Brochure
Meeting du 14 février 2026 : discours de Nathalie Arthaud
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Sommaire
Travailleuses, travailleurs, chers amis, chers camarades,
Que l’on habite à Paris, Chelles, Melun, Trappes, Draveil, Bobigny ou Cergy… nous n’avons qu’un seul programme : défendre auprès des travailleurs une politique pour renverser le capitalisme, parce que même en repeignant nos villes en rose ou en vert, ce n’est pas dans cette société-là que nous voulons vivre !
Le monde du travail est méprisé et rabaissé pour que les plus riches, les actionnaires qui ne font rien de leurs dix doigts, prospèrent comme jamais. La société est de plus en plus inégalitaire, réactionnaire, nationaliste et guerrière.
Notre sort et celui de nos enfants est suspendu aux affrontements capitalistes qui s’intensifient et mènent à de plus en plus de tensions de massacres et de guerres. Il faut que cela change, et il faut une politique pour cela !
Nos villes connaîtront peut-être demain le sort de Kiev ou de Gaza. Les lycées servent déjà de bases de recrutement pour l’armée. France travail, anciennement pôle emploi, a dédié tout un service appelé Force spéciale de défense, dirigé par un général, pour aiguiller les chômeurs vers l’industrie de l’armement. Des usines automobiles prévoient de fabriquer des drones kamikazes.
Beaucoup autour de nous préfèrent ne pas y penser. Et dans ces municipales, ils raisonnent de façon locale, en se disant qu’il faut au moins essayer qu’à l’échelle de la ville, cela ne se passe pas trop mal.
Mais tout est lié. On ne peut pas se recroqueviller sur sa ville, sur l’action locale ou individuelle. Nous reculons précisément parce que nous ne nous battons plus sur l’organisation générale de la société. Nous reculons parce que nous nous résignons au capitalisme. Parce que nous laissons le pouvoir entre les mains de dirigeants cupides et belliqueux dont Trump est un spécimen particulièrement répugnant, mais dont Arnault, Mulliez, Bolloré… en sont d’autres.
Il faut réfléchir à fond à ce qu’il se passe, car si nous n’avons pas une idée claire de nos intérêts, et de la politique à opposer à cette évolution nationaliste et réactionnaire, nous serons les jouets sans volonté de ceux qui nous emmènent à la catastrophe.
C’est le cas aujourd'hui des Ukrainiens et des Russes.
Les victimes de la guerre en Ukraine sont estimées à 1 million 800 000, dont près de 500 000 morts. En ce moment, des millions d’habitants de Kiev vivent sans chauffage, sans eau alors que les températures sont glaciales. Chaque jour des dizaines de civils meurent sous les bombes et de nouvelles destructions s’ajoutent aux destructions.
Même s’il a trouvé un terrain d’entente avec Trump, Poutine jette dans les combats près de 30 000 soldats supplémentaires par mois pour forcer Zelensky à lâcher tout le Donbass.
Les Ukrainiens, et les Russes aussi, sans doute, n’en peuvent plus de cette guerre. Mais leurs dirigeants respectifs ne sont pas pressés d’en finir. Parce que si la guerre est un malheur pour la population, elle est une gigantesque affaire commerciale pour eux et leurs amis capitalistes !
Il n’y a pas besoin de connaître le tracé de la future frontière entre la Russie et l’Ukraine pour déclarer les vainqueurs de cette guerre. Ils se comptent parmi tous ceux qui se sont enrichis : les oligarques russes et ukrainiens, les marchands d’armes occidentaux et, bien sûr, les EU qui sans avoir eu un seul mort, en ont profité pour prendre aux Russes le marché européen du pétrole et du gaz et pour décrocher un contrat d’exploitation des terres rare en Ukraine.
Les EU se sont durablement installés sur les plates-bandes de Poutine et c’était cela l’enjeu du bras de fer qui a conduit à cette guerre qui n’en finit plus !
Et les visées de l’impérialisme américain ne s’arrêtent pas là. Avec Trump, c’est d’ailleurs assumé et revendiqué au grand jour.
Et on peut dire que le mégalo de la Maison Blanche a commencé l’année en fanfare !
