Brochure
Fête de Lutte ouvrière 2026 : discours de Nathalie Arthaud (lundi)
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Sommaire
Travailleuses, travailleurs, chers amis, chers camarades,
C’est dans l’enfer de la guerre, dans le fracas des bombes et la sordide comptabilité des morts que le capitalisme montre son vrai visage.
Il le montre dans les combats meurtriers pour conquérir le moindre mètre carré en Ukraine.
Il le montre dans la destruction méthodique de Gaza, dans le supplice des Palestiniens, les villages libanais dynamités et rayés de la carte, dans les guerres sans fin qui ravagent l’Afrique.
Il le montre dans les souffrances infinies des familles qui perdent leurs maisons, leurs terres, leurs proches.
Et quelle ingéniosité met-il à détruire ponts, routes, infrastructures énergétiques, immeubles, hôpitaux, universités ! Oui, le capitalisme est très fort pour prospérer en détruisant ce que l’on a mis des décennies à bâtir, très fort pour engendrer de nouveaux milliardaires en semant la mort et la dévastation !
La société bourgeoise a beaucoup fait pour cacher sa férocité et sa violence derrière le droit et les institutions internationales. Qui cela peut-il encore tromper ?
De quel droit Israël et les États-Unis ont-ils bombardé l’Iran ? Parce que le régime iranien voudrait se doter de l’arme nucléaire ? Mais Israël ne la possède-t-il pas ? Et faut-il rappeler que la seule et unique puissance qui s’est montrée assez irresponsable pour se servir de l’arme nucléaire, ce sont les États-Unis qui, en bombardant Hiroshima et Nagasaki en août 1945, ont tué 200 000 hommes, femmes et enfants en quelques secondes !
Et il est où le droit pour les Palestiniens ? Des dizaines de résolutions du droit international ont été bafouées par Israël au nom d’une menace existentielle. Mais si un peuple est menacé dans son existence, depuis plus de 80 ans, c’est le peuple palestinien qui est colonisé, massacré, enfermé dans des camps ou chassé toujours plus loin de chez lui.
Aujourd'hui, on n’entend plus beaucoup parler du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Avec ce qu’en fait Trump au Groenland, au Venezuela, à Cuba, au Mexique cela devient quand même difficile. Et même des hypocrites comme Macron ne s’y risquent plus.
Mais ils l’ont fait quand Poutine a envahi l’Ukraine pour en garder le contrôle contre la mainmise occidentale grandissante. Ils se sont présentés et ont présenté les États-Unis comme les sauveurs des Ukrainiens. Pour finir, Trump a mis le couteau sous la gorge de Zelensky et lui a arraché un contrat d’exploitation exclusif des terres rares.
Les États-Unis et la Russie, les deux maîtres qui se disputaient l’Ukraine et ont jeté la population russe et ukrainienne dans une guerre fratricide, sont maintenant d’accord pour se partager le pays. Et si les pays européens continuent à vendre leurs services à Zelensky, c’est surtout pour avoir accès à la table des négociations et y défendre les intérêts de leurs capitalistes respectifs.
Dans toutes les guerres en cours, il n’y a ni ordre, ni droit, ni justice à chercher. Elles expriment une loi fondamentale de la société capitaliste : la loi du plus fort, la loi du plus riche, la loi du plus puissant, la loi de la jungle.
Et celle-ci règne à l’état pur dans les rues de Port-au-Prince en Haïti où les gangs meurtriers ont pris le pouvoir. Elle règne dans les camps infâmes où s’entassent un peu partout dans le monde des millions de réfugiés soumis à la faim, aux maladies et à l’arbitraire. Elle règne au Kivu où des milliers de forçats risquent leur vie dans les mines de coltan pour approvisionner les trusts occidentaux.
Dans cette jungle et dans toutes ces guerres, certains veulent encore faire croire à un semblant de règles. Ils se sont donc mis à recenser ce qu’ils appellent les « crimes de guerre ». Mais c’est le capitalisme tout entier qui est un crime. Un crime contre les pauvres soumis à l’exploitation la plus cruelle, un crime contre les peuples opprimés, un crime contre la planète et l’humanité toute entière !
