Meeting du 14 février 2026 : discours de Marielle Saulnier17/02/20262026Brochure/static/common/img/contenu-min.jpg

Brochure

Meeting du 14 février 2026 : discours de Marielle Saulnier

Au sommaire de la brochure

Sommaire

    Je ne vais pas vous parler des ghettos pour riches du XVIe arrondissement, ni des boutiques de luxe des Champs-Élysées, ni du Paris touristique, mais du Paris des travailleurs.

     

    L’hôpital où je travaille, la Pitié-Salpêtrière, est une vraie petite ville dans la ville. Nous sommes près de 10 000 salariés.

    Nous nous complétons tous pour en assurer le bon fonctionnement que l’on soit plombier, aide-soignante, secrétaire, infirmier, logisticienne, cuisinier, médecin, brancardier, kiné, peintre, diététicienne, informaticien, agent hospitalier, électricien, manipulatrice en radiologie, agent d’accueil, coursier, assistante sociale, préparatrice en pharmacie, jardinier... la liste est encore longue.

    Mais aussi que l’on soit travailleur du privé des boîtes de sous-traitance qui assurent le nettoyage, le gardiennage, la maintenance et les travaux en tout genre, sans compter la myriade de chauffeurs de taxis et d’ambulanciers qui passent tous les jours.

    Nous venons de toute l’Ile de France et parfois de province.

    Nous avons grandi à Marseille, Grenoble, Lilles, Rennes ou Toulouse mais aussi à Alger, Bamako, Kinshasa, Beyrouth, Lisbonne, Rabat, Séoul, Ankara ou Rio de Janeiro.

    Nous avons l’immense avantage de nous retrouver tous au même endroit. Cela crée forcément des liens.

     

    J’en profite pour lancer un message à Rachida Dati. Vous savez, Rachida Dati s’est fait filmer à l’arrière d’un camion poubelle. Cela a beaucoup fait rire mes collègues qui se sont demandé si elle avait troqué ses souliers vernis contre des chaussures de sécurité. Mais si l’idée lui venait de venir dans les services avec une blouse blanche et 12 patients ou plus à gérer : c’est sûr qu’on lui ferait ravaler tous ses discours méprisants sur les fonctionnaires !

     

    Comme à l’échelle de la société, le décalage entre les possibilités techniques et les moyens pour les mettre au service de tous est révoltant.

     

    A l’hôpital, il y a une technologie et une médecine de pointe avec des médicaments innovants, des robots d’aide à la chirurgie mais il y a en même temps un manque chronique de moyens.

    Tous les jours nous courons après un appareil à mesurer la glycémie d’un patient diabétique, d’un tensiomètre qui fonctionne, d’un ordinateur qui ne rame pas trop, de couvertures supplémentaires, d’un oreiller pour mieux installer un patient.

    Mais nous sommes surtout épuisés par la charge de travail, les diminutions des effectifs au quotidien, les plannings qui changent tout le temps, les demandes de faire des nuits ou des week-end en plus parce qu’il n’y a personne.

    Des cadres passent des journées à traquer celui ou celle qui acceptera de guerre lasse de rester quelques heures de plus pour assurer la continuité avec l’équipe de relève.

    Nous sommes à Paris, dans le plus grand hôpital de France et la direction fait «tourner la boutique» avec les mêmes objectifs que n’importe quel patron : du rendement pour ici, non pas faire plus de profits, mais tout simplement plus d’économies.

     

    Alors soyons sûrs que nous n’avons rien à attendre d’un directeur d’hôpital, d’une ministre de la Santé, d’une maire de Paris tout comme d’un président de la République.

    Nous ne pourrons compter que sur nous-même et notre capacité à nous regrouper tous ensemble, à dépasser ce qui semble nous diviser, à comprendre que nous avons les mêmes intérêts à défendre..

     

    Certains d’entre nous se souviennent que pendant le Covid, il a bien fallu inventer de nouvelles manières de faire, alors même que nous manquions de tout, masques et tenues de protection en premier.

    C’est cela à tous les niveaux.

    Nous savons tous dans nos secteurs et nos métiers ce dont nous avons besoin pour travailler dans de bonnes conditions, combien de matériel, quels locaux, combien de personnel.

    Alors nous serions les mieux placés pour gérer, et surtout pour décider !

     

    Je voudrais dire un mot des urgences.

    Tant qu’il n’y aura pas plus de médecins et de soignants formés, il en manquera en ville et les urgences continueront à être débordées.

    Elles le sont aussi du fait du manque de personnel et du manque de lits dans les hôpitaux, ce qui ne permet pas le transfert des patients qui le nécessitent. Les patients s’entassent sur des brancards dans les couloirs des heures durant, les tensions sont exacerbées, c'est une surcharge de travail infernale.

    C'est tout cela que dénoncent nos collègues des urgences de Lyon en grève, une mobilisation qui mériterait de se propager chez tous les hospitaliers.

     

    Alors le temps où les personnes à la rue trouvaient refuge aux urgences pour souffler pendant une nuit est révolu.