Il a organisé un raid sur le Venezuela, a enlevé et jeté en prison son président, Maduro pour, pas gêné, annoncer que les États-Unis dirigeraient le Venezuela jusqu’à nouvel ordre. Il a ensuite expliqué qu’il voulait annexer le Groenland, y compris par la force. Aujourd'hui, il est en train d’affamer les Cubains.
Les Etats-Unis n’ont pas besoin d’envahir Cuba et de bombarder la Havane pour étrangler le pays. Ils ont coupé son alimentation en pétrole venezuelien ET mexicain parce que le Mexique, pays indépendant n’est-ce pas, a obéi à l’interdiction de Trump et il ne livre plus un seul baril à Cuba. A la place, pour se faire pardonner il livre du lait en poudre et des vivres de première nécessité !
Mais à Cuba, la circulation, les hôpitaux, le réseau électrique et de téléphone, les universités sont quasiment au point mort… et cela ne repartira que lorsque le pouvoir cubain acceptera de lécher les bottes de Trump !
Je tiens à rajouter, que si nous n’avons aucune sympathie pour les régimes de dictatures que sont devenus les régimes cubain et venezuelien, ils incarnent aux yeux de leur population pauvre la dignité nationale, la volonté de résistance à l’impérialisme, surtout à Cuba qui résiste et se débat depuis plus de 60 ans, et nous sommes fondamentalement solidaires de ce sentiment-là !
Partout, Trump entend imposer les intérêts de la bourgeoisie américaine.
Après avoir détourné le regard pendant que le régime iranien massacrait son peuple révolté, Trump a déployé une armada pour le contraindre à négocier un accord sur le nucléaire prenant le risque d’enflammer de nouveau toute la région.
Mais nos propres dirigeants ne sont pas de doux agneaux. Ils font aussi partie des fauteurs de guerre !
Qu’est-ce que l’on entend aujourd'hui de la part de tous les partis politiques, de tous ceux censés faire l’opinion publique ? Qu’il faut arrêter d’être naïf. Que l’Europe s’est trompée en confiant sa sécurité aux Américains. Qu’il faut s’armer, augmenter les budgets militaires, même si la dette augmente. Qu’il faut construire une armée européenne, rétablir le service militaire, envoyer nos soldats en Ukraine. C’est-à-dire, comme l’a dit le général Mandon, être prêt à sacrifier nos enfants dans une nouvelle guerre.
Le bourrage de crâne est quotidien. On nous rabâche en boucle les grands principes, le droit international, le respect et la souveraineté des nations… Que de grands mots et que de mensonges !
On assiste en réalité à la lutte la plus classique, la plus cynique entre rapaces capitalistes. L’enjeu des affrontements actuels n’est pas la défense nationale. C’est de savoir qui mettra la main sur les richesses du Groenland ; qui aura accès aux terres fertiles et au marché de la reconstruction en Ukraine ; qui contrôlera les minerais du Kivu en RDC ; qui exploitera le pétrole du Venezuela…
Et il faudrait que nous, nous prenions parti pour les uns ou pour les autres ? Il faudrait que nous nous battions pour que le Groenland, au lieu d’être contrôlé par le capital américain, le soit par le grand capital européen ?
Il faudrait que l’on défende l’impérialisme français contre l’impérialisme américain ? C’est-à-dire aider nos exploiteurs à exploiter d’autres contrées et d’autres peuples ?
Ce n’est dans l’intérêt d’aucun travailleur.
Les capitalistes français ont eu la main sur le nickel de la Nouvelle-Calédonie, sur l’uranium du Niger ou sur le cacao de la Côte d’Ivoire. Cela n’a rien rapporté ni aux Kanaks, ni aux Nigériens ou aux Ivoiriens. Les travailleurs d’ici y ont surtout gagné d’aller se faire tuer dans les sales guerres coloniales qu’ont été la guerre d’Indochine et la guerre d’Algérie.
C’est toujours la même histoire. On nous parle des intérêts de la France et on nous met dans la tête que dès lors qu’on a les mêmes papiers d’identité, on forme une communauté d’intérêt.
