Fête LO Strasbourg :  Allocution de Louise Fève

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17/11/2019

Chers camarades, chers amis,

Bienvenue à la fête de Lutte ouvrière.

Je ne vous annoncerais pas un scoop en vous disant que la grande bourgeoisie va bien.

Les dividendes versés aux actionnaires dans le monde atteignent des records : 1 430 milliards de dollars attendus en 2019, soit une hausse de 4,2 %. La France est le pays le plus généreux avec ses actionnaires après les États-Unis. Pas étonnant qu’un certain Bernard Arnaud ait pu, en une année, voir sa fortune croître de près de 20 milliards d’euros. Elle est passée à 90 milliards, soit un gain de 600 euros chaque seconde. Cela fait de lui un des hommes les plus riches du monde.

Est-ce que dans le même temps l’économie se développe ? Est ce qu’il y a plus de biens et de services utiles à la population ?

C’est l’inverse.

La crise financière qui a éclaté en 2008 aux États-Unis continue de peser sur toute la société. Elle a depuis connu bien des rebondissements. Et pour sauver ce système capitaliste à l'agonie, les États ont déboursé et continuent de débourser des sommes astronomiques. Cela n'a rien résolu. Les centaines de milliards dépensées par les banques centrales ne se sont pas investis ou très peu dans la production, mais nourrissent la spéculation et enrichissent la bourgeoisie. De ce point de vue, les capitalistes ne sont pas fous, ils cherchent des placements rentables, ils savent que la production ne repart pas. Et ils ont même tellement peu confiance en l’avenir de leur économie qu’ils préfèrent placer une partie de leur argent à des taux négatifs, c’est à dire qu’ils sont prêts à payer pour que des institutions jugées plus sûres que d’autres gardent leur argent.

Comme l’économie ne se développe pas, malgré les besoins immenses qui ne sont pas satisfaits, la seule façon pour la bourgeoisie d’accroître sa part du gâteau, c’est d’aggraver l’exploitation de ceux qui sont à la base de toutes les richesses, à savoir, nous, les travailleurs. Elle mène donc la guerre contre les travailleurs et les classes populaires.

Cette guerre, les capitalistes la mènent sur plusieurs fronts. Dans les entreprises, par le blocage des salaires, par les licenciements et les suppressions d’emploi, comme General Electric qui va sacrifier 500 travailleurs à Belfort, comme PSA qui supprime 1200 postes d’intérimaires sur son site de Mulhouse, comme Punch ici à Strasbourg qui licencie 50 travailleurs ; ou encore par les fermetures d’usines comme Michelin qui ferme son site de la Roche-sur-Yon.

Pour les travailleurs qui restent en activité, ce sont des cadences et des rythmes de travail qui s’intensifient toujours plus. Pour ceux qui perdent leur emploi, le début d’une galère que la récente réforme de l’assurance chômage va encore aggraver. Les modifications de l’indemnisation du chômage, avec depuis le 1er novembre l’allongement des périodes travaillées pour avoir droit à une indemnisation et recharger ses droits, qui sera suivi le premier avril par le durcissement du mode de calcul du montant de l’indemnisation, vont encore aggraver la situation de milliers de chômeurs et travailleurs en les précipitant davantage dans la misère.

Que ce soit sous Macron, Hollande, Sarkozy, les différents gouvernements invoquent le déficit budgétaire et la dette de l'Etat pour réduire les budgets alloués à l'éducation, aux hôpitaux, aux services utiles à la population. Ces réductions de budget sont à mettre en face des 40 milliards d’allègements de charges attribués cette année aux propriétaires des grandes entreprises du pays. À l’intérêt des capitalistes, le gouvernement sacrifie l’éducation des jeunes des quartiers populaires, le sort des malades qui attendent sur un brancard dans les services d'urgence, ou des plus anciens dans les EPHAD. Il se moque tout autant des travailleurs des services publics.

Et dans cette guerre qui nous est menée, capitalistes et gouvernement font front commun.

À titre d’exemple, je voudrais vous parler de ce qu’il s’est récemment passé à la SNCF en rapport avec l’'accident de train survenu le mois dernier dans les Ardennes. Un TER y a percuté un convoi exceptionnel bloqué sur un passage à niveau. Lors de cet accident, le conducteur du train était le seul cheminot présent à bord. Il s'est retrouvé seul pour engager les procédures de sécurité d'urgence. Blessé il a été contraint de laisser les 70 passagers du train, dont certains étaient blessés, pour faire plus un kilomètre à pied afin d’éviter de justesse un sur accident.

Cet évènement a déclenché la colère de nombreux conducteurs et contrôleurs qui ont exercé leur droit de retrait. Parti de Champagne Ardenne, elle s’est rapidement étendue à tout le pays, mettant de nombreux TER à l'arrêt. Ce droit de retrait exercé collectivement a mis en rage non seulement la direction de la SNCF, mais aussi le gouvernement, qui ont démontré une fois de plus que la rentabilité passait avant la sécurité des usagers et des cheminots. A travers les médias, ils se sont déchainés contre les cheminots accusés de tous les maux.