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Des experts calculent le temps nécessaire à la reconstruction de ce qui a été détruit. Il faudra des années pour reconstruire le plus grand complexe gazier du monde détruit au Qatar. Au moins 10 ans et 500 milliards d’euros pour reconstruire ce qui a été détruit en Ukraine…
Mais combien d’années faudra-t-il pour combler le vide provoqué par cette génération de jeunes morts en Ukraine et en Russie ?
Combien de décennies pour combler le vide laissé par les milliers d’enfants qui ne grandiront jamais en Palestine, au Liban, au Soudan, en République démocratique du Congo ?
Combien de maîtres d’école, de médecins et de scientifiques qui ne seront jamais formés ? Combien de Manu Dibango, d’Aya Nakamura, d’Oum Kalthoum et de Fairouz qui ne chanteront jamais ? Combien d’Amin Maalouf et de Mahmoud Darwich qui n’écriront pas ?
C’est de la folie, un gâchis humain monstrueux, des pertes irrémédiables pour notre humanité commune !
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Une nouvelle ère : l’ère de la 3ème guerre mondiale
Les dirigeants du monde n’ont pas été subitement pris de folie. Ce n’est pas le retour de Trump au pouvoir ni la nostalgie de l’empire tsariste de Poutine qui nous ont fait basculer dans la guerre. Ce sont les lois du capitalisme. Les mêmes lois qui ont poussé à la colonisation et ont fait naître l’impérialisme.
Car l’économie capitaliste s’est très vite heurtée au cadre étroit des marchés nationaux.
La révolution industrielle a eu besoin du coton des Amériques, du caoutchouc du Brésil, du sucre des Caraïbes. Pour les avoir, les bourgeois ont déporté en esclavage des dizaines de millions de femmes et d’hommes. Elle a eu besoin de débouchés, aussi, partout dans le monde, jusqu’en Chine où les marchés ont été ouverts à coups de canon et à grand renfort d’opium.
Le capitalisme a toujours eu besoin d’espace, de ressources et de marchés.
Un des grands avantages des premiers bourgeois américains, c’est d’avoir pu déployer l’industrie et la finance sur un territoire de la taille d’un continent. C’est ainsi que les États-Unis, tard venus dans la course capitaliste, ont dépassé les puissances coloniales qu’étaient la Grande-Bretagne et la France.
Le capitalisme ne peut pas vivre sans exporter ses produits et ses capitaux, et dans un monde limité, avec des concurrents de plus en plus nombreux et puissants, tout se transforme en champ de bataille : la terre, les mers et les océans, l’espace, le numérique, l’IA maintenant. Cela ne peut que conduire à la guerre généralisée.
Hitler parlait de l’« espace vital » dont l’Allemagne avait besoin, exprimant de cette manière la volonté de la bourgeoisie allemande de conquérir un empire aux dépens de ses concurrents. Aujourd'hui, cela ne se dit plus, et Trump et ses sbires parlent plus hypocritement d’un périmètre de sécurité. Ils parlent de la Grande Amérique du Nord qui irait de l’Alaska et du Groenland jusqu’à l’Amazonie et la cordillère des Andes. En englobant bien sûr, les Caraïbes, Cuba et le Golfe du Mexique déjà rebaptisé golfe d’Amérique.
Mais Trump n’a pas attaqué l’Iran pour défendre son périmètre de sécurité. Et ce n’est pas pour une question de sécurité que la marine américaine patrouille dans la mer de Chine et que les États-Unis déploient 200 000 soldats sur 800 bases militaires réparties dans 177 pays.
L’enjeu pour les États-Unis qui font preuve de toujours plus d’agressivité, c’est de rester les maîtres du monde. Face à la crise et à la croissance économique chinoise, la grande bourgeoisie américaine veut consolider à tout prix son leadership.