Au sport, il faut forcément supporter les champions nationaux. Et en économie il faut soutenir et être fiers de nos prétendus « fleurons français ». Alors qu’il ne s’agit QUE des intérêts de la bourgeoisie ! QUE des intérêts de Bolloré, d’Arnault, de Dassault, de Michelin ou de Peugeot !
La bourgeoisie française prospère plus que jamais. En France, d’après le recensement de la revue Challenges qui mesure les fortunes en y intégrant le patrimoine professionnel, les milliardaires étaient 39 en 2017. Ils sont aujourd'hui 145.
Qu’est-ce que cela change pour nous ? Ça ruissèle ? Ça les empêche de licencier à tour de bras et de payer des millions de travailleurs au lance-pierre ? Non !
J’insiste là-dessus car tous les partis, le Rassemblement national bien sûr, mais y compris le PCF et la France insoumise, tous mettent en avant les intérêts de LA France et des Français !
Alors qu’il n’y a pas UNE France : il y a la France des exploiteurs et celle des exploités, la France des riches et la France des pauvres. Il y a les quartiers bourgeois et les cités-ghettos dans les banlieues des villes. Il y a des cliniques pour riches et des hôpitaux pour pauvres aux urgences saturées. Il y a les restaurants bourgeois, le Crillon, le George V et la Tour d’Argent, et il y a les Mac Do et les Kebab. Il y a même ceux qui ne vont jamais au restaurant.
Grande bourgeoisie et classe ouvrière sont deux mondes qui ne se croisent pour ainsi dire jamais, sauf lorsque les femmes de ménage, les auxiliaires de vie, les cuisiniers ou les nourrices vont travailler chez les riches.
Et je vous garantis, camarades, que nous, nous n’avons pas peur de la divulgation des fichiers d’Epstein. Il n’y a aucun risque que le nom d’un de nos 10 000 candidats se retrouve dans ses mails. Parce qu’encore une fois, nous ne faisons pas partie du même monde !
Nous n’avons rien à voir avec ces riches et ces puissants qui croient pouvoir tout acheter : les entreprises et les travailleurs qui vont avec, les journaux, les chaînes de télévision, les politiciens, les juges, et aussi, bien sûr, le corps des femmes et même celui d’enfants.
Pour les capitalistes nous ne sommes que de la chair à exploiter, parfois au sens littéral du mot. Alors les travailleurs n’ont pas d’intérêt commun avec eux, ni en matière de politique intérieure, ni en matière de politique extérieure.
En appeler à l’unité nationale ou à la souveraineté française, c’est appeler les exploités à faire l’unité derrière la France bourgeoise, derrière nos exploiteurs, derrière nos licencieurs, derrière tous nos petits Trump, qui pullulent dans les hiérarchies des entreprises.
Le célèbre « prolétaires de tous les pays, unissez-vous » qui termine le Manifeste Communiste de Marx et Engels n’était pas là pour la décoration. C’était une politique, l’idée de base sur laquelle s’est construit le mouvement socialiste naissant : la nécessaire union des exploités de tous les pays, pour renverser le système capitaliste et construire à sa place une société plus juste, plus fraternelle de libres producteurs.
A l’unité nationale, il faut opposer le camp des travailleurs et la lutte de classe. Au nationalisme, il faut opposer l’internationalisme des travailleurs qui changeront le monde.
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Le droit international a toujours été une fiction
Ici, les dirigeants politiques et les commentateurs brodent sur le retour des empires et leur opposent le droit international.
Mais quand le droit international et le respect des peuples ont-ils régenté le monde ? A quelle date l’ordre international a-t-il été juste et doux pour les peuples opprimés ? En 1994, quand les Tutsis du Rwanda étaient massacrés par les milices d’un gouvernement génocidaire soutenu par la France ? Quand les EU ont détruit l’Irak, le ramenant des décennies en arrière ? Quand la France et l’OTAN ont renversé Kadhafi en Libye et provoqué la décomposition du pays ?
En 1948, le droit international a consacré le partage de la Palestine. Deux États devaient naître de ce partage : l’État d’Israël et l’État palestinien. C’était il y a 80 ans. D’État palestinien, il n’y a jamais eu parce qu’Israël et ses dirigeants sionistes n’en ont jamais voulu. Israël a bafoué des dizaines de résolutions de l’ONU, commis d’innombrables tueries, colonisé à tout-va tout en bénéficiant sans discontinuer du soutien des grandes puissances.
