Chantiers de l’Atlantique : luxe et profits “à la française”05/05/20262026Journal/medias/journalarticle/images/2026/05/P13-1_Ocean_Express_Corinthian_C_LO.jpg.420x236_q85_box-0%2C106%2C800%2C556_crop_detail.jpg2026-05-05

Dans les entreprises

Chantiers de l’Atlantique

luxe et profits “à la française”

L’Orient Express Corinthian, un paquebot à voile d’ultra luxe fabriqué aux Chantiers de l’Atlantique, a quitté définitivement le port de Saint-Nazaire, direction Cannes, Monaco ou Saint-Tropez. Comme le dit un dicton local, « on n’a jamais vu un paquebot revenir à Saint-Nazaire » et cela devrait être vrai encore cette fois.

Illustration - luxe et profits “à la française”

Quelques jours plus tôt avait eu lieu une cérémonie de livraison ayant coûté plusieurs centaines de milliers d’euros, pour ce bateau à plusieurs centaines de millions : une ministre, des avions lâchant du bleu-blanc-rouge, une messe et un parterre de gens contents d’eux, ont fait dire à un travailleur du chantier observant la scène de loin : « Voilà une cérémonie payée avec mes impôts et un bateau payé avec ma sueur ».

C’est Bernard Arnault (LVMH), le groupe Accor et des investisseurs suisses qui ont levé les fonds pour construire et exploiter cette série Orient Express de deux navires de 50 cabines. On peut d’ores et déjà réserver sur le site Internet une petite cabine de 50 m2, la moins grande de toutes, pour la modique somme de 6 000 euros la nuit, le majordome compris dans le prix ! Pour la suite présidentielle de 1 415 m2, le prix est confidentiel. Il est également possible de privatiser l’entièreté du bateau pour 1 million de dollars les 24 heures.

À ce prix-là, rien n’a été laissé au hasard : on dispose de cinq restaurants sous la direction d’un chef étoilé, d’une moyenne de deux membres d’équipage par passager, sans oublier la moquette à plus de 1 000 euros le m2, le bois précieux, du marbre, du cristal. Pour rejoindre la terre lors des escales, des canots Limousine sont prévus, à 1 million d’euros pièce.

« On avait très envie de ressusciter le passé, de revenir en arrière, les années Art déco, les années 30 », a expliqué à la presse Sébastien Bazin, le patron du groupe Accor. Il n’y a pas que la déco de ce paquebot de luxe qui rappelle les années 30, dont on sait comment elles ont fini : pas loin derrière, dans le bassin du port, on peut voir un pétrolier ravitailleur de la marine française en phase de finition, en attendant un porte-avions nucléaire.

Cerise sur le caviar, 31 millions d’euros de subventions ont été versés sous différents prétextes pour cette construction, dont celui de « verdissement de la flotte de commerce » et de « décarbonation de l’industrie maritime ». La décarbonation est très relative, car 240 tonnes de gazole et 290 tonnes de GNL sont embarquées pour garantir, à l’escale ou en navigation, les déplacements de tout ce beau monde. Mais ce qui risque de verdir aussi est le teint des passagers lorsque le capitaine hissera les voiles : les travailleurs ayant participé aux essais-mer confirment que dans les coursives, l’odeur était plus celle du vomi que celle du Chanel numéro 5. En effet, avec trois mâts de plus de 100 mètres de haut, ce navire tangue et roule énormément !

« La mer est notre avenir » est le slogan que la direction affiche en fond d’écran sur tous les ordinateurs de l’entreprise. Ces navires nous donnent une illustration de l’avenir que les tenants de cette société nous préparent : des îlots de richesse écœurants flottant sur un océan de misère.

Partager