Les alliés occidentaux des États-Unis, dont la France, se permettent quelques critiques sur la stratégie américaine en Iran et se font passer pour « non-belligérants ». Mais ils continuent de soutenir les États-Unis et contrairement aux discours officiels, la France participe bien aux opérations militaires contre l’Iran. Et elle le fait parce qu’elle a, elle aussi, des intérêts impérialistes à défendre dans cette région qu’elle a en partie colonisée.
Les trois soldats français morts au Liban et en Irak ont été sacrifiés pour les intérêts de Total, de Dassault et de Saadé, la grande famille actionnaire de la compagnie maritime CMA-CGM. Et si le gouvernement parvient à enrôler la population dans une guerre plus vaste, ce sera pour les intérêts de ces mêmes dynasties capitalistes.
À bas le nationalisme et le militarisme ! Comme le disait Karl Liebknecht pour dénoncer l’union sacrée des partis ouvriers et des syndicats allemands avec la bourgeoisie lors de la première guerre mondiale : « l’ennemi principal est dans notre propre pays ».
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Les pays riches, à commencer par les États-Unis, pourraient utiliser leurs moyens techniques ultramodernes et leurs connaissances pour élever la condition des peuples qui contribuent aussi à leur prospérité. Ils pourraient éradiquer la malnutrition, le sida ou le paludisme. Ils pourraient travailler sur un vaccin contre le virus Ebola qui a peut-être fait plus de 200 morts au Congo et risque de se transformer en crise sanitaire.
Ils pourraient construire des routes et des dispensaires et offrir la possibilité aux pays les plus pauvres de se développer. Ils pourraient lutter contre le réchauffement climatique et réaliser bien d’autres choses encore.
Mais ils utilisent leur puissance pour asservir et exploiter les travailleurs et les peuples, les privant souvent du minimum, leur enlevant jusqu’à leur dignité.
Et ils nous font rentrer dans une nouvelle ère, l’ère de la troisième guerre mondiale, où les dépenses mondiales en armement se chiffrent à 3000 milliards de dollars par an, où les ingénieurs planchent sur des robots tueurs, où les trusts pétroliers et financiers annoncent leurs super profits et sablent le champagne sur des montagnes de cadavres !
Alors s’il faut dénoncer des fanatiques et des tyrans, commençons par dénoncer les fanatiques du profit, de l’accumulation insensée et du pouvoir qui sont chez nous, dans les citadelles capitalistes. Ils sont propres sur eux, ils ont étudié dans des institutions privées prestigieuses, mais ce sont les premiers fauteurs de guerre, les plus grands voleurs et les plus grands criminels !
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La perspective des travailleurs ? Le camp des travailleurs.
Dans toutes ces guerres, où est notre place à nous travailleurs de France, d’Amérique, de Russie, d’Ukraine, d’Afrique, d’Asie ou du Moyen-Orient ? Sous les bombes et dans les tranchées ? Face à face ? Les uns contre les autres ?
Déjà, aujourd'hui des travailleurs ukrainiens se battent contre des travailleurs russes. Des jeunes et des travailleurs israéliens sont dressés pour tuer sans état d’âme des jeunes et des travailleurs palestiniens, libanais ou iraniens. Vous avez vu comment ils ont traité les militants de la Flotille pour Gaza. Et tout est fait pour préparer des ouvriers américains, français ou allemands à s’entretuer avec des ouvriers chinois…
Oui, la place qui nous est assignée, c’est de servir de chair à canon à la classe bourgeoise après avoir été de la chair à exploiter !
Mais qu’avons-nous à gagner, nous, travailleurs, à nous entretuer ou à voir nos enfants se battre pour le contrôle d’un détroit, d’un oléoduc ou d’un marché stratégique ?
De la part des principaux belligérants, ces guerres sont des guerres d’esclavagistes pour le maintien et le renforcement de l’esclavage salarié. Alors ces guerres ne sont pas les nôtres. La seule guerre qu’il nous faut mener est celle des travailleurs et des exploités contre la classe capitaliste. C’est la seule guerre qui mettra hors d’état de nuire la bande d’exploiteurs et de va-t’en guerre qui dirigent le monde !