Pendant près de deux ans, Israël a massacré les Palestiniens de Gaza, hommes, femmes et enfants, sans que les tenants du droit international ne dénoncent le droit du plus fort. Mis à part quelques appels à la modération dans les derniers mois, c’était « circulez, il n’y a rien à voir », Israël ne fait que se défendre !
Et aujourd'hui, cela continue. Depuis le supposé cessez-le-feu à Gaza, plus de 500 Palestiniens ont été tués par l’armée israélienne. L’aide humanitaire et les secours rentrent toujours au compte-goutte à Gaza. En Cisjordanie, la colonisation s’accélère. Les colons ont tout pouvoir pour terroriser et chasser les Palestiniens. Et on ose encore invoquer droit international !
Les faiseurs d’opinion font mine de regretter la loi du plus fort. Ils sont « sidérés », comme ils disent, par la brutalité de l’impérialisme américain. Ils le dénoncent cette fois parce qu’ils ne sont pas du bon côté du manche et risquent d’en être victimes. Eh bien, laissons-les à leurs simagrées et à leurs mensonges !
L’impérialisme ce n’est pas la politique d’un pays ou d’un dirigeant à un moment donné. C’est le règne du capitalisme sur le monde, qui se traduit toujours par l’exploitation et l’oppression des travailleurs et des peuples.
Pour les Algériens, les Congolais, les Somaliens, les Haïtiens, les Cubains, les Palestiniens, les Kurdes…, le droit international et le respect des peuples ont toujours été une fiction. Pour que l’égalité, le respect et la coopération entre les peuples deviennent réalité, il faudra que l’on abatte ensemble la classe capitaliste et son système !
Depuis que le capitalisme a atteint son stade impérialiste, c’est-à-dire depuis que la concentration du capital a fait naître des groupes financiers et industriels qui ont eu besoin de trouver des marchés, des matières premières et des placements en dehors de leurs frontières nationales, les affrontements militaires entre les États n’ont pas cessé.
Après la chute de l’URSS, les Etats-Unis ont dominé économiquement, politiquement, militairement, laissant ses rivaux loin derrière. Mais aujourd'hui, ils se voient rattrapés économiquement par la Chine. Après l’avoir utilisée comme atelier pour fabriquer leurs vêtements et leurs smartphones, ils la découvrent comme une concurrente dangereuse dans des secteurs de pointe vus comme ceux de l’avenir. Ils se découvrent même dépendants pour un certain nombre de matières premières comme les terres rares. Et cela, les Etats-Unis ne peuvent pas le tolérer.
La défense de la domination américaine n’a pas commencé avec Trump. Avant lui, Obama et Biden ont mené une féroce offensive commerciale.
Tous deux ont augmenté les droits de douane contre la Chine. Biden a fait passer de gigantesques subventions pour attirer les entreprises du monde entier aux Etats-Unis, il a limité les investissements américains dans des technologies chinoises telles que l’IA, les semi-conducteurs, le quantique. Il a interdit des entreprises comme Huawei sur le territoire américain.
C’est Obama qui a remis la pression sur le Venezuela, en relançant un embargo dévastateur pour le pays. C’est Biden qui a permis à Israël de perpétrer le génocide à Gaza…
Alors, laissons aux psychanalystes le soin d’étudier la personnalité de Trump. Une chose est sûre : à sa façon, il mène la politique utile au grand capital américain.
Et ce n’est pas lui ni sa cupidité décomplexée qui rendent la concurrence de plus en plus dure. Elle l’est parce que le système capitaliste est rongé par ses propres contradictions.
La bourgeoisie s’enrichit en exploitant les travailleurs et en écrasant les salaires, tout en espérant que ces mêmes travailleurs consomment davantage. Et puis l’écart se creuse entre d’un côté des forces productives toujours plus puissantes, et de l’autre un marché et une clientèle qui restent limités.
Ces contradictions ne font que grandir et oui, tout devient plus tendu. Les capitalistes s’affrontent avec brutalité, se mènent une guerre à mort. Et, je le redis, les Etats-Unis, première puissance mondiale feront tout pour ne pas être détrônés par la Chine, quitte à piétiner leurs alliés européens qui restent avant tout des concurrents.
