Ma candidature est un appel au rassemblement de tous les travailleurs derrière une politique pourdéfendre leurs intérêts. Pour tous ceux qui doutent qu’il y ait assez d’argent pour augmenter les salaires, payerlesretraites... je dis : «Revendiquons un contrôle ouvrier pour vérifier les comptabilités des grands groupes capitalistes. Abolissons le secret des affaires.»

Le monde du travail est actuellement accablé par la hausse des prix. Comment lui redonner espoir et donc combativité ?

N.A. : ll faut déjà le conforter dans ses revendications.  Les augmentations de salaires de 300, 400, 500 euros sont plus que légitimes.Tous ceux qui sont au Smic peuvent revendiquer fièrement cette idée de le porter à 2 000 euros nets. En dessous, on est à dans l’angoisse permanente. Ce sont des objectifs de combat à affirmer la tête haute. Il n’ya aucune raison de nous faire petits. Les richesses, les capitalistes ne savent même plus quoi en faire. D’un côté, il y en a qui dépensent des millions pour se balader dans l’espace et de l’autre des femmes et  des hommes qui triment et doivent choisir entrese chauffer et faire le plein d’essence. Notre société marche sur la tête !

Le président-candidat a réaffirmé sa volonté de reculer l’âge de la retraite à 65 ans. Que lui opposez-vous ?

N.A. : Ça fait partie des sacrifices que les prochains dirigeants voudront nous imposer. Il y en aura d’autres, je vous le garantis. Il n’y a aucune raison de marcher là dedans parcequ’il n’y a jamais eu autant de richesses dans le pays. L’espérance de vie en bonne santé pour les ouvriers, c’est 60ans. Qu’est-ce que ça veut dire de porter laretraite à 65ans? Ça veutdire que quand on est ouvrier, on n’en aura pas. Et ça signifie aussi que ceux qui font les boulots les plus durs seront au chômage plus longtemps. C’est un scandale à tousles niveaux. Il faut prendre sur les grandes fortunes pour payer les retraites et sur les dividendes pour créer des emplois. Embaucher des jeunes, c’est aussi remplir les caisses de retraite.

Que répondez-vous à ceux qui vous parlent de vote utile à gauche ?

N.A. : Je leur dis que ce qui est utile, c’est de se préparer à se défendre. Il va falloir se mobiliser. J’ai entendu Jean-Luc Mélenchon dire qu’il suffisait de voter pour lui et qu’on économiserait des kilomètres de manifestations. C’est totalement irresponsable du point de vue des travailleurs. C’est désarmer le monde du travail. En fait, qui que ce soit qui arrive, on sera confronté à un grand patronat rapace qui n’acceptera pas de voir ses perspectives de profits s’envoler. C’est une façon de rendre les travailleurs spectateurs alors que l’essentiel est d’imposer un autre rapport de force par en bas. Si on ne demande rien aux plus riches, c’est précisément que le monde du travail ne fait pas pression, n’est pas organisé, ne réalise pas la force qu’il a entre les mains. Je dénonce cette politique.

Comment stopper l’escalade guerrière entre capitalistes ?

N.A. : En s’appuyant sur l’aspiration des travailleurs russes et ukrainiens à la paix. En faisant en sorte que ces prolétaires qu’on transforme en soldats réussissent à se parler et à se rendre compte qu’ils sont utilisés en premier lieu par Poutine pour conforter la bureaucratie russe et ses oligarques. En second lieu, de l’autre côté, ils sont utilisés aussi pour asseoir un gouvernement qui n’a que faire des classes populaires ukrainiennes.

Quel regard portez-vous sur le tri des réfugiés à la frontière polonaise ?

N.A. : Ce tri est révoltant. On voit apparaître le racisme. Il y a des bons et des mauvais réfugiés ? Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire?! Moi je vois des hommes et des femmes de mon camp. Leurs intérêts sont les miens. Je m’oppose à cette sélection. Je dis : «Bienvenue aux réfugiés, y compris à ceux qu’on appelle les migrants.»

Entretien réalisé par Léo Purgette

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