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En attaquant l’Iran, Trump et Netanyahou ont présumé de leurs forces et de la faiblesse de leur adversaire.
Avec les moyens militaires d’une puissance pauvre et parce qu’il a touché à l’approvisionnement de la planète en pétrole, le régime iranien a résisté et tenu bon. Aujourd’hui, il est en situation d’imposer ses conditions, et si un accord de paix semble désormais possible, c’est que les États-Unis ont accepté de se soumettre… à certaines conditions iraniennes.
L’Iran n’a pas lâché sur le nucléaire et il va peut-être imposer une forme de péage sur le détroit d’Ormuz. Pour Trump, c’est un revers cuisant qu’il va cacher derrière ses fameuses fanfaronnades !
Mais les États-Unis vérifient une nouvelle fois, après leur échec au Vietnam il y a cinquante ans, en Afghanistan plus récemment, qu’ils peuvent bombarder et semer la dévastation des mois et des années durant, cela ne leur donne pas les moyens de conquérir un pays et de briser un régime.
Même si les Gardiens de la révolution sont honnis par une partie de la population qu’ils répriment férocement, ils sont à la tête d’un immense pays qui compte 90 millions d’habitants, qui dispose de ressources, d’une industrie, d’une culture, de traditions, y compris de traditions anti-impérialistes qui leur servent de carburant depuis son origine.
Le revers des États-Unis en Iran réjouit bien des travailleurs ici, qui se sentent vengés. Et on les comprend car le génocide à Gaza et le sentiment de toute puissance étalée encore par Israël en Cisjordanie et au Liban sont profondément révoltants.
Mais les revers de l’impérialisme ne représenteront de véritable victoire pour les opprimés et les travailleurs que lorsqu’ils seront infligés par les travailleurs eux-mêmes, par leur propre organisation et derrière leurs propres objectifs.
Le régime iranien parle de victoire. Certes, les Gardiens de la révolution ont sauvé leur pouvoir, et ils continueront de prospérer, mais du point de vue des travailleurs iraniens et les plus pauvres, comment parler de victoire ?
Les destructions et l’asphyxie de l’économie renvoient le pays des années en arrière et cela ne peut que signifier de nouvelles privations et un durcissement du régime déjà en cours puisqu’il y a, aujourd'hui, des exécutions quotidiennes d’opposants. Ce qui serait une victoire, c’est qu’à l’issue de cette guerre, le peuple iranien, qui a contesté le régime par millions dans la rue il y a moins de cinq mois, reparte à l’assaut pour faire tomber ce régime bourgeois dictatorial.
Tous les travailleurs doivent s’unir dans la haine et le rejet de l’impérialisme et de son ordre barbare. Mais les travailleurs n’ont rien à attendre de la Russie, du régime iranien ou chinois : ils sont peut-être les ennemis de nos ennemis, mais cela n’en fait pas des amis.
Ni Poutine, ni Xi Jinping, ni les Gardiens de la révolution ne sont les amis des travailleurs, et ils ne sont même pas anti-impérialistes. Ils sont rivaux des États-Unis, mais ils ne visent pas du tout le renversement de l’ordre impérialiste, ils ne visent pas la fin de la domination des pays pauvres par les pays riches, ils veulent se faire une place dans cet ordre capitaliste mondial et, si possible, devenir calife à la place du calife.
Bourgeois américains, européens, russes, chinois, émirs du Golfe et pasdarans hauts placés du régime iranien sont en rivalité, mais ils appartiennent à la même classe bourgeoise internationale.
Tout ce monde-là se connaît d’ailleurs très bien. Il fréquente les mêmes grands hôtels dans les Émirats ou à New York. Les enfants des oligarques russes ou des Gardiens de la révolution côtoient les filles et les fils des milliardaires américains sur les bancs des universités américaines. Ils font leur apprentissage dans les mêmes institutions financières, se croisent dans les couloirs des grandes conférences mondiales. Ils font des affaires ensemble, ils mêlent leurs capitaux dans des fonds d’investissement et nous exploitent en commun.