Et l’UE n’y peut rien.
Beaucoup de dirigeants trépignent et appellent au sursaut européen. Seule chance, disent-ils de ne pas être des vassaux des Etats-Unis.
Mais l’union et la solidarité sont des valeurs étrangères à la bourgeoisie. Les capitalistes européens n’ont accepté de s’unir, un peu, que parce que leur marché national était trop étroit pour leurs capacités de production. Mais ils n’ont cessé d’être concurrents entre eux.
L’union européenne est une union d’égoïsmes nationaux, chaque Etat veillant jalousement aux intérêts de sa propre bourgeoisie contre celle du pays voisin. Alors, oui, l’Europe est une foire d’empoigne avec 27 armées, 27 politiques étrangères et 27 politiques commerciales différentes.
Vu leur faiblesse, les États européens, dont la France, aspirent au statu quo. Ils veulent conserver la place que les EU leur avaient concédée comme la récompense des siècles d’impérialisme et de colonialisme européens. En ce sens, ils n’apparaissent pas belliqueux.
Mais s’il le faut, ils nous enverront nous battre pour sauver leurs privilèges de vieilles puissances repues.
Leurs ancêtres ont envoyé les ouvriers et paysans d’Europe s’entretuer lors de deux guerres mondiales pour les intérêts de leurs bourgeoisies respectives. Il y a eu 10 millions de morts lors de la Première Guerre mondiale. 80 millions lors de la Deuxième. Ils sont tout à fait capables de nous entraîner dans une troisième guerre mondiale.
Alors n’en doutons pas : Trump pour rester le maître du monde, Poutine ou Xi Jinping pour défendre leur pré-carré et leurs ressources, les dirigeants européens pour conserver leurs positions n’ont pas de limites. Ils sont capables de détruire l’humanité.
Ils ne s’arrêteront que sous la pression de leurs peuples, quand ils en seront à craindre les travailleurs, quand ils auront peur que ces derniers les renversent, eux, leur État et leur droit de propriété !
Beaucoup mettent l’escalade guerrière sur le compte de l’extrême droite et de la montée des idées fascistes incarnée par Trump. Mais s’il y a un lien entre l’autoritarisme, l’extrême droite et les guerres, il est dans l’autre sens : ce sont les crises économiques et leurs conséquences dévastatrices qui renforcent le nationalisme, l’extrême droite et les velléités guerrières.
Déjà aujourd'hui, les tensions internationales et la guerre économique poussent tous les partis politiques à l’alignement et à la droitisation. Au pic de la crise sur le Groenland, lorsque Trump a attaqué verbalement Macron et la France, il n’y avait plus d’opposition qui tienne, Le Pen jusqu’à Mélenchon ont tous tenu le même discours : il faut faire l’unité derrière Macron et défendre le pays !
Ils défendent tous le drapeau bleu blanc rouge et tous n’ont que le souverainisme et le patriotisme économique à la bouche.
Ils sont tous d’accord pour répondre aux menaces et aux attaques de Trump par des menaces et des attaques. D’accord pour le protectionnisme. D’accord pour que l’on augmente notre production d’armement, de drones, de Rafale et de missiles.
Tout cela fait partie de la droitisation de la vie politique. LFI, le PCF ou le PS peuvent dénoncer les discriminations, la préférence nationale et les attaques contre les droits des immigrés, mais quand ils ne jurent que par la souveraineté de la France, ils contribuent au repli nationaliste et à la xénophobie ambiante.
Et comme on dit, les électeurs préfèrent toujours l’original à la copie.
Après les meurtres de Renée Good et d’Alex Pretti par la police de l’immigration, l’ICE à Minneapolis, il y a eu des voix, en France, comme celle d’Arno Klarsfeld, pour expliquer qu’il fallait, comme aux Etats-Unis, organiser de grandes rafles contre les immigrés sans papiers, même si cela fera des morts regrettables. Marion Marechal a ardemment défendu les brutes racistes de l’ICE, dénonçant comme Trump les activistes…
Alors, oui, des graines de fachos, nous en avons à domicile.