Si le mouvement n’a pas abouti à faire revenir la direction de la SNCF sur son choix de faire rouler des TER sans contrôleurs, ce droit de retrait collectif a permis que le ras-le-bol et la colère de certains cheminots s’expriment, et que ceux ci relèvent la tête.

Quelques jours après, il y a eu le mouvement de grève des ateliers de maintenance des TGV. Spontanément, sans consigne syndicale, avec leur grève, les ouvriers de maintenance ont arrêté la circulation des trains sur tout un secteur et contraint la direction cette fois-ci à faire marche arrière.

Cette semaine, on a aussi vu les hospitaliers en grève descendre dans la rue avec pour revendication des ouvertures de lits, des embauches de personnels et des augmentations de salaires.

Car oui, la colère est grande chez tous les travailleurs. Et quand elle trouve à s’exprimer elle peut être contagieuse et avoir un impact sur tout le fonctionnement de la société, car c’est bien nous, les travailleurs, qui la faisons tourner et sommes indispensables à son fonctionnement.

Dans l’actualité des attaques du gouvernement, il y a bien évidemment celles concernant les retraites. Les réformes envisagées se résument à reculer l’âge de départ en retraite et à diminuer les pensions. Il s’agit de faire encore baisser la part de la richesse produite qui revient aux travailleurs, actifs ou retraités, et par là même d’augmenter celle qui revient aux capitalistes.

Contre cette réforme, une journée de grève interprofessionnelle est appelée le 5 décembre par la CGT, FO, Solidaires et la FSU .

Cette journée permettra, bien sûr, de dire non à cette énième réforme qui fera encore reculer l’âge de départ et diminuera les pensions. Le gouvernement parle des régimes dits « spéciaux » pour tenter de diviser les travailleurs en pointant ceux qui seraient « privilégiés ».

Mais les vrais privilégiés, ce sont les milliardaires, amis de Macron, qui eux, seront épargnés, quand sa réforme frappera tous les salariés.

Avec des pensions calculées, non plus à partir des 25 meilleures années, mais sur toute la carrière, tous les salariés sont perdants. Et il y a ce système de points qui s’apparente à un chèque en blanc demandé par l’État.

Le gouvernement vient de prendre 3,5 milliards aux chômeurs, ou encore 1 milliard aux bénéficiaires de l’APL, eh bien demain il pourra en faire autant sur le dos des retraités !

Macron et Philippe multiplient les signaux pour désamorcer la contestation. Ils ont d’abord repoussé la réforme au-delà des élections municipales de mars 2020. Ils ont ensuite abandonné la notion d’âge pivot à 64 ans. Aujourd'hui, ils seraient prêts à dégainer la « clause du grand père » consistant à n'appliquer la réforme qu’aux nouveaux entrants sur le marché du travail.

C’est cynique car si nous profitons aujourd'hui des avancées conquises dans les luttes par nos parents et grands-parents, ce n’est pas pour condamner nos enfants !

La journée du 5 décembre peut être l’occasion de se retrouver tous ensemble, de manifester massivement contre la politique du patronat et du gouvernement. Elle peut être l’occasion de rassembler nos forces et de se préparer au combat nécessaire pour mettre cette politique en échec.

Alors, que l’on travaille dans le public ou dans le privé, il faut se saisir de cette journée pour exprimer notre colère. Aujourd'hui, le camp gouvernemental est inquiet d’un risque d’explosion sociale. Montrons-lui qu’il a raison de la craindre et, ensemble, faisons-nous respecter !

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À l’échelle mondiale, la crise du capitalisme, c’est aussi une exacerbation de la concurrence entre les grands groupes industriels et financiers. C’est ce qui explique les guerres commerciales entre États, entre les États-Unis et la Chine, et entre les États-Unis et l'Union européenne. Ce sont les grands groupes des pays impérialistes, notamment miniers et pétroliers comme Total pour la France, qui se battent pour organiser le pillage des ressources de tous les pays pauvres de la planète. C'est pour satisfaire leurs ambitions que des régions entières ont été mises en coupe réglée, générant un chaos sans fin et la guerre entre autres au Moyen-Orient. Ces guerres s’ajoutent à la misère et aux dictatures et poussent des centaines de milliers de personnes à fuir leur pays, à traverser la Méditerranée ou les Alpes au péril de leur vie.

J’en profite pour dire que le pseudo débat que Macron a lancé l'Assemblée nationale sur l'immigration est particulièrement immonde. Pour faire diversion face à la montée du mécontentement social, Macron et ses ministres n’hésitent pas à reprendre à leur compte une partie des thèmes de campagne de Le Pen, entretenant la confusion entre terrorisme, immigration, islam et la question du voile. Et la surenchère odieuse à laquelle eux et tous les politiciens réactionnaires se livrent ne peut que renforcer les préjugés et les comportements racistes. On l’a vu avec l’attentat de Bayonne commis par un ancien candidat du Front national. les médias ont insisté sur le fait que c’est un déséquilibré ce qui est certain pour ne pas trop insister sur le fait que c’était un attentat antimusulman. Ils n’ont pas eu les mêmes préventions pour l’attentat à la préfecture de police commis par un autre déséquilibré, radicalisé islamiste.