Et, nul doute que si, dans tel ou tel pays, la classe ouvrière se levait et se faisait réellement menaçante pour l’ordre bourgeois, tout ce beau monde se serrerait les coudes, comme ils l’ont fait au lendemain de la première guerre mondiale pour briser la révolution des ouvriers et des paysans en Russie. Et comme ils l’ont fait plus récemment, du Kazakhstan à Téhéran, de Tunis au Caire, quand les exploités ou la jeunesse se sont révoltés
Nul doute aussi que si la classe ouvrière se levait dans tel ou tel pays, elle trouverait un écho dans d’autres pays voisins et même plus lointains. Car plonger l’humanité dans la barbarie, transformer des pays entiers en champs de ruine ne peut que provoquer la colère et la révolte.
La révolution internationale est la seule perspective pour en finir avec les guerres ! Dans toutes ces guerres, les travailleurs n’ont jamais à se ranger derrière leur État bourgeois. Ils doivent conserver leur indépendance politique et viser à renforcer leur propre camp, le camp des travailleurs du monde entier. Parce que c’est entre les riches et les pauvres, entre les exploités et les exploiteurs que passent les véritables frontières.
Partout les travailleurs ont à remplacer le drapeau national par le drapeau de la lutte des classes ! Il n’y aura pas de paix durable sans que nous, travailleurs de tous les pays, nous tendions la main par-dessus les frontières que nous n’avons pas choisies pour renverser ensemble la classe capitaliste qui règne sur la planète entière !
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Recréer une internationale
Le camp des travailleurs existe objectivement et à l’échelle de la planète car c’est à cette échelle-là qu’existent les chaînes de production capitalistes. Nous sommes donc des milliards. Nous avons la force du nombre et surtout la force de notre utilité sociale parce que nous faisons tourner la société, parce que nous produisons les richesses, nous produisons leurs capitaux.
Ce qui nous manque c’est la conscience d’appartenir à un seul et même camp de combattants à l’échelle internationale.
Cette conscience est sans cesse effacée par le nationalisme, le militarisme et la xénophobie omniprésents dans cette période de guerre. Mais c’est cette conscience qu’il faut faire vivre contre toutes les divisions créées par la classe capitaliste et ses dirigeants politiques.
Mais, en même temps que ces dirigeants s’emploient à faire naître et alimentent des haines nationalistes, raciales ou religieuses, ils nous unissent dans un sort commun. Car nous payons tous d’une façon ou d’un autre leurs crises et leurs guerres.
Je le redis, la classe ouvrière doit reprendre conscience de son existence, de sa puissance et de ses intérêts propres à l’intérieur de chaque pays et à l’échelle internationale. Elle doit reprendre conscience qu’elle constitue un camp à part entière et qu’avec une politique claire, elle a la capacité de tout changer.
Elle doit reprendre conscience que tout dépend d’elle, toutes les productions de richesses, l’accumulation du capital et même les guerres. Car sans travailleurs, sans ouvriers qui fabriquent les munitions, sans les techniciens et les ingénieurs capables de mettre au point les drones, sans les chauffeurs pour les transporter et les soldats puisés dans les classes populaires pour les manier au front, il ne peut pas y avoir de guerre.
L’avenir de l’humanité dépend de la capacité des travailleurs à se mettre au travers des décisions de la bourgeoisie et de ses États.
Pour les y aider, il faut construire partout des partis révolutionnaires dignes de ce nom et les regrouper dans une internationale.
Les travailleurs ont déjà su organiser trois internationales. La première et la deuxième internationale ont répandu parmi les travailleurs la conscience de faire partie d’une seule et même classe ouvrière, de vivre et de combattre pour une même cause.
La troisième internationale, fondée après la révolution russe et en plein milieu d’une vague révolutionnaire, se considérait comme le parti mondial de la révolution communiste jusqu’à ce que la bureaucratie stalinienne la liquide, d’abord politiquement puis en la dissolvant purement et simplement.