Mais dans ce contexte d’évolution réactionnaire, guerrière de la société capitaliste, la montée électorale de l’extrême droite est inévitable sauf à prendre le mal à la racine : c’est au capitalisme, à ses fondements, la propriété privée, la concurrence, la guerre économique qu’il faut s’attaquer. Et les travailleurs sont capables de le faire, à condition qu’il y ait un parti qui en fasse sa politique, sa raison d’être et son combat !
Comme le courant communiste le faisait dans le passé, il faut affirmer, que les travailleurs peuvent stopper la course folle du capitalisme. Qu’ils peuvent le renverser et refonder la société sur des bases collectives.
Le changement ne viendra d’aucun des dirigeants politiques actuels. Ils s’inscrivent tous dans le cadre du capitalisme. Il dépend des travailleurs, de leurs combats et de leur conscience, de changer le cours des choses.
Beaucoup autour de nous n’y croient pas. Ils pensent que le temps des luttes collectives, des grèves, des occupations d’usines, des manifestations géantes et des révoltes est révolu. Parce qu’il y aurait trop d’individualisme, trop de confort ou alors trop de résignation et trop de peur.
Mais regardez ce qui se passe aux États-Unis.
Les manifestations contre la sinistre police de l’immigration montrent qu’il y a aussi de la solidarité et du courage dans la société. Il faut du cran pour s’interposer et gêner les interventions de ces milices masquées et armées jusqu’aux dents ! Renee Good et Alex Pretti, assassinés par ces brutes, en avaient comme les dizaines de milliers d’habitants qui continuent d’agir aujourd'hui, malgré la peur.
Il n’y aurait pas toute cette mobilisation s’il n’y avait que les militants et les associations habituelles. Là ce sont des dizaines de milliers d’habitants qui se relaient pour faire le guet, avertir du passage de la police à coups de sifflets, manifester devant les centres de rétention. Ils montent la garde chez les familles menacées d’être déportées, ils les réapprovisionnent.
Ce type de protestation s’est déroulé dans d’autres villes, pratiquement à chaque fois que l’ICE est venue en force. Et cette résistance incontrôlable de gens ordinaires a fait plus que la Justice américaine et plus que les discours des autorités démocrates : elle a pesé sur l’opinion américaine et finalement sur Trump, qui a dû retirer une partie de ses mercenaires de Minneapolis.
C’est la preuve que les classes populaires sont capables de s’organiser et d’agir. C’est la preuve que face à l’arbitraire de l’État, à l’autoritarisme grandissant, bien des choses sont en notre pouvoir, à condition de ne pas rester isolés et de nous organiser !
Et si l’on parle de mobilisations et de révoltes, il faut bien sûr parler du peuple iranien qui n’a cessé de nous donner des leçons de courage et de combativité ces dernières années.
Les femmes et les hommes qui se sont mobilisés à partir du 28 décembre et ont fini par manifester en criant « Mort au dictateur », savaient qui ils avaient en face d’eux : un régime qui emprisonne, torture et tue ses opposants, un régime impitoyable. Malgré leurs doutes et leur peur, ils ont été emportés par la vague d’espoir suscitée par les manifestations qui se multipliaient. Ils se sont retrouvés des millions dans les rues.
La répression qui a suivi les manifestations du 8 et 9 janvier a été terrible avec peut-être 30 000 manifestants assassinés et des dizaines de milliers d’arrestations. Le bain de sang a pétrifié le pays mais le régime n’a pas tué la révolte, il l’a nourrie. Et quand les Iraniens auront repris un peu de forces, dans quelques mois ou quelques années, l’état d’esprit qui les a poussés à se soulever reviendra et même si c’est un combat à mort contre le régime, ils repartiront au combat.
On parle beaucoup de la loi du plus fort. Certains la mettent sur le compte d’une nature humaine, mais s’il y a une caractéristique de l’être humain, c’est précisément de ne pas supporter l’injustice, c’est d’aspirer à une vie meilleure et libre !
L’histoire de l’esclavage est traversée par des soulèvements d’esclaves. Le servage et l’oppression de la paysannerie sont marqués de centaines, de milliers de jacqueries paysannes. La colonisation, partout dans le monde, a suscité des révoltes. Les dictatures, des actes de résistance.
