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Brève
Sud-Ouest
aux magouilleurs et charcuteurs d'emplois, le gouvernement reconnaissant

Philippe Gautier, patron de Hemeria et de quelques autres sociétés, vient d’être décoré Chevalier de la Légion d’honneur par Philippe Baptiste, Ministre de l'enseignement Supérieur, de la Recherche et de l'Espace. Cela en dit long sur l’entre-soi et la collusion entre le monde politique et la bourgeoisie française, fut-elle de second rang.
Philippe Gautier, avec Jean-Yves Rivière et Jérôme Giraud, ont été, ensemble, patrons de Nexeya, une entreprise spécialisée dans la sous-traitance électronique et informatique qui a compté jusqu’à 700 salariés sur une dizaine de sites dont Toulouse, Angoulême, Bordeaux et Massy... Pour arriver à cette taille, ces patrons dirigeants ont prétendu jouer les capitaines d'industrie. Ils ont en réalité fait comme la plupart des leurs, multiplié les rachats de petites entreprises au travers d’opérations purement financières, en empruntant pour acheter puis en remboursant leurs emprunts sur le chiffre d’affaires de l’entreprise, c’est-à-dire le travail des salariés. Autant dire que cette petite-bourgeoisie millionnaire ne doit sa fortune qu'aux efforts de ses ex-employés.
Ex-employés, car en 2019, ces capitalistes de second rang sont passés du parasitisme au dépeçage en découpant en deux l’entreprise : ils ont gardé pour eux la partie la plus rentable, devenue Hemeria, et ont revendu le reste, près de 600 personnes, à un groupe allemand spécialisé dans la défense, Hensoldt (9500 employés, 2,5 milliards de chiffres d’affaires). Ces experts en combines de tiroir-caisse ont réussi le tour de force de partir avec la caisse, emportant avec eux les contrats les plus juteux et allant jusqu’à organiser la sous-traitance de travaux à l’entreprise qu’ils venaient de céder tout en se réservant l’essentiel de la marge. Depuis, Nexeya, devenue Hensoldt Nexeya France, accumule les déficits, les directions successives ayant aggravé la situation en orientant l’activité vers des marchés en concurrence avec ses propres donneurs d'ordre, Thales, NavalGroup, essayant de jouer à la grenouille qui veut se faire plus grosse que le bœuf.
Pour Philippe Gautier satisfait de lui, tout cela est une « passionnante aventure », une aventure qui consiste à vivre en parasite sur le travail des travailleurs et à jouer au Monopoly avec leurs emplois. La bourgeoisie de second rang fait ses petites affaires, les ministres distribuent les rubans... On n'est pas étonnés.