Un des pires dégâts du stalinisme est d’avoir inventé la notion du « socialisme dans un seul pays » et d’avoir enchaîné les partis communistes des différents pays et, derrière eux, les millions de travailleurs qui leur faisaient confiance, derrière le nationalisme, c’est-à-dire derrière leur bourgeoisie nationale.
Alors, il faut tout reconstruire. Reconstruire des partis ouvriers dignes de ce nom, en partant de nos entreprises, de nos quartiers des réseaux et reconstruire une internationale.
Cette volonté, nous la partageons avec les camarades venus d’autres pays et qui forment avec nous l’Union communiste internationaliste. J’en profite pour saluer tous les camarades venus de l’étranger. Ils sont parfois venus de loin, des États-Unis, d’Haïti, de Côte d’Ivoire, des Antilles, de Turquie, de Russie, de Corée, et de moins loin, d’Algérie, d’Allemagne, d’Autriche, de Grande-Bretagne, de Belgique, d’Espagne, d’Italie.
Nous savons tous combien la tâche est ambitieuse et combien nous en sommes encore loin. Mais surtout, camarades et amis, je veux terminer en disant que même si toute l’évolution réactionnaire, nationaliste et guerrière nous est contraire et nous condamne peut-être pour toute une période à rester très minoritaires, les choses peuvent aussi changer très vite.
Parce qu’en même temps que nous nous enfonçons dans les crises et dans les guerres, nous nous rapprochons de nouvelles révoltes et de possibles révolutions car la lutte de classe va être de plus en plus dure. Plus dure dans les pays riches, plus dure dans les pays pauvres.
Des millions de femmes et d’hommes comprennent dans leur chair que la domination du capitalisme est incompatible non seulement avec les intérêts des exploités, mais aussi pour la survie de la planète et de l’humanité.
Toutes les crises et les bouleversements actuels changent les consciences, ils politisent ceux qui ne se croyaient pas concernés par les décisions prises dans les palais présidentiels et les salles d’état-major et ils conduiront nécessairement à ce que de plus en plus de travailleurs contestent l’ordre social et tous ses suppôts.
Alors, camarades, arrivera un moment où nous n’aurons plus les yeux rivés sur les déclarations de Trump, mais où nous les aurons sur des travailleurs en révolte. Peut-être les travailleurs américains, les mêmes que l’on a vu résister si courageusement à la police anti-immigration à Minneapolis, ou les ouvriers de l’automobile de Détroit.
Peut-être les travailleurs russes et Ukrainiens qui ont déjà fait la démonstration de leurs capacités révolutionnaires justement en pleine première guerre mondiale. Peut-être les ouvriers chinois dont la révolte serait un séisme pour le capitalisme à l’échelle mondiale.
Mais le problème n’est pas de faire des pronostics sur qui donnera le signal de la révolte générale. Le plus important est que lorsque les masses se lanceront dans le combat, il y ait des partis pour aider les travailleurs à en prendre la tête car ils sont les seuls à pouvoir s’attaquer réellement au pouvoir des capitalistes, c’est-à-dire à la propriété des multinationales, et s’en emparer pour en faire des biens collectifs au service de tous.
Et puis, il faut une internationale pour étendre les mobilisations, les révoltes et la révolution aux pays voisins. Car déclarer la guerre à la bourgeoisie dans un pays, c’est déclarer la guerre à la bourgeoisie du monde entier, et, pour vaincre, il faut l’action révolutionnaire de tous les travailleurs.
Et alors, il sera possible de construire un monde débarrassé de l’exploitation, des guerres, il sera possible de construire une économie supérieure au capitalisme, une économie rationnelle et planifiée à l’échelle internationale, débarrassée de toutes les frontières imbéciles qui nous séparent.
Je vous souhaite à toutes et à tous une bonne fin de fête. Gardez longtemps l’énergie et l’enthousiasme que nous avons partagés ! Nous en aurons tous besoin pour mener les combats petits et grands de notre classe.