Fête de Lutte ouvrière 2026 : discours de Jean-Pierre Mercier et Nathalie Arthaud (samedi)28/05/20262026Brochure/static/common/img/contenu-min.jpg2026-05-28

Brochure

Fête de Lutte ouvrière 2026 : discours de Jean-Pierre Mercier et Nathalie Arthaud (samedi)

Au sommaire de la brochure

Sommaire

    Jean-Pierre Mercier : 

    Salut à toutes et à tous camarades ! 

    Salut à tous ceux qui ont monté cette fête depuis plus d’un mois, salut à ceux qui l’animent aujourd'hui, qui font tourner les stands, qui partagent leur passion, leurs connaissances et leurs convictions. 

    Salut aux camarades venus d’autres pays, d’Europe mais aussi des Etats-Unis, d’Haïti, des Antilles, de la Réunion, d’Algérie, de Côte d’Ivoire, de Turquie, de Russie, de Corée du sud… C’est pour nous une joie et une fierté immenses de donner chair à notre internationalisme en accueillant ici des camarades qui défendent les mêmes idées révolutionnaires que nous aux quatre coins de la planète, dans des conditions souvent infiniment plus difficiles que les nôtres, mais avec la même confiance inébranlable que nous dans l’avenir communiste de l’humanité !

    Et salut, bien sûr, à tous les camarades habitués de la fête et à tous ceux qui viennent pour la première fois. 

    Même sans vous connaître, je me permets aussi de vous appeler « camarades ». Car je suis certain, moi qui travaille comme cariste à l’usine Stellantis de Poissy, que mon patron, Antonio Filosa, le PDG de Stellantis qui a touché plus de 6 millions l’année dernière n’est pas là. Pas plus les actionnaires dont il défend les intérêts à coup de suppressions d’emplois et de fermetures d’usine et qui se sont partagés collectivement 12 millions par jour, samedi et dimanche compris. 

    Vous ne croiserez pas non plus les politiciens qui rêvent de nous faire travailler plus, en nous payant moins. Qui essayent de nous diviser en nous montant les uns contre les autres, travailleurs français contre travailleurs d’origine étrangère, contre ceux du public contre ceux du privé. Qui prétendent à longueur de journée que nous, les travailleurs, nous sommes des fainéants et des assistés…

    Enfin si, vous en trouverez au stand chamboule tout… mais pas dans les allées.  

    Ici, nous sommes entre camarades. 

    Entre camarades parce que nous partageons les mêmes galères de fin de mois, parce qu’on prend tous de plein fouet l’explosion du prix de l’essence, parce qu’il faut qu’on calcule au plus juste les dépenses que l’on peut faire alors que les prix repartent à la hausse. 

    Entre camarades qui subissent en ce moment les augmentations de salaire ridicules ou inexistantes ou les primes au rabais que le patron a prévu de distribuer.

    L’autre inquiétude qui nous unit, c’est le chômage qui est reparti à la hausse et que la crise actuelle va forcément aggraver. Comme des centaines de milliers de travailleurs, je suis avec mes camarades d’usine, ceux de Stellantis et tous ceux des équipementiers, menacé de perdre mon gagne-pain.  

    La direction de Stellantis a annoncé, il y a un mois, la fin de la production de voitures sur le site, et même si elle affirme, comme à son habitude, la main sur le cœur, le contraire, nous savons nous, les 2 000 ouvriers de l’usine et les milliers de travailleurs sous-traitants, que cela veut dire la fermeture. 

    Nous n’allons pas nous laisser faire, mais nous savons aussi que pour faire reculer la direction sur son projet de fermeture, comme pour faire reculer Casino, Brandt, Domo, Valeo… il faudra que la classe ouvrière du pays se jette dans le combat.

    Alors, quand je dis « camarades » je pense non seulement au sort commun qui nous est fait, mais aussi aux luttes que nous aurons nécessairement à mener tous ensemble pour nous faire respecter du grand patronat et demain, nous l’espérons, pour le mettre hors d’état de nuire. 

    Le patron nous a fait « camarades d’exploitation », il faut que l’on soit des « camarades de combat ».

    Cette idée irrigue toute notre fête, et vous aurez 1 000 occasions d’en discuter lors des débats et des forums qui vont avoir lieu un peu partout, sur la situation politique et économique, sur la guerre qui vient, mais aussi sur tous les problèmes qui gangrènent cette société capitaliste, du racisme au sexisme, de la crise environnementale à l’explosion des licenciements… 

    Camarades, l’offensive patronale et gouvernementale ne peut que redoubler d’intensité parce que nous sommes entrés dans une nouvelle période de guerres. Nous ne vivons pas au rythme des pluies de drones et des destructions qui plongent aujourd'hui des millions de personnes dans des souffrances infernales en Ukraine ou au Moyen-Orient. 

    Mais ces guerres sont des catastrophes pour nous aussi.   

    Le plus visible, le plus immédiat, c’est bien sûr la flambée du prix des carburants que la guerre des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran a provoquée.   