    De même pendant longtemps, dans l’hôpital où je travaille, les collègues de la cuisine centrale organisaient pour les sans-abris une petite distribution de ce qui restait des repas à l’arrière des cuisines.

    La direction y a mis un terme car « cela ne faisait pas joli dans le paysage ». C’est la même politique que de virer les tentes des sans-abris pour les JO.

    Et c’est une politique qui nous révolte.

     

     

    La gauche, qui se vante de son bilan après 24 années à la tête de la ville prétend qu’il fait bon vivre à Paris car il y a plus de pistes cyclables  et de parcs.

    Mais « Bon vivre », pour qui ?

    Pour les sans domicile fixe dans les bidonvilles aux portes de la capitale ou partout là où ils peuvent et ne sont pas chassés ?

    Pour les travailleurs qui mettent 2 heures à venir parce qu’ils doivent se loger en grande banlieue ?

    Pour ceux qui vivent dans des logements insalubres ?

     

    Car la ville a besoin de travailleurs pour la faire tourner, mais il est bien difficile de s’y loger !

    Mes collègues habitent de plus en plus loin, en Seine et Marne quand ce n’est pas carrément en province, par exemple à Orléans parce que les trains arrivent à la gare d’Austerlitz toute proche de l’hôpital.

     

    A Paris, les prix des loyers ont augmenté de 40 % en moyenne en 20 ans !

    Le moindre logement étudiant est à 700 euros par mois, un 9 m² sous les toits avec les W.C. sur le palier se loue à 500 euros... à prix d’ami.

    Une jeune infirmière de mon hôpital, sortant du diplôme, a fini dans une chambre d’un foyer-logement pour femmes ; ce n’est pas tout à fait ce dont elle avait rêvé.

     

    Le site de Loc’annonces qui propose les logements sociaux de la Ville de Paris et de ses partenaires disposait jeudi de la semaine dernière de 14 logements allant d’un studio « spécial jeune » de 23 m² à 651 euros par mois à un 7 pièces de 138 m² à 2397 euros par mois.

    C’est dire à quel point il n’y a rien.

     

    Car la raison de fond, c’est que les capitalistes construisent plus d’immeubles de luxe et aussi de bureaux qui restent souvent vides que de logements pour les classes populaires, tout cela avec la complicité de l’État et des gouvernements.

     

    Et quand on trouve à se loger à Paris, c’est dans quelles conditions ?

    A côté des quartiers huppés des 7ème, 8ème ou 16ème arrondissements, il y a des nids de pauvreté comme Falguière et les Périchaux dans le 15ème, la Goutte d’or et porte de la Chapelle dans le 18ème, Cité rouge et Riquet dans le 19ème et même Chevalerêt dans le 13ème aux portes de l'hôpital, et bien d’autres encore.

    Ce sont des quartiers populaires où le chômage et la précarité ont explosé ces dernières années.

    Le nombre de gens qui dorment sur le canapé d'une connaissance ou, pire, se retrouvent à la rue augmente. Les salariés du 115 ont même fait grève récemment contre les politiques d’austérité.

    Personne, aucun travailleur, qu'il soit d'ici ou d'ailleurs, ne devrait s'inquiéter de savoir où dormir à l'abri.

     

    Voilà le Paris du monde du travail.

     

    Et de l’autre, il y a les villas et les hôtels particuliers où vivent - ou passent de temps en temps - les Sarkozy, mais aussi les Bernard Arnault, Xavier Niel et consorts.

    On y trouve aussi, avenue Foch, un des appartements de Epstein, ce larbin des riches qui a fait fortune dans la gestion de leurs milliards, c'est-à-dire en les conseillant sur les meilleurs placements, pour spéculer ou pour payer moins d'impots...

    Un petit monde qui ne s'embarrasse pas des comportements crasseux, où tout est marchandise et où, comme le dicton l'affirme, "l'argent n'a pas d'odeur".

     

    Ces quartiers riches débordent de magasins de luxe.

    Dans les quartiers de La Défense ou Opéra, il y a les sièges de très grandes entreprises, qui brassent des milliards.

     

    Alors qu’on ne dise pas qu’il n’y aurait pas d’argent pour construire des logements d’urgence, embaucher dans les écoles, les hôpitaux, et partout où il y en a besoin, et pour augmenter les salaires !

     

    Mais comme partout, la solution viendra d’en bas pour que toutes ces richesses, produites par le travail de tous, servent à la collectivité.

     

    Nous sommes des centaines de milliers, peut-être des millions de travailleurs, de toute origine, de tous âges, à faire tourner la ville, ses bureaux, ses hôpitaux, ses écoles, son nettoyage…

    Rien que La Défense, c’est 150 000 salariés.

    Et il n’y a pas que les grandes entreprises, il y a la myriade de commerces de proximité, de cafés, de restaurants avec leurs employés payés au lance-pierre, plus ou moins déclarés et plus ou moins sans-papiers.

    Des millions à aspirer à autre chose que ces inégalités et cette déshumanisation.

    Comme vous le savez, Paris a été le théâtre de la Révolution française, de la Commune de 1871, de mai 68… Et bien des révoltes, il y en aura d’autres !

     

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