Même les armées, conçues pour que les soldats obéissent et aillent se faire trouver la peau en silence, ont connu leurs mutineries.
Lors de la boucherie de 1914-18, les armées ont enfanté des millions de révolutionnaires. Parce que l’infamie, la barbarie et les guerres peuvent aussi accoucher de révolutions. Et c’est cela qu’il nous faut préparer camarades !
Des « printemps arabes » de 2011 aux révoltes dites de la Gen. Z au Bangladesh, au Népal, à Madagascar et au Maroc, en passant par celles de 2019 en Irak, au Soudan, au Liban, en Algérie, bien des peuples se sont révoltés.
A chaque fois, ces révoltes ont mené à des impasses ou à des défaites sanglantes. Les têtes au sommet de l’État ont parfois changé, mais pas le sort des exploités. Le même scénario s’est répété car il existe une infinité de forces politiques prêtes à canaliser ces mouvements alors qu’il n’y a pas de véritable direction politique pour les révoltés.
Il n’y a pas de direction révolutionnaire pour leur indiquer les ennemis à combattre, non seulement les hommes du gouvernement et du régime, mais aussi leurs forces de répression, leur armée et leur État ainsi que la classe toute puissante de capitalistes et d’affairistes.
Et surtout, il n’y a pas de direction révolutionnaire pour amener les travailleurs à prendre la tête de la révolte et à user de leur puissance sociale.
Les travailleurs constituent pourtant le levier révolutionnaire irremplaçable. Et c’est vrai dans tous les pays, aux Etats-Unis, en Chine bien sûr, pays qui concentre le plus grand nombre d’ouvriers, en Iran aussi où ils ont des traditions de lutte et d’organisation.
Dans le cadre d’une révolte de masse, les travailleurs peuvent prendre la direction des évènements en prenant le contrôle des transports, de l’énergie, de la production dont ils sont à la base. Ils peuvent transformer les grandes entreprises en forteresses armées de la révolution. Ce faisant, ils peuvent paralyser le pouvoir et les forces de répression.
Mais encore faut-il qu’il existe des militants et des militantes qui cherchent à organiser spécifiquement les travailleurs sur leur terrain de classe et proposent cette politique quand les masses se lancent dans le combat.
En Russie, ce parti a existé, c’était le parti bolchevik, et il a su donner une direction révolutionnaire à la combativité, la détermination et le courage des opprimés russes.
Pensez qu’en janvier 1905, les ouvriers étaient massacrés à Petrograd par les troupes du tsar, alors qu’ils avaient organisé, un dimanche, une manifestation. Elle n’avait rien d’une insurrection. C’était une procession dirigée par un pope qui amenait une supplique respectueuse au tsar pour l’informer des mauvais traitements qu’on leur faisait subir.
En octobre de la même année 1905, les travailleurs russes organisaient une grève générale qui obligea le tsar à concéder une constitution. En décembre, ils organisaient des conseils ouvriers à Moscou, les fameux soviets. Et quand le régime voulut les dissoudre, ils prirent les armes.
Cette première révolution fut matée dans le sang et la répression mais douze ans plus tard, en février 1917, en pleine guerre mondiale, les exploités, ouvriers et paysans repartirent à l’assaut. Et cette fois ils réussirent. Ils renversèrent le tsarisme et prirent le pouvoir, menaçant l’ordre impérialiste dans son ensemble.
Cela fut possible parce qu’ils avaient trouvé une direction politique pour déjouer les pièges tendus par les classes privilégiées. C’est à créer une telle direction qu’il faut s’atteler.
Certains expliquent qu’il n’y a aucune chance que la révolution éclate ici. D’abord, ils n’en savent rien. Regardez à quelle vitesse les choses évoluent aux Etats-Unis et partout dans le monde !
Et puis que ce soit ici ou ailleurs, il faut que ces idées existent. Et elles circuleront parce qu’il n’y a pas que les capitaux et les marchandises qui s’exportent, il y a aussi les idées. Et les idées révolutionnaires, je peux vous dire qu’elles sont capables de franchir toutes les frontières.