Comme dans la plupart des entreprises en France, je travaille à la SNCF aux côtés de collègues et amis venant de tous les pays du monde.

Contre tous les racismes, il est indispensable que nous affirmions, que quelle que soit notre origine ou notre religion, que nous constituons une seule et même classe.

 

On voit également avec le cas des Kurdes de Syrie avec quel cynisme les grandes puissances font cas du droit des peuples. Pendant près de cinq ans, les États-Unis se sont servis des Kurdes syriens pour repousser Daesh. Les Kurdes de Syrie ont créé un semblant d'état national où existait un régime qui tranchait avec le reste de la région, notamment du point de vue des libertés démocratiques et du droit des femmes. Mais une fois Daesh repoussé, les États-Unis ont abandonné les Kurdes et laissent aujourd'hui l'armée turque les massacrer. Cette trahison montre encore une fois que l'ordre mondial imposé par les grandes puissances ne laisse aucune place à l'autodétermination des peuples. Qu'il s'agisse des Kurdes des Palestiniens ou d’autres, elles n'agissent qu'en fonction de leurs propres intérêts et de ceux de leurs sociétés pétrolières ou autres.

La domination impérialiste sur le monde, c’est la guerre permanente. Pour l’instant, ces guerres sont circonscrites à une échelle régionale, mais l’exacerbation des tensions entre grandes puissances fournit la poudre sur laquelle ces guerres localisées pourraient se généraliser.

Et si ce n’est pas par la guerre sociale ou la guerre tout court, c’est par le réchauffement du climat, la surexploitation des sols et des océans que le capitalisme menace les conditions de vie de la population. Une partie de la jeunesse se mobilise pour l'avenir de la planète et avec raison pose d’emblée le problème à l’échelle internationale. Mais réfléchir jusqu’au bout aux causes du dérèglement climatique implique de rompre avec la société marchande et de se battre pour une société qui produise de manière rationnelle, planifiée en prenant en compte à la fois les besoins de l’humanité et les ressources naturelles. C'est à dire une société communiste.

Crise économique, sociale, écologique, ces trois crises sont les différents aspects d’un même capitalisme pourrissant. Il est nécessaire, et de plus en plus urgent, de mettre à bas ce système lourd de menaces pour l’humanité.

Et ce renversement, nous disons que seule la classe ouvrière peut le réaliser, de par la place fondamentale qui est la sienne dans l’économie, et parce qu’elle n’a pas d’intérêts à y préserver. Comme le disait Marx, elle n’a que ses chaînes à perdre.

***

Des élections municipales auront lieu en mars prochain. Il faut que le camp des travailleurs soit présent dans ces élections. Il ne s’agit pas d’affirmer que des élus ouvriers, des élus communistes voire des municipalités pourraient enrayer l'appauvrissement des villes, empêcher les entreprises de fermer ni augmenter suffisamment le budget des écoles ou des EPHAD. Les ressources des municipalités dépendent en dernier ressort de l'Etat qui choisit de consacrer tous ses moyens à servir les riches et les patrons.

Mais dans ces élections, il s’agit d’affirmer que dans la société capitaliste, il y a deux camps irréconciliables, celui des exploiteurs et celui des exploités. Les travailleurs sont à la base de tout, nous pouvons être fiers de porter la société sur nos épaules, de permettre que les trains roulent, les hôpitaux soignent, les écoles instruisent, le bâtiment construise maisons et routes et que les usines produisent les biens matériels.

Le seul obstacle à ce que la société fonctionne et satissfasse les besoins des hommes, c’est la dictature du capital et la main mise d’une classe sociale sur la richesse de toute la société. Les opposants de Macron, de Le Pen à Mélenchon, ne remettent pas en cause le pouvoir des capitalistes. Il faut voter pour des listes qui affirme la nécessité pour les travailleurs de postuler à la direction de la société.

C'est pourquoi nous présenteront des listes Lutte ouvrière – faire entendre le camp des travailleurs dans le plus grand nombre de villes possibles. Alors camarades et amis, aidez-nous à constituer ces listes, aidez-nous à faire entendre le camp des travailleurs dans ces élections. Ne laissons pas le monopole de l’opposition à Macron aux démagogues d’extrême droite ou à ceux qui nous disent qu’il suffit de voter pour eux pour que cela change. Ces élections peuvent nous permettre de faire un pas pour construire le parti ouvrier révolutionnaire qui est indispensable pour changer une société qui pourrit sur pied.

Alors, bonne fête à tous mais avant de passer au repas, je vous propose de chanter le chant des travailleurs l'internationale.