    L’essence à 2 euros et plus, c’est du racket quotidien ! Et un des racketteurs s’appelle TotalEnergies. Pour ce groupe, c’est le jackpot. Il a réalisé 5,8 milliards de dollars de bénéfices sur les trois premiers mois de 2026, presque 2 milliards par mois !  

    Est-ce que le gouvernement envisage ne serait-ce que de taxer ces profits de guerre pour les redistribuer ? Pas du tout ! 

    Tous les ministres ont défilé pour expliquer qu’il ne fallait pas « stigmatiser ce fleuron de l’économie française » et répété la fable selon laquelle il ne ferait pas de profits en France ! 

    Le Pen a repris ce refrain en disant qu’il ne faut pas faire du « Total bashing » car c'est « un champion national » dont il fallait être fier. 

    Tous ces politiciens sont des vendus à la grande bourgeoisie, aux grands actionnaires, les seuls vrais profiteurs qui existent dans cette société !

    Et le racket ne va pas s’arrêter là. 

    La hausse des cours mondiaux du pétrole est en train de se répandre à toute l’économie. Beaucoup d’entreprises, au nom de la hausse du prix du plastique ou du transport ont déjà augmenté leurs prix. 

    C’est le cas de l’agroalimentaire, mais aussi du bâtiment, de l’informatique. Tous les grands groupes qui peuvent imposer leurs prix à plus petits qu’eux répercutent déjà les hausses sur leurs prix et au passage, ils en profitent pour gonfler un peu leur marge. 

    Et au final, au bout de la chaîne, ce sont nous, les travailleurs, qui payons la note. Nous qui ne pouvons pas répercuter la hausse des prix sur quoi que ce soit, mais seulement mettre chaque mois un peu moins de choses dans le caddie.  

    À ces hausses, vont se conjuguer les vraies pénuries. Le manque d’engrais, on le sait déjà, va accentuer la famine dans certains pays. La hausse des prix du kérosène cloue au sol des milliers d’avions. Déjà dans les aéroports les directions réfléchissent à le faire payer aux travailleurs. Les transports et les industries gourmandes en énergie sont en train de planifier la réduction de leur activité. 

    Combien d’intérimaires vont perdre leur salaire, combien de salariés vont encore se retrouver au chômage partiel, c’est-à-dire avec une paye amputée ? 

    Le gouvernement aidera peut-être le patronat lésé, le grand surtout, mais il ne bougera pas le petit doigt pour les travailleurs. 

    Et puis on va le payer parce que la priorité du gouvernement est précisément de se préparer à une guerre d’envergure. Il y a quinze jours, sans que cela provoque la moindre discussion au Parlement, le gouvernement a fait voter une rallonge de 36 milliards pour l’armée pour les quatre prochaines années. 

    Nous manquons d’argent pour les hôpitaux, pour l’école, pour les transports, mais on va avoir des porte-avions, des avions de chasse, des missiles intelligents. Et au passage, on engraisse Dassault, Thalès, Naval Group ! 

    Plus il y a de morts sur le champ de bataille, plus les marchands d’armes voient la vie en rose ! Leurs actions en bourse augmentent et leurs carnets de commandes se remplissent. Oh, leurs actionnaires n’ont pas hâte que la guerre se finisse. Il faut dire que ces Messieurs de la bourgeoisie, eux, ils ne font pas la guerre, ils la vendent. Et nous, nous la payons rubis sur l’ongle ! 

    Pas encore avec notre peau, je l’ai dit, mais on le paye financièrement. Un seul missile Mica est vendu 600 000 euros par MBDA à l’État, une heure de vol d’un Rafale, c’est 20 000 euros, l’équivalent du salaire annuel d’un ouvrier ou d’un employé payé au Smic. Au total, rien que le surcoût engendré par les opérations militaires dans le Golfe se monte à 200 millions par mois. 

    Et je le redis, nous ne payons pas encore le prix du sang, mais l’état-major s’y prépare et il veut nous y préparer, nous et nos enfants qui sont enjoints de rallier l’armée à grand renfort de propagande et de publicité. 

    Alors n’acceptons pas d’être les victimes de leur système, de leur crise et de leurs guerres !

    Nous ne sommes pas encore en mesure d’empêcher les rivalités capitalistes, les guerres et les crises qu’elles provoquent. Mais le monde du travail peut se battre pied à pied pour que ce ne soit pas lui qui en fasse les frais. 

    Dans l’immédiat, le seul moyen pour protéger notre pouvoir d’achat est de nous battre pour l’augmentation des salaires et leur indexation sur l’inflation réelle parce que nous refusons de nous appauvrir au rythme de l’enrichissement éhonté de Total et de ses semblables.

    Et puis nous devons nous préparer à imposer ce qu’aucun gouvernement ne fera : rendre publics tous les comptes, y compris ceux cachés. Faire la transparence complète sur ses circuits financiers en communiquant toutes les informations auxquelles nous avons accès en tant que comptables, salariés des banques, gestionnaires des achats ou des stocks et en tant qu’ouvriers. 