Alors, il faut commencer par un bout, là où nous sommes. Et là où nous sommes, nous devons affirmer que les travailleurs représentent une force, une force qui s’ignore, mais une force invincible si elle est organisée et a une politique pour réorganiser la société de fond en comble.
LO est présente, vous le savez, dans tous les scrutins, et petite parenthèse, elle le sera lors de la présidentielle de 2027 où je serai de nouveau candidate pour que les travailleurs qui ne veulent pas se laisser dépouiller et servir de chair à canon dans les guerres capitalistes puissent se rassembler dans un vote révolutionnaire.
Là, nous sommes entre deux présidentielles et le courant que nous représentons a quasiment disparu des médias. Aux yeux de ceux qui n’ont pas la chance de nous côtoyer, il semble avoir complètement disparu. Eh bien grâce à cette campagne municipale, il s’affirme, de nouveau, dans 240 villes.
Cela ne représente qu'une petite partie des villes plus ou moins importantes du pays mais nous pouvons être fiers de l’existence de ces listes.
Cela a exigé un gros effort collectif, nous avons cherché autour de nous, dans notre famille, parmi nos amis, voisins, camarades de travail, et nous avons monté des cages d’escaliers et parcouru les cités populaires pour trouver les milliers de candidats que cela exige.
Et pour nous tous c’est un encouragement. Car cela n'a été possible qu’avec le choix et l’engagement de plus de 10 000 femmes et hommes des classes populaires.
Beaucoup d’entre eux avaient pris l’habitude de se taire et de se faire invisibles, pris entre le dégoût de la politique et le découragement. Mais ils n’en pensaient pas moins. Cette fois, grâce à ces listes, ils diront publiquement leur colère et leurs idées. Ils affirmeront l’unité des travailleurs par-delà la variété de leur origine et leur solidarité par-delà les frontières. Et dans cette ambiance où dominent les idées racistes et patronales, il y a de quoi en être fiers.
Toutes les rencontres que nous avons faites montrent qu’il suffirait de la présence de militants pour regrouper et entraîner ne serait-ce qu’une fraction de travailleurs à donner de la voix.
Ces liens, ces nouveaux réseaux participent de la construction du parti nécessaire à la classe ouvrière que ce soit dans les entreprises ou dans les quartiers populaires et ils doivent bien sûr être maintenus.
Mais maintenant, il faut se lancer dans la deuxième phase de notre campagne pour qu’encore plus de travailleuses et de travailleurs nous rejoignent à l’occasion du vote.
Pour cela nous avons besoin de tout le monde. Il faut convaincre nos proches, discuter dans nos entreprises, avec nos voisins, distribuer des tracts, coller des affiches, organiser des rencontres et des discussions, enfin tout ce qui permettra de faire connaître nos listes.
Et faisons le maximum pour que ces discussions se traduisent par le geste concret de voter pour nos listes !
Nous aurons peu d’élus et sans doute encore moins de maires, parce qu’indépendamment de nos efforts militants, nous sommes dans une période où les idées patronales dominent tellement que seule une minorité peut marquer sa sympathie pour la politique que nous défendons.
Mais nous préférons mille fois être minoritaires avec des idées révolutionnaires que majoritaires avec les idées patronales, nationalistes et racistes qui prospèrent désormais ! Et même à contre-courant, faisons en sorte que beaucoup d’autres nous rejoignent.
Au-delà du vote, toutes nos discussions, notre langage de classe laisseront des traces dans les esprits parce que nous sommes les seuls à dire ce que disons. A dire que l’on devrait travailler seulement quelques heures par jour ! A dire qu’une société sans patron est possible ! A dire qu’un monde sans frontière est l’avenir de l’humanité !
Ces idées, camarades, sont de la dynamite et pendant qu’ils préparent leur guerre, il faut la diffuser abondamment !
Nous nous portons candidats aux élections municipales, pour qu’un jour, toute notre classe se porte candidate à la direction de la société et montre qu’il y a un chemin pour un monde sans exploitation, sans la recherche du profit et de la concurrence et sans guerre.
Alors, aidez-nous dans la campagne, votez pour les listes de Lutte ouvrière le 15 mars prochain ! Vive le communisme, vive le parti ouvrier révolutionnaire et internationaliste !