    La situation exige de s’affronter au grand patronat, aux financiers et aux capitalistes. Elle exige de contester leur pouvoir de diriger toute la société. Et c’est au travers de ces combats que les travailleurs se redécouvriront comme une force politique capable de diriger la société et de soulever des montagnes.

    Je tenais aussi vous redire avec fierté que pour porter cette perspective et pour défendre un programme qui représente les intérêts politiques du camp des travailleurs, nous avons choisi de présenter la candidature de notre camarade Nathalie Arthaud à la prochaine élection présidentielle, elle fera un meeting demain ici même à 15h et un autre lundi. Mais je lui laisse la parole pour conclure cette allocution.

    ****** 

    Nathalie Arthaud : 

    Eh bien, moi aussi, je vous souhaite la bienvenue et je vous appellerai aussi camarades. Ce mot nous l’aimons parce qu’il a accompagné les grands combats de la classe ouvrière, et parce qu’il va de pair avec l’aspiration à l’égalité, la vraie égalité, l’égalité totale, celle que l’on obtiendra en mettant fin à l’exploitation de l’homme par l’homme et en supprimant les classes sociales. 

    Face à l’évolution inégalitaire, réactionnaire et guerrière de la société, face à l’ampleur de la crise climatique, qui peut croire que nous changerons le système petites touches par petites touches ? Ce sont les piliers du capitalisme qu’il faut démolir : la propriété privée des grandes entreprises, le marché, la concurrence. 

    Tant que ces piliers restent debout, il peut y avoir tous les changements de président et de gouvernement possibles, le capitalisme continuera de détruire et les hommes et la planète. Nous devons donc nous battre pour son renversement et son remplacement par une société dirigée collectivement à tous les niveaux, par les travailleurs eux-mêmes, c’est-à-dire par le communisme.  

     

    Il n’y a eu qu’une seule vraie tentative de construire le communisme. Cela s’est passé en Russie, quand, avec la révolution de 1917, des millions de femmes et d’hommes se sont soulevés, se sont emparés du pouvoir et ont collectivisé l’économie. Finalement, une couche de bureaucrates a confisqué le pouvoir aux ouvriers et aux paysans. Et la démocratie ouvrière des années révolutionnaires a laissé la place à une dictature impitoyable. 

    Ces bureaucrates derrière Staline se sont faits passer pour les constructeurs du communisme, quand ils n’en étaient plus que les fossoyeurs, et ils ont disqualifié l’idéal communiste pour de longues décennies.  

    Mais je le redis, il n’y a eu qu’une seule vraie tentative. Et c’est cette unique expérience qui est toujours utilisée comme la preuve que le communisme ne marche pas et ne marchera jamais. Et même que le communisme est synonyme de dictature !

    Mais prenez le capitalisme. À combien de dictatures a-t-il donné naissance ? Et combien de tentatives a-t-il eues pour démontrer sa supériorité ? 

    Il a eu deux siècles pour se développer, il s’est étendu sur toute la planète et a eu accès à toutes les richesses possibles. Il a eu mille fois l’occasion de régler les problèmes de l’humanité, ne serait-ce que permettre à tous les êtres humains de manger à leur faim et ne plus avoir peur du lendemain. Il en a été incapable. Partout il a échoué. 

    Même dans les pays qui se veulent les vitrines du capitalisme, la richesse côtoie la plus grande pauvreté et cette richesse engendre bien souvent la misère intellectuelle et morale, l’indifférence aux autres, le narcissisme, la xénophobie. 

    Les anti-communistes primaires aiment parler des morts du stalinisme qu’ils assimilent faussement au communisme. Mais partout le capitalisme se repait sur une montagne de cadavres. Les chefs d’État, à commencer par Trump, le chef suprême de l’impérialisme suivent l’évolution des cours des actions à Wall Street, c’est sûr, mais ils se moquent pas mal du nombre de morts en Palestine, au Liban. Et qui compte les morts au Congo, au Soudan ou au Mali ?

    Aujourd'hui, nous sommes peu nombreux à nous revendiquer ouvertement des idées communistes révolutionnaires. Mais même peu nombreux, je peux vous dire qu’à Lutte ouvrière ce drapeau fait notre fierté. 

    Car nous sommes de ceux qui voient dans l’humanité autre chose que ce qu’en montre l’actualité. Nous savons que les idées de partage et de mise en commun sont toujours dans le cœur des exploités et des opprimés. L’humanité ne se réduit pas aux comportements cyniques des exploiteurs, à la haine des autres, à la violence ou aux massacres qui se multiplient.

    Nous sommes des géants en matière de sciences et de technologie, mais encore des nains en matière d’organisation sociale et de rapports humains et c’est à cause du capitalisme. 

    Les rapports de domination et les inégalités qu’ils engendrent rapetissent et amputent l’humanité de ce qu’elle porte de meilleur. Ce sont autant de chaînes qui empêchent l’homme d’évoluer. Ces chaînes, il faut les briser ! 

    Alors vive la révolution, vive le communisme, et bien sûr, nous vous souhaitons une très bonne fête, le soleil est au rendez-vous, profitons-en ensemble !

     

     

    Partager